‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 194 sur 264 · Anthologir de Jacohs. t. I, p · texte numérisé non relu

Anthologir de Jacohs. t. I, p

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HISTOIRE DE LA LITTÉRATLUK (ilIKCnVE

didactique. — ISicandre de Colophon, né vers la fin du III® siècle, est un poète franchement didactique, mais franchement mrdiocie. Ses poèmes conservrs, sur h^s morsures des bêtes et leurs remèdes (0r,piaxâ) et sur les contre-poisons ('AÀeÇi33tc;jLaxa), ne sont que de plates compilations. D'autres ouvraj^es de lui, en verset en prose, se rap|)ortaient à l'histoire, à la a;»*oiçraphie, à l'histoire naturelle.

L'élégie mytliologi(|ue et romanesque, si cultivée par la première grurralinn ah'xanihine, continua dtHre en honneur. — Ici encore, nous retrouvons le nom d'Kratoslhène, dont VÉrii/one racontait sans doute les vieilles Irijendes attiques relatives à la tille d'Iearios et comment elle futchangée en constellation avec son chien. — Après Kratosthènr. il faut descendre Jusf|u'au i*"'' siècle |iour rencontn'r de nouveau nu |)oète rl«''i»iaqu»' de quelque renom : e*»'stParlluV nios deNic«''e, Tami de tiallus, venu à Home m 73 <omme[)iisonnier de i^'uerre,et(pii connut sans doulr Viiijih' '. Nousn<^ connaissons i^uère que les titres de ses ♦déiiies Aphrodite, DéioSj Crinagoras) et ceux de qnelquesautres dt; .ses poèmes en hexamètres (Mf'tdmorphoaes, Héraclès). Mais il nous reste de lui un ouvrage en prose, les Souffrances (Camour, qu'il avait composa' pour (iallus, et qui Jette du Jour sur hi nature de son inspiration ordinaire 2; c'est un rrcueil de légendes relatives à des aventures d'amour qui aboutissent d'ordinaire à des catastro|)hes ou à îles m«''lamorphos«*s. Parthénios était encore un styliste de l'école de Callimaipie. Par le fond drs choses couime par sa date, il est déjà tout près d'Ovide.

13. Suite de lépigramme ; Méléagre; les < Anthologies . — A côté de ces sjrnres divers, nous trouvons enlin, dans cette période, le genre durable par excellence, l'épigramme, qui a fleuri à toutes les époques, qui a vécu aussi long-

1. Fragments dans Meinoke, Annlfctn Aleraiulrinn, (>. ^SH-^WS.

2. Pnblié dans les Afi/thoi/mphi ffi-gci d«« la Uibl. Tenl>nor. t. II fasc. I, 1896.

LA POÉSIE ALEXANDRINE

temps que l'hellénisme, et que sa facilité apparente devait rendre particulièrement séduisante pour les simples amateurs. Nous connaissons plus de (juarante auteurs d'épigrammes appartenant à ce temps. Tout le monde s'en mêlait. Dans celte foule de poètes, artistes ou simples amateurs, le talent est monnaie courante ; ce qui est rare, c'est l'originalité. Bornons-nous à mentionner Dioscoride, Alcée «le Messène, Autipaler de Sidon, «lui ne sont que des versificateurs plus ou moins agréables et élégants.

Méléagre, de (;adara (en Syriej, né vers le milieu du ii« siècle, est beaucoup plus intéressant *. —Comme j)oète, il se dislingue de la plupart de ses contemporains par le caractère personnel de ses épigrammes. Disciple de son compatriote, h; philosophe cynique Ménippe, Méléagre mena une vie de plaisir. Ses épigrammes sont remplies de l'écho de ses passions. Klles sont «[uehiuefois très libres de ton et d'autres fois gâtées par le bel esprit. Le plus souvent, elles ont un mérite de sincérité (jui les met à part. Quelquesunes même arrivent à l'émotion et à la beauté. Quand la mort lui eut ravi Héliodora, <iu'il avait souvent chantée pour sa beauté et son esprit, il sut dire sa tristesse en vers vraiment exquis :

Que mes laruies. Héliodora, aillent vers toi coimne un présent, couKue une relltpie de mon amour, dans l'Adès, larmes cruelles à verser. Sur ta tombe tant pleurée, je répands la libation de mes regrets, souvenir de mon amour. Moi, Méléagre, je gémis sur toi, o chère morte, douloureusement, bien douloureusement, vaine oUrande à l'Achéron. Hélas! hélas! où est mon rameau verdoyant si aimé? Adès uie Ta ravi, et cette tleur épanouie est souillée de poussière. Ah ! du moins, je t'en prie à genoux, terre nourricière, que cette enfant si regrettée soit par toi, ô mère, reçue avec douceur sur ton sein et dans tes bras!

Méléagre a encore un autre titre à notre reconnaissance que son mérite de poète : il eut l'idée de recueillir,

1. Anthologie de Jacobs, t. I. — Article de Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. \. Ktudr; d'Henri Ouvré, Méléatjre de Gadara, Paris, 1894. — Trad. française de Pierre Loûys.

avec ses propies œuvres, un choix de chansons, élégies, épigrammes d'une quarantaine de petites grecs, depuis les classiques du vii« siècle jusqu a ses contemporains. Il appelait ce recueil la Couronne ou le Bouquet (STs^avo;). Une longuo dédicace en vers à son ami Dioclès, qui nous a été conservée, expliquait ce titre général par la comparaison ("un peu prétentieuse et subtile) qu'il faisait de chaque poète avec une fleur pailiculière. La Couronne de Méléagre n'était pas lout à fait la première des anthologies ; car Artémidoro d*Ephèse, entre autres, avait déjà formé un recueil de poèmes bucoliques. Mais elle fut probablement la première qui présentât un ensemble aussi riche, aussi varié, et elle eut un grand succès. Elle devint le point de départ de toutes les anthologies subséquentes, et c'est à elle probablement que nous devons la conservation de quelques joyaux de la poésie grecque ancienne, malgré la fâcheuse habitude des auteurs d'anthologies d'éliminer de plus en plus les pièces les plus anciennes pour y substituer des œuvres nouvelles.

L'apparition des anthologies est le signe que la poésie grecque est déjà bien vieille au temps où nous sommes parvenus dans cette histoire: on s'occupe «l'en recueillir pieusement les reliques. Elle continue [lourtant de vivre encore et de produire, mais déjà d'une veine moins vigoureuse. La grande inspiration nationale des âges classiques a disparu. La grande inspiration individualiste des modernes n'est pas née encore. Ni l'érudition ni le bel esprit ne suffiront longtemps à préserver ce qui reste encore de poésie dans le monde grec. Avec la fin de l'alexandrinisme, nous touchons à un Age de singulière stérilité poétique. Si les alexandrins sont rarement de très grands poètes, du moins ils <ultivent encore la poésie avec goût et avec succès. Mais, dans la période suivante, on verra pour la première fais le monde grec oublier presque entièrement les antiques Muses de l'Hélicon.

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