Éditions
1* Arrien: Duebner. Arriani Anahasis el Indien; G. Mueller, Reliqua Arriani, réunis en un vol. avec trad. lat., Paris, 1846- 1868, Bibl. Didot: Sintenis, Arriani Anahasis, Leipzig, 1879, Bibl. Teubner; Hercher, Arriani Sa'ipta minora, Leipzig, 1854, même collection. — 2* Appien : Appiani Alenandrini quœ supersunt, avec trad. lat., Paris, 1840, Bibl. Didot; Mendelssohn, Appiani historiap, 2 vol.. Leipzig, 1879-1881, Bibl. Teubner.
A consnlter :
Pauly-Wissowa, Real-Encf/clopedie, art. Appianiiset Arnanns ; Doulcet, Quid Xenophonli debuerit Arrianus, Paris, 1882.
risé par Adrien. Consul vers 130, il eut à administrer, en qualité de légat, la province de Cappadoce ; il s'acquitta do ses fonctions avec sagesse et vigueur : il tint en respect les barbares Alains. Après quoi, sans que nous sachions pour quelle raison, il vécut sous le règne d'Antonin, dans une sorte de retraite, et mourut sous Marc-Aurèle à un Ag»' avancé. Dans cette dernière partie de sa vie, sans abandonner Nicomédie, il semble avoir fait de longs séjours à Athènes; cette ville lui conféra le droit de cité. Ami de lu sagesse, des lettres et des exercices physiques, tout à la fois philosophe, historien et homme de guerre, il avait pris pour modèle Xénophon, et il aimait qu'on lui en donnât le nom. On l'appelait à Athènes le nouveau Xénophon. C'est après avoir quitté la vie active qu'il écrivit la plupart de ses ouvrages historiques.
En rédigeant les Entretiens d'Épictète et le Manuel, doni nous avons parlé plus haut, il s'était réduit volontairement à l'office modeste de scribe, car il ne faisait que transcrire le plus fidèlement possible la parole du maître. Son orijiinalité, qui d'ailleurs ne fut jamais éclatante, ne se développa que peu à peu. Le Périple du Pont-Euxin, écrit pour Adrien vers 131, n'est guère qu'un rapport officiel, traduit en gre( et légèrement modifié en vue de la publicité. Dans le Traité de tactique, composé en 137, il accommode à son goût les tacticiens antérieurs, notamment un certain Élien qui l'avait précédé de peu, auteur d'une Théorie tactique, que nous possédons encore. Le Plan de bataille contre les Alains est un fragment d'origine incertaine, qui doit dater du même temps. C'étaient là des essais. Si nous laissons de côté deux biographies perdues [Timoléon de Corinthe et Dion de Syracuse), nous arrivons aux ouvrages qui firent sa réputation, VExpédition d'Alexandre ( 'AXeÇotvôpoj àvâ6aai;), complétée par un écrit Sur T Inde {'hh'.x-/^, s.-ent. Tj^Ypa^rJ), et par un autre Sur la Succession d'Alexandre (Ta [AeT"AX£Çavopov) et une Histoire de la Bithynie ( Biôuviaxâ ) ; ces deux
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derniers ouvrages sont perdus. Il composa ensuite un livre Sur les Alains ('AXavixà), également disparu, et une Histoire de la guerre des Parthes sous Trajan (Ilapôixrl), en dix-sept livres, peut-être son œuvre la plus personnelle, dont rien non plus n'est venu jusqu'à nous. Nous possédons au contraire le petit écrit Sur la Chasse (KuvrjeTixoç), de date inconnue, qu'il suffit de mentionner ici.
Le seul de ces nombreux ouvrages qui soit encore classique, c'est VExpédition d'Alexandre. L'attention d'Arrien semble avoir été attirée sur ce sujet par la récente expédition de Trajan contre les Parthes, un des événements importants de sa jeunesse. Au ii'' siècle, les vieux récits authentiques de cette expédition étaient passablement oubliés, peu populaires ; les récits légendaires et fantastiques qui s'étaient constitués peu à peu étaient avec raison méprisés des esprits sains. Arrien voulut tout simplement présenter au public une narration claire, courte, bien ordonnée, à laquelle on pourrait se fier et qu'on lirait avec plaisir. Il relut pour cela les historiens d'Alexandre, surtout Ptolémée et Aristobule, qui avaient été les compagnons du conquérant et qui lui paraissaient plus véridiques. En les comparant et en les combinant, il composa son propre ouvrage, sans recherche personnelle, sans information neuve, mais aussi sans vaines et frivoles inventions. C'est pour nous le meilleur document écrit sur le sujet, et, de plus, c'est un livre qui se fait lire. Arrien s'y montre historien intelligent, narrateur agréable, écrivain correct et de tradition classique, au total homme de goût et de jugement, sans aucune qualité d'ordre supérieur. Si la figure d'Alexandre n'a pas là toute sa grandeur, du moins tous les éléments principaux de son histoire y sont groupés habilement.
Appien est tout à fait, par Tûge, un contemporain d'Arrien; il naquit, comme lui, à la fin du premier siècle, et dut mourir comme lui, sous Marc-Aurèle. Comme écrivain, il ne se fit connaître qu'en un temps oii Arrien avait acquis
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sa notoriété, à la fin du r^gne d'Adrien ou mémo sous Antonin. Né à Alexandrie, il paraît y avoir été élevé, car il s'y fit, dans la première partie de sa vie, une bonne situation en qualité d'avocat. Plus tard, sans que nous puissions suivre en détail toute sa carrière, nous le trouvons à Rome, où il semble avoir été avocat du fisc sous Adriiii et Antonin. Ce dernier le nomma procurateur, n la d^'mandf de Fronton, son ami, et il occupa sans doute celte chari^r sous Marc-Aurèle encore, Jusqu'à sa morl.
Appien n'écrivit que deux livres, sa propre Biographie, aujourd'hui perdue, et VHistoire romaine, qui subsiste «mi partie ('Pw;jLaïy.3t), ouvrage en vingt-quatre livres, qui comprenait toute l'histoire de Rome, depuis les origines jusqu'à la tin du règne de Trajan. Ce grand ensemble, dilficile à embrasser d'un coup d'œil, Appien avait essayé «le l'ordonner rationnellement. Au lieu de suivre les événements d'année en année, il les groupait de façon qur chaque livre formât un tout : le principe de ce groupement était d'ailleurs tantôt ethnographique, lorsqu'il réunissail en un récit continu toute l'histoire des rapports d'un certain peuple avec Rome, tantôt historique, lorsqu'il détachait une période caractérisée par quelque fait prédominant. Une grande partie de l'ouvrage est perdue. Ouhv les fragments épars, nous possédons los livres VI-VIII (guerres d'Espagne, seconde guerre punique, guerres d'Afrique) et les livres XI-XVII (guerres de Syrie et ^\ Parthes, de Mithridate, et commencement des guerr civiles).
Ce qui man<(uait le plus à Appien pour un si grand sujel. c'était le sens philosophique, l'intelligence profonde <!«' Penchaînement des causes et des eflets. L'ordre qui! adopte a une commodité apparente; en réalité, il l'oblige à bouleverser la suite des événements, au point de les rendr»' parfois inexplicables ; il détruit le lien qui unit l'histoire intérieure de Rome à celle de ses conquêtes. Le mémo
défaut se fait sentir dans les parties. Rien n'y est profondément expliqué. Ni réfiexion pénétrante, ni intuition. L'imagination, d'autre part, y est médiocre; le récit demeure terne et peu vivant. Ce sont là de graves défauts. Mais il reste à l'auteur de sérieux mérites. 11 expose avec aisance et clarté, sans vaine rhétorique, sans emphase, sans digressions inutiles. Sa narration est nourrie; elle vise réellement à instruire, tout en s'appliquantà ne pas rebuter le lecteur, et elle instruit en elTet. La plupart des faits sont présentés sous leur aspect juste et, en somme, suffisamment compris. Appien n'a pas de parti pris, il vise à être véridique, et il l'est autant qu'on peut l'être lorsqu'on ne pénètre pas très avant dans la psychologie ni dans la politique. Son ouvrage a quelque chose de' sain, d'honnête, de satisfaisant, (jui le recommande encore à quiconque est curieux de l'histoire de Rome. Sa langue est moins pure que celle d'Arrien ; elle se ressent plus de l'usage contemporain; mais, en délinitive, c'est celle d'un homme bien élevé, également éloigné de la négligence vulgaire et de la fausse rhétori«iue.
10. Suite de Phistoriographie. — Dion Cassius. — Hérodien'. — Cette historiographie sérieuse et saine, ])lus estimable que brillante, se continue pendant la lin du second siècle et une bonne partie du troisième. Ses principaux représentants sont alors Dion Cassius et Hérodien.
Dion Cassius {Casaiits IHo Cocceianua) était comme Arrien, comme le philosophe Dion Chrysostome, au«iuel il se rattachait par sa famille, un (irec de Rithynie. Il naquit
L Éditions :
Dion Cassius : Dindorf, 5 vol., Leipzig, 1863-186o, Bibl. Teubner; Melber, 5 vol., Leipzig, 18%, même collection: Boissevain, Cassi Diouis historia romuna, Berlin, Weidiiiann, 1804-1900. — Hérodien : Bekker, Leipzig, 1855, Bibl. Teubner ; Mendelssohn, Leipzig, 1883.
A consulter :
Reimar, De vila et script is Dionis^ dans l'éd. de Bekker.
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à Nicée un peu avant 155. Fils d'un haut fonctionnaire impérial, il suivit à son tour la carrière des honneurs. Il était déjà sénateur avant l'avènement de Commode, en 180. Sous son règne, il se contenta de plaider. Il devint préteur en 194, grâce à la faveur de Pertinax. Ni Septime-Sévère ni Caracalla n accrurent ses dignités. Mais Macrin, en 218. le nomma commissaire impérial à Smyrne et à Perganie; Alexandre-Sévère le fit consul, puis gouverneur d'Afrique, vers 224. Après le gouvernement de l'Afrique, il reçut celui de la Dalmatie et de la Pannonie supérieure. Dans ces diverses fonctions, il fit preuve de fermeté et d'intelligence. Consul pour la seconde fois en 229, il se retira, bientôt après, dans son pays, pour y passer tranquillement ses dernières années; il dut y mourir entre 230 et 240. En somme, Dion fut un politique, un administrateur, un général, et par conséquent un homme bien préparé à écrire l'histoire.
Sa grande œuvre, la seule qui ait conservé son nom, est une Histoire romaine en quatre-vingts livres. Commencée vers l'an 200, elle fut à peu près achevée en vingt-deux ans ; mais elle n'allait alors que jusqu'à la mort de Septime- Sévère. Dans ses dernières années, Dion la compléta par un exposé plus rapide des événements qui avaient suivi, probablement jusqu'à son second consulat. Cette ample composition comprenait ainsi toute l'histoire de Rome depuis ses origines. Nous n'en possédons plus que vingtquatre livres (de XXXVI à LX), de Tan 68 avant Jésus-Chri.st à Tan 47 de l'ère chrétienne. Des autres livres, il nous reste des fragments plus ou moins étendus. On supplée en quelque mesure à ce qui manque par l'abrégé que le moine Xiphilin en fit au xi« siècle et par l'histoire de Zonaras (xn« siècle), qui a mis grandement à profit celle de Dion Cassius.
L'œuvre de Dion a été sérieusement préparée. Il a lu avec soin, comparé, critiqué les uns par les autres les his-
toriens des différents âges de Rome : les Latins, tels que Varron, Salluste, César, Asinius Pollipn,ïite-Live, d'auties encore; sans doute aussi les Grecs, tels que Polybe, Denys d'Halicarnasse. Mais il ne paraît pas être remonté jusqu'à leurs sources ni avoir cherché à les compléter ou à les corriger par l'étude des mémoires, des correspondances, des archives, des monuments. Son information, en somme, est de valeur moyenne, précieuse encore pour nous par l'abondance et le bon choix des détails, mais bien moins curieuse et suggestive que celle de Plutarque par exemple. Le souci de l'exactitude chronologique et géographique atteste la conscience de l'auteur. Dans la dernière partie de son ouvrage, malheureusement très mutilée, il parlait en témoin des choses qui s'étaient passées de son temps. Ce qu'il en dit présente un intérêt particulier. Mais cela est exceptionnel. D'ailleurs, Dion a de véritables faiblesses d'esprit : les songes et les présages deviennent pour lui des événements graves, et il en multiplie les comptes rendus jusqu'au ridicule. En dehors de cela même, son esprit, naturellement judicieux, manque de hauteur et de pénétration. Il ne sait ni s'élever librement au-dessus des préjugés et des partis pris, ni embrasser l'ensemble d'une époque ou le rôle total d'un homme d'État, ni dégager les grands traits d'une figure historique. Son récit est sensé, substantiel, modéré, d'une exactitude générale très probable; on se dit, en le lisant, t|u'on n'est pas trompé; mais on n'a pas le sentiment d'être pleinement et vivement éclairé sur beaucoup de choses obscures qui seraient pourtant importantes à connaître.
Les qualités littéraires de Dion semblent avoir été très estimées de ses contemporains et des lettrés des siècles suivants. Photius loue la noblesse de son style, le choix de ses expressions, la construction savante de ses périodes et leur rythme, la clarté générale de son langage; et ces éloges ne sont pas entièrement immérités. Préparé par une
éducation littéraire très soignée, il s'est appliqué à écriro dans une langue classi(|ue, sans recherche sophisticiue . i sans affectation d'atticisme. L'allure générale de son récii est simple : on le lit sans effort, souvent même avec plaisir. Mais, au fond, son art n'a rien de vraiment distingu. . Des narrations monotones, sans traits vigoureux, sans viv.i cité, sans imagination; des réllexions quelquefois insignifiantes, toujours dépourvues d'accent et de relief; une ctitaine sécheresse qui se fait sentir partout. Les harangurs qu'il insère dans son récit à la fa(;on des historiens classiques sont longues, artilicielles, fastidieuses. Dion n'a ni assez de philosophie pour dégager les idées essentielles d'une situation, ni assez d'art pour faire ressortir les cara. tères des personnages.
Moins connu aujourd'hui que Dion, llérodien ne lui esl guère inférieur en mérile, mais son œuvre n'a ni la niém. étendue ni la même importance historique. On peut circonscrire approximativement sa vie entre 165 et 255. Quoiqu'il ait écrit en grec, il est possible qu'il fût Italien d.naissance. Il déclare lui-même avoir «'xercé des charj;. > impériales, qu'il ne détermine pas d'ailleurs avec précision.
Son ouvrage, commencé vers 250 et demeuré inachev. , est une Histoire des successeurs de Marc-Aurèle [Yf^i \xi-.x Mapxov 6a<jiXeta; îrjTopiai), qui s'étend de i GO à 238. Son dessein, il nous le dit, a été de raconter les actes des emprreurs dont il avait eu connaissance directement. C'était donc la personne des souverains qu'il avait en vue plus .jules destinées de l'Empire; et, en fait, son ouvrage a \\\\ caractère biographique bien marqué. La sincérité dont il fait profession avec quelque emphase paraît réelle ; il semM»avoir recherché loyalement la vérité. Son information repose moins sur des lectures que sur des souvenirs personnels, sur des notes prises au jour le jour, sur ce (ju'il a vu ou entendu dire. Elle est intéressante, sans être ni très curieuse des détails, ni même toujours assez précise. T.-
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qu'il note le mieux, bien (ju'à grands traits, c'est le côté moral de l'histoire, le caractère des empereurs et de leurs conseillers, les influences (ju'ils ont subies, les mouvements de l'opinion.
Imitateur de Thucydide, de même que Dion, il g.Ue son modèle en se défendant mal de la rhétorique. Ses trop nombreuses harangues sont fâcheuses par l'abus des souvenirs classiques. Ses récits ont plus de mérite; ce sont eux qui soutiennent son œuvre. Si la langue n'est pas très pure, si la phrase sent trop souvent l'imitation et rartifice, le style a, du moins, de la tenue, et même, çà et là, un certain éclat.
L'histoire de la littérature n'a pas à s'occuper des autres historiens du n" et du ni° siècle, dont il ne nous reste que des fragments'. Le seul qui fasse encore quehiue figure est Dexippos d'Athènes, contem[»orain d'Aurélien, homme d'État et général autant qu'écrivain, (jui avait raconté, dans ses Guerres des Scythes, les premières invasions des (lOths.
11. Érudits et collectionneurs. — Pausanias ; Bibliothèque d'ApoUodore. — Diogène Laërce. — A l'histoire proprement dite se rattache tout un groupe d'œuvres diverses, sans mérite littéraire réel, mais souvent citées en raison de leur valeur documentaire. Nous ne pouvons ici ni les étudier ni les passer entièrement sous silence. Il suffira de les mentionner.
Pausanias le Périégète, qui vivait dans la fin du ii*^ siècle, est connu par sa Description de la Grèce (IlepiTÎyrjaiç ttjç 'EXXà8o;)2j écrit précieux pour la connaissance de la Grèce ancienne, de sa mythologie, de sa topographie et de ses monuments. L'auteur n'était ni un artiste, ni un archéo-
i. C. Mûller, l'ragni.'Hta historicorum grxcorum, t. III, Bibl. Didot, Dindorf, Historici grxci minores, Bibi. Teubner.