‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 22 sur 264 · Éditions · texte numérisé non relu

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Les fragments du Margitès dans Bibl. Didot, Homeri carmina, et dans Rinkel, Epicor. grœcor. fragmenta, t. I (Bibl. Teubner).— La Batrachomyomachie est jointe aux Hymnes dans les

ÉPOPÉES CYCLIQUES ET RAPSODES

mots d'un certain nombre d'œuvres, de notoriété médiocre, mais curieuses par leur tendance à parodier l'épopée homérique. C'est un fait ordinaire que les genres littéraires, en vieillissant, prêtent au ridicule. L'épopée héroïque y était peut-être plus exposée que toute autre, en raison de ses habitudes traditionnelles de pompe, de ses formules archaïques, de sa conception idéale de la vie, qui faisaient contraste avec les habitudes communes.

Aristote attribuait à Homère l'origine de la comédie en se référant au poème intitulé Margitès, dont il passait pour être l'auteur. Il ne nous reste de cette œuvre que six vers en trois fragments. Nous voyons, par divers témoignages, qu'elle racontait sous forme épique les aventures d'un niais qui ne savait rien faire comme tout le monde. Ignorant et content de lui, il accumulait une série de balourdises, qu'il payait sans doute plus ou moins cher. La satire apparaissait là comme l'envers de l'épopée. Ce personnage ridicule était célébré comme un héros épique, bien qu'il fût justement le contraire du héros. Une telle œuvre n'a pu naître qu'au déclin de l'épopée ; elle ne saurait, en aucun cas, être imputée à un des poètes homériques. D'ailleurs, le vers iambique s'y mêlait irrégulièrement au vers hexamètre, ce qui semble indiquer qu'elle était postérieure à Archiloque et à Simonide d'Amorgos. Quelques-uns l'attribuaient à Pigrès le Carien, frère de la reine Artémise, qui vivait au commencement du v« siècle. Il est peu probable que le poème fût en réalité si récent ; mais il a dû naître, en tout cas, quand l'épopée héroïque se mourait.

On peut rapprocher du Margitès l'épopée plaisante intitulée Guerre des Grenouilles et des Rats (BaTpayojxuoaayja), que nous possédons encore. Ce poème raconte en trois cents

édit. Didot et Pierron ; en outre, G. Baumeister, Batrachomyomachia, Gœttingen. 1852 ; A. Ludwich, Die homerische Balrachomyomachia, avec les scolies et le» paraphrases, Leipzig, Teubner,

vers une guerre furieuse qui s'éleva entre les grenouilles d'un marais et les rats du voisinage, à la suite de la mort d'un rat, qu'une grenouille avait invité à une partie de plaisir sur l'eau et qu'elle laissa s'y noyer. Les dieux, d'abord neutres, finissent par intervenir pour sauver les grenouilles; mais la foudre même ne fait pas reculer les rats vainqueurs ; il faut, pour les mettre en déroute, l'entrée en scène d'une armée d'écrevisses : c'est le coup de théâtre et le dénouement.

L'auteur, pour parodier l'épopée héroïque, en imite le style, les formules, les inventions traditionnelles, les récits. Cet auteur, selon Suidas, serait le même Pigrès dont il vient d'être question. Nous n'avons aucune raison grave d'en douter. Son poème eut du succès dans l'antiquité ; il en eut plus encore au moyen ûge chez les Byzantins et jusqu'au siècle de la Renaissance. En réalité, c'est une œuvre médiocre. Même en tenant compte des altérations du texte, il est difficile d'en louer le style, qui est souvent plat. Quelques inventions ingénieuses dans le détail dissimulent mal la sécheresse et la pauvreté de l'imagination. Comme échantillon unique de l' « Épopée animale » dans la littérature grecque, la Batrachomyomachie a son prix ; comme œuvre d'art, elle est d'ordre inférieur.

Quelques-uns des biographes d'Homère citent sous son nom divers poèmes analogues, qu'ils appellent des «Jeux» (IlaiYvia). Il est donc probable qu'il y eut, avant et après la Batrachomyomachie, quelques autres parodies épiques du même genre, dont les héros étaient des animaux. Rien n'en est resté que des titres sans intérêt.

De telles œuvres montrent assez qu'au début du v« siècle l'ûge de l'épopée héroïque était passé. Les longs récits semblaient fastidieux; on était fatigué des combats, des défis de héros, des assemblées humaines et divines ; toute la machinerie épique s'était usée à force de servir. On voulait du nouveau. Depuis longtemps déjà, le lyrisme, bien

plus puissant sur les âmes, était en possession de les charmer. Avant de l'étudier, nous devons revenir en arrière, pour parler de l'épopée didactique, née sous l'influence de l'épopée héroïque, et devenue en son temps presque aussi populaire que son modèle.

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