‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 222 sur 264 · Éditions · texte numérisé non relu

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Creuzer, 3 vol. in-8', Oxford, 1835; du même, Paris, 1850, avec Irad. lat., Bibl. Didot; H.-F. Muller, BerUn, 1818.

A consulter :

E. Zeller, Philosophie der Griechen, t. V; Ghaignet, Hist. de la psychologie des Grecs, t. IV et V, Paris, 1893.

les plus ardns et se joue dans les abstractions. On a sou vent grand peine à le suivre, d'autant plus que le niaîtn dédaignait absolument le soin de la forme. Mais, à mesur. que s'éclairent les ténèbres de son style, on y découvi avec un sentiment de respect une pensée haute et forio, merveilleusement déliée, qui poursuit sans se lasser la vérité. Et le sentiment qui anime cette recherche a quelqu.chose de si noble et sincèr*-, de si passionné aussi, qu'on s'y laisse gagner et qu'on en est touché. Plotin exen-ait une séduction profonde sur ceux qu'il n'avait pas rebut^'s tout d'abord. C'est encore à peu près l'effet de son livrr sur les lecteurs d'aujourd'hui.

Cette philosophie néoplatonicienne est une religion; une religion rationnelle à son point de départ et dans la majeure partie de son développement, mais qui aboutit à l'extase. Elle apparaît dans l'histoire comme le terme do l'hellénisme, car elle est faite des peusées et des sentiments des plus grands hommes de la Grèce, et elle I. s coordonne en une puissante unité. Mais, en même temps, elle contient en eîle-mt^me quelque chose qui est la négation de leur tendance la plus profonde, puisqu'elle prétend se servir de la raison pour aller au delà, dans l'inconnu, et que, par là nu^me, elle aboutit à s'en passer. C'est sous cette forme, néanmoins, (jue l'hellénisme a pris son nom pour s'opposer au christianisme, qui grandissait alors rapidement. Il faut bien comprendre qu'en ce sens étroit ce nom est loin de représenter ce qui a fait la grandeur du génie hellénique. .

Porphyre est inséparable de Plotin, bien qu'il diffère dt^ lui profondément. Tandis que Plotin a vécu absorbé dans une même pensée, dont il étudiait sans cesse les développements, Porphyre a été plutôt un érudit et un polygraphe.

Né à Tyr en 233, il connut Plotin à Rome, en 263,et s'attacha à lui. Pendant six ans, il oe le quitta pas; Plotin, comme nous lavons vu, le chargea même de mettre en

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ordre ses écrits. Après la mort de son maître, il vécut en Sicile, puis à Rome, et mourut au commencement du IV* siècle. Esprit bien moins original que Plotin, mais prompt à comprendre et aimant à expliquer, il a beaucoup écrit. Il fut à la fois philosophe, polémiste, historien, grammairien et mathématicien, sans jamais composer d'ailleurs un grand ouvrage ^ Parmi ses écrits, le plus important au point de vue philosophique est V Introduction à la connaissance de V intelligible ; mais ceux qui intéressent le plus la littérature sont: le Traité sur Vabstincnce de la chair, (»n quatre livres, et la Lettre à Marcella. Nous possédons aussi, de lui, un curieux opuscule Sur V Antre des nymphes dans VOdyssée, où l'interprétation allégorique se donne libre carrière, et des fragments de Recherches homériques. L'auteur s*y montre d'ailleurs médiocre écrivain. Mais aucun de ces ouvrages ne donne une idée très exacte du rôle de Porphyre. Ce rôle se manjuait surtout dans ses écrits religieux, aujourd'hui perdus, tels que les ouvrages Sur la Philosophie des oracles, Sur les Images des dieux, et dans la grande composition en (fuinze livres, Contre les Chrétiens, Porphyre a été le principail défenseur de l'hellénisme et, par conséquent, le principal adversaire du christianisme au iii« siècle. Nous ne le connaissons plus guère sous cet aspect que par les tt»moignages de ceux qu'il a combattus. D'après ce qui nous reste, nous devons reconnaître en lui un homme doué pour apprendre et pour retenir, un «•'•nie infatigable, mais, en somme, un médiocre artiste, qui ne savait pas amener une œuvre au point de perfection où elle prend une valeur durable.

22. Début et progrès de la littérature chrétienne au ii« et au iw siècle. — Les apologistes. — Les docteurs: Clément d'Alexandrie, Origène, Hippolyte. — Lorsque Porphyre combattait le christianisme, il y avait déjà deux

\. Pas d'édition d'ensemble. Nauck, Opuscula selecta, 2 vol., Leipzig, 1860 et 1886, Bibl. Teubner.

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siècles et demi environ que la religion nouvelle avait oom mencé à se ivpandre. Mais, à ses origines, elle n'avait eu, pour ainsi dire, aucun point de contact avec la littt'ratuiv grecque. Les premières œuvres chrétiennes, même Im.qu'elles «Haient écrites en grec, n'avaieni, à proprommi parler, rien de littéraire. C'étaient de simples relalioiis, des lettres, des instructions, cjui ne visaient qu'à Tutilil • morale et à la propagation de la doctrine. Gela ne vcul pa^ dire, bien entendu, qu'elles fussent sans charme ou sans mérite d'originalité. Seulement, ceux (jui les composaient n'avaient aucune préoccupation d'auteurs; ils ne s»' ralUichaient à aucune tradition hellénique et ne se projm saient pas non plus d'en établir une nouvelle. Les évangiles, les épîtres, les actes, sont des œuvres qui ont Irm nature propre, sans point d'attache avec la littéral ui.ancienne ou contemporaine.

C'est au ii« siècle seulement, par l'intermédiaire d» s apologistes, que la littérature chrétienne se relie à la tradition hellénique. A ce moment, le christianisme sort de l'obscurité, sur un grand nombre de points de reinpii. romain. 11 excite la colère des populations païennes •■(, plus encore, l'inquîétude de la police impériale. Les clii< tiens sont en butte, d'une part, à des poursuites officielle^, de Tautre, à des propos malveillants ou même caloinuitMix. Il faut qu'ils se justifient, individuellement et collecliv'ment. La justification collective est l'œuvre des apologisl< -. Ceux-ci sont des hommes instruits, souvent des païenconvertis, qui ont passé par les écoles, principalement p.u celles des philosophes. Ils portent dans l'apologie les h.il tudes de dialectique qu'ils y ont acquises auprès deux ; c'est donc déjà un élément au moins de l'art et do i i méthode grecs, (|ui se met au service des doctrines uoi velles.

Ces apologistes du n« siècle ne sont d'ailleurs (\ue <l

médiocres écrivains*. Leurs écrits sont plus intéressants pour l'histoire des idées que pour celle de l'art littéraire. Nous pouvons passer ici sur Quadratus, contemporain d'Adrien, et sur Aristide, (lui adressa son Apologie à l'empereur Antonin. Justin mérite plus d'attention. Né en Judée, vers Tan 100, après avoir étudié la philosophie, il se convertit au christianisme vers 123. 11 vint ensuite à Rome, où il semble avoir tenu école d'instruction chrétienne. Il y mourut, martyr, entre 163 et 167. Nous avons de lui deux Apologies, l'une adressée, vers l'an 150, à l'empereur Antonin, l'autre, composée un peu plus tard, pour compléter la première, et, en outre, un Dialogue avec le juif Tryphon, (jui est une réfutation des opinions judaïques sur le chriFtianisme. Les autres écrits qui lui sont attribués sont d'origine douteuse. Justin, comme écrivain, est obscur et négligé, mais c'est un penseur et une nature généreuse ; il y a quelquefois de l'éloquence dans son argumentation, qui a le tort d'être, en général, confuse. On le considère avec raison comme le premier maître de l'apologétique chrétienne. Après lui, le genre se continue par Tatien, Athénagoras, Théophile d'Antioche, Ariston, Miltiade, Irénée. Aucun d'eux ne s'y est fait une originalité assez distincte pour que nous ayons à nous arrêter sur son œuvre.

Vers le commencement du ni'' siècle, aux apologistes se joignent les docteurs ; aux écrits de circonstance succèdent les grandes œuvres d'enseignement. La théologie proprement dite fait son apparition.

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