A consulter
G. Marckscheffel, Hesiodi, Eumeli, Cinaslhonis fragmenta, Leipzig, 1840 ; E.-E. Sikes, Folklore in the Works and Days of Hesiod iClassical Review, t. VII, 1892).
enseignement historique. Mais elle le donnait, pour ainsi dire, sans le faire exprès, et, par suite, sans aucun scrupule d'exactitude. Tout autre est l'esprit de la poésie dont nous avons maintenant à parler. Celle-ci, quand elle touche à la morale, donne des conseils ou énonce des prohibitions; quand elle traite des arts, des métiers, des sciences, au lieu de les décrire pour le plaisir de l'imagination, elle en formule les règles ; quand elle rappelle les choses du passé, l'histoire des dieux ou celle des hommes, elle établit des filiations, dresse des nomenclatures, en un mot essaye de fixer dans les mémoires ce qui doit être su, sans prétendre en tirer ni émotion vive ni plaisir varié. C'est donc une poésie essentiellement didactique, une poésie utile et sévère, qui, sans doute, aura aussi sa beauté — car, sans cela, elle ne serait pas poésie — mais qui subordonne en somme l'invention à l'observation et au compte rendu.
Tandis que la poésie héroïque a son domicile de prédilection dans la Grèce d'Asie et dans les îles, celle-ci paraît s'être développée plutôt dans la Grèce propre. Moins appropriée au goût des Ioniens, qui aimaient le plaisir, l'éclat, l'élégance, il semble qu'elle ait trouvé, au contraire, le terrain qui lui convenait parmi les populations de la Grèce centrale et du Péloponnèse, Béotiens, Locriens, Doriens, races de labeur, de croyances solides, de traditions persistantes, de tendances plus utilitaires. Ces Grecs de terre ferme, attachés à leur sol, moins changeants et plus pratiques, au lieu de se donner tout entiers aux fantaisies des aèdes, ont suggéré de bonne heure à leurs poètes le goût des choses qui pouvaient servir. Et, comme il y avait là un public qui ne demandait qu'à être instruit, il s'y trouva des esprits bien doués qui se chargèrent de lui donner des leçons.
De même que toutes les origines, celles de la poésie didactique sont obscures. Hésiode, à coup sûr, n'a pas créé de toutes pièces un genre entièrement nouveau. Avant lui,
HÉSIODE ET LA POÉSIE HÉSIODIQUE
ce genre existait certainement, au moins à l'état d'ébauche. En l'absence de documents, on peut se le représenter sous foi me d'oracles versifiés, s'appliquant aux choses de la vie, de dictons, de préceptes techniques, formulés en quelques vers à l'usage des gens des divers métiers, de calendriers religieux, d'hymnes généalogiques. Il fallait peu de talent pour donner à tout cela un tour passable, qui aidât la mémoire ; de simples poètes de rencontre ont pu suffire à cette tâche. Sans eux, on comprendrait mal comment le public d'alors se trouva prêt à goûter une œuvre originale en ce genre, et comment un homme supérieur eut l'idée de la tenter.
Il eût été naturel, à ce qu'il semble, que ces premiers essais fussent composés dans la langue du pays, c'est-à-dire dans les divers dialectes de la Grèce centrale, si c'est là qu'ils sont nés. Mais on comprendrait mal, alors, pourquoi Hésiode se serait servi de la langue ionienne, comme il paraît certain qu^'il l'a fait, malgré les hypothèses contraires dont nous dirons quelques mots plus loin. Sans nier que, quelquefois, des poètes rustiques aient pu versifier dans leur propre dialecte, il y a lieu de croire que ce ne fut pas l'usage général. Et, si l'on y réfléchit, cela n'a rien qui étonne. Le simple fait de se servir du vers hexamètre comme moyen d'expression dénotait le désir de distinguer les choses qu'on disait ainsi de celles qui se disaient communément. Or ce vers avait été amené à sa perfection par les aèdes ioniens ; il était lié à des récits ioniens et, par conséquent, à des formes de langage ioniennes ; c'était par la diffusion de quelques-uns au moins de ces récits qu'il avait fait sentir, jusque dans la Grèce propre, son mérite original; dès qu'on s'en servait, on devait être tenté d'employer en même temps le dialecte qui en était inséparable, sauf à y mêler çà et là, par inadvertance ou par goût, quelques formes locales. Et on trouvait à cela l'avantage de prêter à l'expression quelque chose d'exotique, qui
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semblait rehausser l'idée et ia rendre plus digne d'attention. Les oracles donnèrent sans doute l'exemple et les poètes se mirent au ton des oracles.
2. Hésiode ^ — D'après la tradition unanime de l'antiquité, l'homme qui lira le genre didactique de l'obscurité s'appelait Hésiode. C'est le premier poète qui nous apparaisse avec des traits vraiment individuels. Tandis que, pour nous, tous les aèdes homériques se confondent en une sorte de type impersonnel, celui-ci se montre dans son œuvre comme un homme à qui les circonstances de sa vie et son propre caractère ont fait une physionomie originale.
Suivant un passage des Travaux et des Jours (v. 633-640), contre l'authenticité duquel aucune objection décisive n'a pu être produite, le père d'Hésiode habitait Kymé en Éolide et se livrait au commerce maritime. N'ayant pas réussi à faire fortune, il quitta son pays et vint s'établir en Béotie, dans le bourg d'Ascra, au pied de l'Hélicon, où il acheta un petit domaine. Là il se fit cultivateur. C'est à Ascra que ses deux fils, Hésiode et Perses, semblent avoir grandi. Hésiode était donc, par son origine au moins, un Grec d'Asie, un Éolien, dont les circonstances firent un Béotien. Il dut mener dès son enfance la vie d'un fils de petit propriétaire rustique, s'initiant de bonne heure à toutes les choses de la campagne et développant en lui-même les goûts et les idées caractéristiques des gens de sa condition. 11 ne paraît pas douteux qu'il n'ait travaillé de ses propres mains. Toute sa poésie dénote un homme qui a senti le poids du labeur physique. Mais,