Témoisrnaflres anciens sur Hésiode
Plutarque, Comment, sur Hésiode; Concours d'Homère et d'Hésiode, dans VHésiode de la Bibl. Didot, p. 68 ; Vie d'Hésiode, due probablement à Tzetzès, dans Westermann, Vitamm scriptores, et dans diverses éditions d'Hésiode; Suidas, Lexique, au mol *H<Tto6o;.
A consulter :
Prolégomènes de Goettling dans son édition d'Hésiode. A. Kirchhoff, Der Roman eines Sophisten, 1892 (Sitzungsber. d. Berl. Akad., 43).
d'autre part, ce labeur ne fut pas pour lui si absorbant qu'il ne pût cultiver en même temps son esprit. Peut-être avait-il été déjà, en Asie, l'élève de quelque aède ionien. En tout cas, d'une manière ou d'une autre, il faut bien qu'il ait trouvé le moyen d'apprendre un art dont les mieux doués alors ne pouvaient se passer. Au reste, cet apprentissage technique ne fut sans doute qu'une petite partie de son éducation poétique. Nous devons nous le représenter à la fois comme un amateur de vieux récits, de proverbes, d'énigmes, de fables, et comme une sorte de philosophe campagnard. Sa mémoire fidèle devait retenir sans peine tout ce que son esprit curieux recueillait dans les entretiens ; et son jugement, tourné vers la pratique, tirait de là des conclusions qui s'organisaient spontanément en une ébauche de doctrine. Doué d'ailleurs, à un degré remarquable, du don de l'expression, il savait traduire, avec grûce ou avec malice, en des formes brèves et mordantes, en des images imprévues et suggestives, ses propres observations ou celles des autres.
Toutefois, il fallut une circonstance particulière pour dégager pleinement son originalité. Le père étant mort, le domaine dut être partagé entre les deux fils. Dans ce partage, Hésiode, à tort ou à raison, se crut gravement lésé. Un procès eut lieu entre son frère et lui; les juges, c'est-à-dire les chefs du canton, ceux qu'on appelait « les rois » (Ba^iX^c;), se prononcèrent en faveur de Perses; Hésiode sut ou crut savoir qu'ils avaient été gagnés par des présents. Le sentiment de l'injustice subie excita sa verve. Le principal élément du poème des Travaux, tel que nous le possédons aujourd'hui, semble être une sorte de satire didactique contre la violence et la mauvaise foi, dont l'idée dominante est que le bien mal acquis ne profite pas. Il est probable que cette satire formait primitivement une œuvre distincte. Ce fut la vengeance du poète. Récitée dans des réunions d'amis, si elle ne lui rendit pas ce qu'il avait
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HÉSIODE ET LA POÉSIE HÉSIODIQUE
perdu, elle ne put guère manquer du moins d'émouvoir vivement l'opinion et d'établir sa réputation. Quelle qu'en fût l'ûpreté, il avait su, en vrai poète, s'élever souvent audessus de ses griefs personnels et exprimer en beaux vers des vérités durables.
Ce qu'il y annonçait paraît d'ailleurs s'être réalisé. Perses, enrichi par un jugement inique, compromit bientôt sa fortune par sa négligence et par le goût des plaisirs. Il dut emprunter, vivre d'expédients, et finit par se trouver dan> la gêne. Hésiode, alors, lui adressa un autre poème, Sur te Travail, qui forme aujourd'hui la seconde partie des Travaux. Du ton de la colère, il y passait à celui d'une pitif moitié affectueuse, moitié dédaigneuse. Comme précédemment, il dégageait des conseils particuliers une doctrinegénérale. En s'adressant à Perses, il enseignait à tous \e> hommes de son pays ce que devait être la vie du paysan laborieux, ce qu'il avait à faire et à éviter, comment il devait conduire ses travaux et organiser sa maison.
C'est à ces deux œuvres, plus tard réunies en une seule, qu'est attachée essentiellement la gloire d'Hésiode. Nous ne pouvons affirmer qu'aucun des autres poèmes qui lui sont attribués soit vraiment de lui. Nous ne pouvons pas non plus le nier d'une manière absolue. Mais, quand même il n'aurait fait que cela, cette double création suffirait à lui mériter notre admiration.
Un autre passage des Travaux (650-662), — celui-là suspect à meilleur droit, — nous représente un Hésiode assez différent de celui que nous venons de voir. Le poète nous y apparaît sous les traits d'un aède de profession, qui aurait été concourir à Chalcis, en Eubée, à l'occasion des funérailles d'un certain Amphidamas, et qui y aurait remporté le prix du chant. Si l'on écarte la tradition de pure fantaisie qui s'est greffée plus tard sur ce passage et qui a voulu faire d'Homère le concurrent d'Hésiode en cette circonstance, il reste un fait qui, en lui-même, n'a rien d'impos-
sible, mais qui serait d'ailleurs de peu d'importaftce. Ce qui le rend douteux, ce n'est guère, après tout, que le caractère même de la poésie d'Hésiode, qui ne semble pas avoir dû se prêter aux exigences d'un concours.
Une tradition, dans laquelle il est impossible de faire sûi'ement la part de la vérité et celle de la légende, raconte qu'Hésiode mourut à Œnoé, près de Naupacte, en Locride. Il y aurait été victime d'un guet-apens. Son corps, jeté à la mer, puis repoussé par les flots sur le rivage, aurait été d'abord enseveli à Œnoé, puis transporté plus lard à Orchomène.
Les anciens n'étaient pas plus d'accord sur les dates de la vie d'Hésiode que sur celles de la vie d'Homère. On ne s'entendait même pas sur le point de savoir lequel des deux poètes était le plus ancien. Celte question est tranchée pour nous par le simple fait que la poésie hésiodique nous paraît être un rejeton de la poésie homérique. Ses débuts ne peuvent donc pas être de beaucoup antérieurs au vui* siècle. Porphyre et beaucoup d'autres avec lui admettaient qu'Hésiode avait vécu vers l'an 800 <. Nous ignorons sur quoi s'appuyait leur affirmation et quelle en était, par conséquent, la valeur. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'elle répond à une certaine vraisemblance générale. S'il paraît difficile, en effet, de remonter plus haut dans le passé, il n'est guère possible de descendre beaucoup plus bas et de rapprocher, comme on a voulu le faire, Hésiode d'Archiloque. Car Hésiode est antérieur à l'auteur de la Théoyonie, qui le nomme comme le grand poète dé la région héliconienne, et nous verrons que la Théogonie ne peut cuère avoir été composée beaucoup après le commencement des Olympiades. — Ce que nous disons d'Hésiode ne s'applique, au reste, qu'aux parties les plus vieilles des Travaux. L'ensemble de la littérature hésiodique comprend