Lk LYHISME SKMI-lM)l'LI.\ll<K
2. L'ile de Lesboset le lyrisme. — î/ile de Lesbos a < i. la patrie de ce lyrisme simple, familier, à peine dégaiîé .1.' ses origines populaires. Elle y était prédestinée, pour aiiiM dire, par la nature. De bonne heure, on la vu plus limi. elle avait recueilli les traditions musicales de la Tliracr. Ir voisinage de l'Asie la mettait en relations avec dauliformes musicales non uioins riches. Elle était habitée pu une population naïvement sensuelle, amie du plaisir, |m ii politique et peu disciplinée, où la vie parait avoir gai.!.'un caractère rustique, où la pensée d'ailleurs ne doniui.i jamais l'imagination. Les genres lyri«|ues populaires dur. ut toujours y être llorissants. Quand Terpandre, né lui-même à Lesbos, eut constitué la musique citharédique, des artisl.s indigènes vinrent à paraître, qui ap[diquèrent aux divei . > formes du lyrisme populaire les inventions musicales .le Terpandre, et y joignirent un art de style inconnu .l'^ chanteurs de village. La chanson de table, la chnn-n amoureuse, le Ihrène, l'hyménée, les hymnes aux «li n furent cultivés par de véritables artistes, mais dans le g- ni de simplicité qui convenait à une race peu cita<line. !>' I' un art très particulier, à la fois délicat et naïf, sans sol- iinilé, sans grande hardiesse ni hauteur d'inspiration, n plein de finesse rustique et de grâce.
Cette simplicité se manifeste dans le style et dan> forme métrique des chants lesbiens. Nous parlerons style à propos de chaque poète; notons seulement i. couleur générale du dialecte : si les mots sont souvent termes poétiques, la forme de ces mois est celle que I donnait le dialecte parlé à Lesbos; plus un poète g' dans cette période, se tient près de rins|»iration popul.'i '•
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plus il s'attache au dialecte local. Les poètes lesbiens ne foiil pas exception à la règle.
(Jiiant à la forme métrique, une ode lesbienne, quels (pieu soient le sujet ou l'auteur, est une suite de strophes toutes semblables, généralement courtes, et d'une structure livs simple. Trois ou quatre iiiemhres (/.oiXa», où les «l.irtyles se mêlent aux trochées, forment une strophe. Ces .Miangements strophiques, à la différence de ceux des grands poètes doriens, ne varient pas avec chaque poème: iN -< ramènent à un petit nombre de types à peu près lixrs. Les principaux sont ceux qu'on ai)pelle la strophe aUtiique et la strophe sapplnijuc, du ikmti des deux poètes i|ui passaient pour les avoir inventés, ou qui, plus e\ac- It'ment, en avaient l'ait le i)riiicipal usage *. Ce genre de >li<)|>lies était desliné à la nnuiodie. Dans les poèmes destinés à des clueurs, jKir exemple dans les hyménées de >;i|i|>ho, probablement aussi dans 1rs péans, on trouvait, apit s une courte stnqdie, un refrain, selon la tradition |"»|iulaire. Le rythme de ces chants paraît avoir élé le plus MUivt'iit un rythme à trois temps : le dactyle s'y ramenait sans doute à la mesure du trochée, par un artilice que nous ne connaissons pas exactement. Les aiiciens appelaient
I 1 11 vuici (IciiX exemples eiiiprnillf'S ;i Il..r;u:''. Iinil.ileiir ries Le;i-
/• Sli'up/ie alcnhjUf :
Viilis iilulla stel nivr caiidi<lum Soruclf. ne Jain siistin<'unl onu^^
Silva' laUorunles. p:ehi<|iip
Fluinina con>litcriiil aouto.
2» Strophe sapphiqiir :
Rertius vives, Licini, neque allum Scinper urpcndo, in'.|iir, diiiii procellus Caiilus horrescis, nimiutn pn-im-ndo Litliis iniquiim.
1-' ^eule diftorcnce onlro lloiuce cl les poêles lesbiens, c'est que K''iix-ri, ;m débul «lu vers. ;i»linelt;iieii( i»liis de liherti' dans la prosodie.
LA POÉSIE MÉLTQUE
llin-
« logat^di»iue » le rythme des strophes d'Alcée et de SapI le sens précisde ce mot est d'ailleurs douteux, et pent-tre ne faut-il pas chercher à l'approfondir, car nous ne savons même pas s'il repose sur une entente exacte du ryll....f' vrai ou s'il vient d'une conjecture des métriciens p.-t.-
r leurs.
3. Les « scolies). de Terpandre. - On attribuait a l.rpandre dessco/jes(crxoX.a), c'est-à-dire des chansons de tall. . Le iienre du scolie a duré pendant toute l'anti^iuilr. • i. comme il arrive aux genres qui ont la vie si longue, il ^.si beaucoup modifié : dans Pindare, il est devenu un p.., ,„.. d'apparat; à Athènes, il garda mieux son caractère p-rulaire. Le mot axoX-.ov est certainement le même que ra.lj lif axoXiô;, o oblique >. ; la différence d'accentuation rév.'l. rorigine lesbienne du scolie. En quoi consistait T- .hl,quité.. de ce genre de chanson? Peut-être dans l'oi.ln^ capricieux où les convives l'exécutaient tour à tour, . h .,. tant un vers ou un couplet à la suite l'un de l'autre, o.m. qu'il en soit, si Terpandre a réellement composé des >.-..lies, il mérite d'ouvrir la liste des poètes lesbiens .!.•> lyriques de l'ode légère ou chanson. Mais nous ne conniisons rien de lui en ce genre, et c'est en somme avec A • .^ et Sapplio que cette sorte de lyrisme commence vrain. -ut
pour nous.
4. Alcée. — Né à Mitylène vers 640, Alcée apparten. it-i une* famille aris,tocratique. L'histoire de Mitylène à ceth i;.i. est, comme celle de beaucoup de cités grecques, rempli' lai les discordes civiles. Ces discordes aboutirent à l'étai !i>sement du despotisme : Mitylène obéit à des tyrans; : :'n quand ceux-ci eurent été chassés par Pittakos, le p-ij.K donna pour dix ans à son sauveur un pouvoir dictai, nal- Alcée se trouva toujours du parti de l'opposition, etune | Hœ de sa vie se passa en exil. H résulte d'un de ses vers qu il mourut vieux : dans ce passage, il demandait qu'on v rsit des parfums « sur sa tète éprouvée par tant de maux r >ui
sa poitrine vieillie * ». En deux mots, il résumait d'une liiaiiière touchante et vraie toute sa carrière.
Au milieu de ses aventures, Alcée, trouva le moyen .r.Hre un grand poète. C'est sa vie même qui l'inspira; ses liaines politiques, ses amours, ses plaisirs, ses souffrances ipniplissaient la plus grande partie deses vers. Ils formaient au moins dix livres. On y trouvait des chants politiques, des chants d'amour, des scolies et quelques hymnes. |>envs d'Halicarnasse^ et Quinlilien-* louent chez lui l'au- (lace généreuse et la brièveté, le mélange de la force et de U grûce, la variété des figures, la clarté. Ses chants politiques, en particulier, étaientdignes duplectre d'or, aujuge- Micnlde Quintilien,etr)enys y vante une vigueur oratoire qui iapp»'laitla tribune aux harangues. De toute cette poésie, par iiiallieur, il ne nous reste que des fragments, dont beaucoup même sont insignifiants par leur brièveté : un petit nombre seulement nous permettent de le juger en connaissance de cause.
Dans les fragments des chants politiques, nous trouvons (U ell'et la vigueur dont parlent les criliiiues anciens. Mais c<' qui nous frappe surtout dans ces vers, à vrai dire, c'est la violence parfois sauvage des passions qui les animent. Laideur lesbienne est là tout entière. Ni Solon ni même Théognis n'ont parlé de la guerre civile sur ce ton. La mort (lu tyran Myrsilos lui arrache un cri de joie féroce :
Cest maintenant qu'il faut senivrer, maintenant qu'il faut li'tire à outrance, puisque Myrsilos est mort.
Le plus long des fragments d'Alcée est consacré à la description d'une demeure où l'on s'apprête pour le coml'-il. S'il s'agit là, comme cela semble certain, d'un combat «outre le parti adverse, jamais enthousiasme plus naïve-
' Fiagm.42 (Bergk).
J'i<l. sur len atic, 8.
;; V"«/. Or, X, 1,6a.
• Fiagni.20.
IIISTOIIIE J)K LA LITÏKRATIRE «iHIXQn:
LA POKSli: MKLIQUE
ment abominable n'a été inspiré par les discordes civil- - .
La grande salle resplendit des lueurs de l'airain, toute parée pour Ares : voici les casques brillants, du haut desquels >iidulent les blanches crinières chevalines, ornement de la tète îles guerriers ; aux crochets des murs pendent tout à l'entour les brillantes cnémides d'airain, reii^part contre les traits rol)u.<t<'s. et les cuirasses de lin toutes neuves: les creux boucli.rs jonchent le sol : voiri des épées Je Chalris, voici les ceintures et h's baudriers. Ne les oublions pas, puisque nous avons entn !Mi< cette œuvre'.
In autre Iraiimenl, dos plus iioéliqurs, osl celui on || com()aro les discordes civiles à une tempête. La coiii|.iraison n'a par ello-mème rien de rare, mais ce (|ui • st la marque d'Alcée, c'est le mélange de simplicité d;iiis l'expression et de force pittoresque :
Je ne conipren«ls rien à la lutte des vents : de ei. de là, i» il..t roule: et nous, au milieu, ballotés dans notre noir navire, nus souffrons durement de la grande tempête ; le pied du mât «st dans L'eau ; la voile, toute à jour, pend en lambeaux, et les haubans sont (b'tendus-.
Même franchise d'accent dans les scolies. La politiqu- 'v montrait encore quelquefois : un fragment est dirigé conU»' Pittakos. Mais ce qui paraît avoir tenu le plus de plaor dans ces poèmes, c'est la joie franche du buveur (lui ami»' le vin et les banquets comme il déteste Myrsilos, de t'iii son c(pur et sans arrière-pensée. Avec Alcée, il seini'l'' qu'il y ait en général peu à deviner : sa verve, parfois ;. cieuse et même délicate, est toute en dehors. S'il s'agit l»' trouver des motifs de boire, il n'est jamais àcourt. Athéi»' l'avait déjà remarqué : <|uelque temps qu'il fasse, que! circonstance qui se présente, e'est toujours pour lui m motif d'emplir sa eoupe :