‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 6 sur 264 · DÉBUTS DE L'ÉPOPÉE HÉROJQUE HOMÈRE ET LES HOMÉRIDES · texte numérisé non relu

DÉBUTS DE L'ÉPOPÉE HÉROJQUE HOMÈRE ET LES HOMÉRIDES

SOMMAIRE

Essor de la poésie épique dans la Grèce d'Asie après rémigration. — II. Période éolienne ; p^Tiode ionienne. Saiyrne, Chios. — III. Homère. — IV. Les aèdes et leur public. Récitations épiques. — V. Etendue des récits épiques. Vue générale sur la formation des grandes épopées — VI. Transmission des chants épiques. Les Iloméridcs. Durée de la période épique. — VIL Caractères généraux de Tart épique.

1. Essor de la poésie épique dans la Grèce d'Asie après 'émigration. — L'événement qui paraît avoir déterminé le |rand essor de la poésie épique vers le x« siècle avant [otre ère, ce fut la série d'émigrations qui avaient amené

w le littoral asiatique, dans le cours du xi« siècle, une

irtie des énergiques populations chassées de Grèce |ar les Doriens.

Dépossédés de leur pays natal, et mal assis encore sur |n sol nouveau, ces Grecs se rattachèrent avec un intérêt lus passionné à leurs traditions. Elles représentaient pour

IX l'àme de la patrie. D'ailleurs les circonstances mêmes leur établissement en Asie durent rajeunir et développer

lelques-unes de leurs légendes. Les Éoliens, qui s'éta- Urent à Lesbos et en Troade, eurent à lutter contre les

îuples qui occupaient ce pays. Les chefs achéens qui les

^mmandaient furent dans le cas de renouveler là les

hauts faits que leurs légendes attribuaient à leurs ancêtres, à Agamemnon et à ses compagnons. Ainsi les vieux chants qui commémoraient les exploits de ces héros reprirent tout à coup une actualité inattendue. Ils sortirent du passé pour idéaliser les choses du jour. Ils servirent à satisfaire et à exalter les sentiments dont les cœurs étaient pleins.

2. Période éolienne; période ionienne ; Smyrne, Chios. — Cela explique pourquoi le chant épique dut se développer d'abord dans la partie éolienne de l'Asie Mineure. Nulle part les forces morales qui le favorisaient n'étaient aussi puisantes. D'ailleurs, les aè.les, attachés dans lalirèce propre aux princes achéens, avaient dû les suivre quand ils émigrèrent. Avec eux, s'il est permis de parler ici le langage de la légende, la tête et la lyre d'Orphée avaient abordé à Lesbos. De cette période éolienne du développement épique, nous ne savons rien. L'épopée grecque, devenue bientôt ionienne, a oublié ses propres origines. Mais ces origines méconnues sont restées imprimées en elle d'une manière inefTarable. Non seulement, dans sa forme nouvelle, elle a conservé des traces du dialecte dont elle usait déjà sans doute dans la tirèce propre et dont elle continua d'user dans l'Éolie asiatique, mais, en outre, son œuvre la plus ancienne et la plus belle, r//w(/e, est, dans son fond, un chant éolien, car elle célèbre surtout Achille, de race thessalienne, et les ancêtres des chefs qui avaient conduit l'émigration éolienne.

Toutefois, c'est dans la partie ionienne de l'Asie Mineure que l'épopée semble s'être vraiment développée. Le langage (lu'elle parle dans Vlliadc et dans VOdyssée est dans l'ensemble un langage ionien * ; les mœurs même, la façon de penser et de sentir y ont une couleur ionienne; et enfin d'importants éléments de tradition ionienne sont intime-

1. Sur \a langue homérique et les divers éléments dont elle se compose, consulter spécialement les prolégomènes de Christ, Iliadis earmma, Leipzig, tSS'i.

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ment associés dans ces deux poèmes aux éléments de tradition éolienne. Tout cela ne s'explique bien que par une^ seule hypothèse. Il faut admettre que les vieux chants épiques, après avoir pris un rapide et brillant développement en Éolie à la suite de l'émigration, ont passé de là enlonie, et que le génie ionien, s'en emparant, en a tiré l'épopée proprement dite.

Cette vue est d'ailleurs confirmée indirectement par toutes les traditions antiques. Celles-ci sont à peu près unanimes à assigner pour patrie à Homère, c'est-à-dire au plus grand représentant de l'épopée primitive, l'Ionie. Il est vrai qu'elles hésitent entre plusieurs villes ioniennes; mais ce sont là pour nous divergences sans importance. Et, en réalité, cette hésitation est surtout apparente. Car, si l'on «'•carte les combinaisons où la fantaisie a trop de part, il est aisé de reconnaître que la tradition nous oriente nettement vei*s deux points, qui sont Smyrne et Chios. Or Smyrne, éolienne d'origine, devenue ensuite ionienne, est justement l'endroit où a dû s'opérer le plus aisément cette fusion des éléments éoliens et ioniens dont nous venons de signaler la trace; et l'île de Chios, située en son voisinage, peuplée d'Ioniens, mais en relations constantes avec l'Éolie, ne se prêtait pas moins à celte appropriation ionienne d'un art éolien.

Si rionie a eu ce privilège de recueillir ce qui avait été [•n'paré dès longtemps et de donner à la Grèce la première œuvre où son génie s'est manifesté avec éclat, elle le dut à certains avantages naturels. C'était la partie la plus riche de la côte d'Asie. Les rives de ses fleuves, ses terrains ti'alluvion, ses coteaux ensoleillés se prêtaient à de faciles cultures. Puis, l'occupation même du sol y fut moins sanglante, malgré les guerres avec la Lydie. On y connut plus qu'ailleurs la richesse et la paix, favorables à un art qui devait s'épanouir naturellement dans les grandes demeureS| au milieu des festins. Enfin et surtout, les

f;recs de cette région, par suite de leurs relations avec la Lydie, avec la Phrygie, avec la Phénicie, et, par elles, avec l'intérieur de l'Asie, semblent avoir été animés d'un esprit d'innovation et de progrès dont la poésie tira profit. 3. Homère *. — La naissance de l'épopée était rattachée par une tradition constante à la personne d'un grand poète, dont l'antiquit* fit une sorte de dieu. Ce poète est

Homère.

Il n'eut jamais d'histoire. On ne savait au juste ni le lieu de sa naissance, ni celui de sa mort, ni même le temps où il avait vécu. Plusieurs villes d'Ionie se disputaient l'honneur de lui avoir donné le jour; d'autres voulaient, au moins, l'avoir reçu dans leurs murs; mais tout cela s'appuyait uniquement sur des prétentions locales et des combinaisons arbitraires. On se le représentait comme un chanteur aveugle, qui avait vécu pauvre, errant de ville en ville, tantôt accueilli avec faveur, tantôt repoussé, payant ses hôtes avec des poèmes. Les diverses notices biographiques qui nous sont parvenues sur lui datent toutes de la période de l'Empire; elle nous ont conservé, à peu de chose près, ce qui se racontait depuis longtemps dans les écoles grecques, simples légendes auxquelles aucun homme de sens n'attribuait une véritable valeur historique. On croyait à l'existence d'Homère, parce qu'elle était attestée par des œuvres immortelles, mais on ne savait sur lui rien de certain ni de précis.

La critique moderne, en face de traditions aussi vagues,

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