‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 7 sur 264 · Notices blogrraphlQties · texte numérisé non relu

Notices blogrraphlQties

Les notices anciennes sont réunies dans Westermann, Vilarum scriplores, 1-Vlll, Brunswick, 1841. On les trouve, en outre, dans quelques éditions d'Homère. Voir aussi Harpocration, Lexique, art. *0{JiTjptôai.

A consulter :

Nitzsch, Meletemalum de hisloria Homeri, fasc. IT, pars altéra, Kiel, 1834; Sengebusch, Dissertationes homeHcœ, i et II, jointes kXlliade ei èiVOdijssée de la Bibl. Teubner; et les principales histoires de la littérature grecque.

DÉBETS DE l'ÉPOPÉE HÉROÏQUE : HOMÈRE 15

ne pouvait manquer d'élever des doutes. Sans entrer ici dans des discussions complexes, il importe do dire brièvement dans quelle mesure ces doutes sont légitimes. VIliade, comme nous le verrons, semble, en son élat actuel, résulter du travail successif de plusieurs poètes ; mais on s'accorde de plus en plus à reconnaître qu'elle a été tout au moins ébauchée par le plus ancien d'entre eux, de telle façon qu'il peut en être considéré comme le principal auteur. Il a donc existé nécessairement, au début de l'évolution de ce poème, un homme de génie, qui a été, par la grandeur incomparable de son invention, le père de l'épopée grecque. Cet homme était ionien, puisque son œuvre est ionienne. Il a dû composer soit à Smyrne, soit à Chios, d'après ce qui a été dit plus haut. Smyrne lui voua un culte qui a duré dans les temps historiques; Chios le considérait comme ijl'ancétre éponymo M'une de ses plus anciennes familles. Il n'est pas sûr qu'il s'appehU réellement Homère, car tous les vieux poèmes de ce temps étaient anonymeset il est très possible que ce nom ait été tiré de quelque légende ou emprunté aux traditions mythologiques d'une famille. Au fond, peu importe. Si l'existenceMu poète est incontestable, il n'y a aucun inconvénient à lui attribuer dans l'usage le nom sous lequel il n'a cessé d'être connu.

Homère ne peutavoir poumons aucun trait particulier en dehors de ceux qui sont imprimés dans son œuvre. Ce fut un aède semblable à ceux qui sont dépeints dans VOdyssée. Il reçut comme eux la tradition épique des mains de ses devanciers et il la transmit comme eux à ses successeurs; mais sur cette tradition, il greffa une œuvre personnelle i dont nous montrerons plus loin la grandeur.

4. Les aèdes et leur public. — Récitations épiques <. - Pour nous représenter ce qu'il était et dans quelles condi-

J • A consulter :

Textes^anciens : Odyssée, chants I, VIII, XXII. —Sur le Mlyapov et le palais homérique : Buchholtz, Homerische Realien, II,

lions il composa, mettons-nous sous les yeux la condition des aèdes en général et les mœurs de leur public.

Ce public se composait surtout des riches citoyens des villes et des bourgs. Adonnés à l'agriculture, et plus lard au commerce, guerriers quand il le fallait, les chefs de famille formaient une aristocratie qui avait à sa tête des rois, censés issus des dieux. Chacun d'eux vivait dans une vaste demeure, entouré de ses fils et de ses serviteurs, les uns esclaves, les autres mercenaires; il avait làsesappartements, ses trésors et ses magasins. Au milieu de lademeure se dressait isolé un bâtiment, appelé proprement le (xÉYapov. Là était la grande salle où le chef de famille prenait ses repas avec les siens et recevait ses hôtes ; le toit, soutenu par des piliers, était percé d'une ouverture à la partie centrale pour laisser échapper la fumée ; sous celte ouverture se trouvait le foyertoujours allumé; on y faisait bouillir reau et rôtir les viandes. La simplicité des mœurs était en rapportavec celle de la maison. Les hommes de ce temps causaient peu, au sens que nous donnons à ce mot, car ils n'avaient que peu d'idées à échanger. Leurs jugements étaient brefs, sentencieux, traditionnels; ils avaient, sur toutes les choses essentielles, des opinions arrêtées, que personne ne mettait en question.

Ce qui leur plaisait surtout, c'étaient les récits. Ne discutant pour ainsi dire pas, ils n'avaient rien de mieux à faire pour se divertir, tout en se reposant, que de se raconter mutuellement ce qu'ils avaient vu ou entendu dire. L'étranger, qui apportait des nouvelles ou qui décrivait des choses inconnues, était accueilli avec joie. A défaut d'étranger, il fallait à une telle société des narrateurs attitrés, qui eussent pour métier de charmer les réunions ami-

2- part., Leipzig, 1883; W. Helbig, VÊpopée homérique, trad. Trawinski, Paris, 1894 ; Perrot et Chipiez, Histoire de l art dans Vantiquité.i. VI et VU.

bÉBUTS DE L*ÉPOPÉE HÉROÏQUE î HOMÈRE 17

cales en débitant de longs récits. Les aèdes étaient justement ces narrateurs.

Doué de facultés particulières, l'aède s'était formé à la récitation par une éducation appropriée. Un maître, son père quelquefois, lui avait enseigné à jouer de la cithare et à déclamer en mesure, d'une voix sonore et cadencée; il lui avait appris aussi les règles de la versification et de la langue poétique; enfin, il lui avait transmis toute une série de chants composés par lui-même ou par d'autres. Cette transmission se faisait sans doute oralement; car il est fort douteux que l'écriture fût alors d'un usage assez courant pour servir à conserver de longs récits; la mémoire y suffisait: un bon aède devait posséder avant tout une excellente mémoire. Au reste, la provision de chants qu'il avait reçue en héritage s'épuisait assez vite. Le public consentait bien à entendre plusieurs fois certains récits admirés. Mais, en somme, c'était là l'exception. Pour lui plaire longtemps, il fallait lui en ofl'rir le plus possible de nouveaux. L'aède devait donc composer à son tour des récits en vers, analogues à ceux qu'il avait appris de ses maîtres. Les morceaux épiques se multipliaient ainsi, comme plus tard se multiplièrent les drames. Il y avait des aèdes en renom que la fécondité de leur génie rendait populaires. Un maître de maison qui voulait donner à ses hôtes un régal brillant faisait venir un d'entre eux, comme chez nous on fait venir à une soirée un acteur ou un chanteur connu; et, bien entendu, il le rétribuait en raison de sa renommée.

C'était d'ordinaire à la fin du repas, dans le mégaron, que Taède se faisait entendre. Quand les convives avaient bu et mangé à leur gré, celui-ci se levait. Tous étaient attentifs, curieux des récits émouvants dont ils allaient jouir, prêts à se passionner pour les scènes héroïques. L'aède préludait par quelques mesures de cithare, destinées surtout à faire faire silence et à marquer le rythme de la récitation. Puis, il lançait à travers la grande salle sa voix claire et vibrante,

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