Isocrate, Àntidoiù
hymnes, péans, hyporchèmes, prosodies, parthénées, encomia, thrènes, épinicies. Le total formait probablement vingt-quatre mille cola. Il nous en reste à peu près le quart : quatre livres complets (les épinicies) sur dix-sept^ et, sur vingt-quatre mille cola^ environ six mille, dont cinq, cents formés par les fragments. 11 est assurément regrettable que nous ne puissions plus apprécier en pleine connaissance de cause la douceur de ses parthénées, la liberté vive et familière de ses scolies et de ses hyporchèmes, l'éclat de ses dithyrambes. Le mal est pourtant moindre qu'il ne semble au premier abord. Il y a dans les épinicies une variété de ton qui les rapproche souvent de tel ou tel autre genre, et les fragments nous permettent de compléter très utilement les indications fournies à cet égard par les odes conservées. En somme, nous pouvons nous faire de Pindare une idée précise et juste.
La pensée de Pindare, de quelque côté qu'on l'envisage, impose d'abord par la grandeur et l'élévation. Sa philosophie religieuse et morale diffère beaucoup de celle d'un Simonide : tandis que celui-ci conseille de prendre la vie comme un jeu, l'autre la prend habituellement comme une chose grave. Pindare est de ceux qui sont généralement sérieux. C'est un Dorien, peut-être de race, en tout cas de tendances; un haut et majestueux esprit, ami de Tordre et de la règle. Rien d'ascétique chez lui, bien entendu : il est trop poète et trop Grec pour cela ; il sait se prêter à la diversité des circonstances, et sourire parfois. Mais il cherche surtout le noble et le sublime.
Ses dieux ont une grandeur incomparable. Ils portent les momies noms que ceux d'Homère, mais ils ressemblent souvent au Dieu de Bossuet :
Dieu seul, dit-il quelque part, achève toute chose selon son espérance ; Dieu, qui atteint l'aigle à l'aile rapide et qui devance le dauphin au fond des mers; Dieu, qui abaisse l'esprit orgueil-
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LA POÉSIE MÉLIQUE
leux des mortels et transporte de Tun à l'autre la gloire qui pr< serve de vieillira
Aucune merveille, venant de la divinité, ne lui paraît difficile à croire, car il ne peut assigner de limite à sa puissance 2. Les dieux savent tout. Ce n'est pas un corbeau, comme le racontait la légende, qui instruisit Apollon «1»' l'infidélité de Coronis : c'est son regard divin, qui «st « le plus rapide des mes&agers » ; car « le mensonge ne l'approche pas, et ni mortel ni dieu ne saurait, par ses pensées, tromper son regard infaillible 3 ». Ailleurs, comiiio le dieu interroge le centaure Chiron sur la nymphe Cyrèn»', le centaure lui répond :
Pour toi, que ne saurait effleurer l'erreur, c'est sans doute quelque souriante fantaisie qui te fait ainsi parler. Me demandestu donc la race de cette vierge, ô roi, toi qui sais le terme où aboutissent toutes choses, et qui connais toutes les voies ; combien la terre au printemps fait jaillir de feuilles, combien de cailloux dans la mer et dans les fleuves sont agités par les caresses des vagues, et ce qui doit être et les causes de ce qui sera * ?
Quand les vieilles légendes ne répondent pas à l'id^'e si pure qu'il se fait des dieux, il les repousse ou les corrige. Nous venons de le voir pour l'histoire de Coronis. \a'> exemples en sont nombreux. Une légende racontait qu'Héraclès avait lutté un jour à lui seul contre trois dieux :
Écarte ce langage, 6 ma bouche! Blasphémer contre les dieiix est une mauvaise sagesse, et se vanter hors de propos est fulie. Point de bavardages insensés. Que la guerre ni les combats n'approchent des immortels ''.
0 fils de Tantale, dit-il ailleurs, je parlerai de toi autrement que nos pères... Parler magnifiquement des dieux convient mieux à l'homme; s'il se trompe, la faute est moindre*.