‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 72 sur 264 · III · texte numérisé non relu

III

envoie par delà les mers à Syracuse, avec le vol de l'aigle :

Fendant l'éther profond, bien haut, de ses fauves ailes rapides, l'aigle, messager du puissant Zeus à la foudre bruyante, se confie hardiment à sa force invincible, et les oiseaux chanteurs, de crainte, se cachent. Ni les cimes de la vaste terre ne l'arrêtent, ni les Qots effrayants de la mer infatigable. Il chemine dans l'espace infini, livrant aux souffles du zéphyr sa souple chevelure, et les hommes le reconnaissent • .

On voit à merveille, dans ce beau passage, le procédé analytique de Bacchylide, si différent des vigoureuses synthèses de Pindare, mais si habile à concilier le souci du détail avec la grandeur de l'effet d'ensemble. Il excelle, en particulier, dans les discours, aussi copieux dans ses odes qu'ils sont rares et brefs dans celles de Pindare : Bacchylide, comme Simonide, aime à démonter une idée complexe et à enchaîner des raisons bien liées. Il a aussi de très beaux récits, brillants tour à tour ou pathétiques, comme celui de Crésus sur son bûcher ou celui de Thésée chez Minos.

Un trait qui frappe dans ses épinicies, c'est que, s'il puise ses mythes, comme Pindare, aux sources consacrées et traditionnelles, on ne voit pas toujours avec la même netteté pourquoi il a choisi tel épisode particulier, ou quelle harmonie existe entre le sens ou la couleur du récit et le ton général du poème. A cet égard, il semble que Bacchylide compose avec moins d'art ou moins de soin que Pindare : il paraît chercher le morceau brillant plus que l'harmonie de l'ensemble. C'est peut-être l'effet d'une habileté un peu blasée sur l'observation des règles; c'est peut-être aussi que Bacchylide, brillant et superficiel, ne sait pas découvrir comme Pindare, dans l'occasion particulière de son chant, ces mille dessous cachés qui donnent

LA POÉSIE MÉLIQUE

à un fait sa véritable physionomie. Sa pensée est moins forte que son imagination n'est facile.

En somme, sans avoir été tout à fait de premier oi Jre, ■ Bacchylide fut Jugé digne par les Alexandrins de figurer dans leur canon, parmi les neuf plus excellents poètes dr la Grèce; la postérité ne saurait en être surprise.

17. Les poètes secondaires. — On se ferait une idée très inexacte de l'activité littéraire de la (irèce à la fin du vi« siècle et au début du v«, si l'on bornait la produ* lion lyrique de ce temps aux œuvres des trois ou quatre grands poètes que nous venons d'étudier.

La vérité est qu'il y avait alors des poètes lyriques en foule. Mainte cité avait ses poètes comme ses chœurs de danse. Beaucoup ont disparu sans laisser de traces. D'aulres n'ont guère laissé qu'un nom. Sans entrer dans une «numération inutile, il y en a pourtant quelques-uns «jui méritent un rapide souvenir. Tels sont : — Lasos d'Iiermioné (en Argolide), qui fut un des poètes de l'entourage d'Hipparque, etqui eut probablement l'honneur d'inaugurer à Athènes les concours dithyrambiques; — Timocréon de Rhodes, athlète et poète lyrique, surtout connu par «^a haine contre Thémistocle ; — Tynnichos de Chalcis, d ailleurs inconnu, auteur d'un célèbre péan que Platon < .»iisidérait comme « le plus beau peut-être de tous les chants»; — Lamproclès, Athénien, auteur de dithyraniifs, vanté par Aristophane pour l'inspiration généreuse de son hymne à Pallas; — enfin, le petit groupe des femmes poètes, dont la plus célèbre est Corinne ; n»* à Thèbes ou à Tanagre, elle passait pour avoir enseigi! '• à Pindare la poésie lyrique, et notamment, comme dii un biographe, <« les lois des mythes », c'est-à-dire probablement l'art de les employer avec à-propos dans des odes triomphales, et de les semer, selon son mot célèbre, à pleine main, mais non à plein sac». D'autres récits n"US la montrent luttant contre Pindare lui-même dans des

concours, et l'emportant sur lui; sur quoi Pausanias suppose malignement que son succès fut dû surtout à sa

beauté.

En même temps que le lyrisme arrivait à la perfection, déjà la philosophie et l'histoire s'essayaient dans la recherche de la vérité et créaient la littérature en prose.

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