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mettre les mots abstraits au pluriel, comme pour agrandir ridée. De même encore, selon le précepte de Buffon, il aime le mot « le plus général », celui qui fait voir, non seulement l'objet particulier, mais le caractère de cet objet : la victoire de son héros s'appelle constamment dans ses vers Tisxa, /api;, T^P»?- Tous ces traits, plus ou moins communs aux divers poètes lyriques grecs, se rencontrent chez Pindare dans une abondance extraordinaire, et donnent à son style un prodigieux éclat. Il en est de même de ces épithètes composées (SirXaî: XsÇei;) que tous les poètes lyriques avaient le droit de créer très librement, mais dont il use plus que personne, ou du moins avec plus de hardiesse que personne. Et surtout, ces difl'érentes hardiesses, ces figures que nous distinguons dans nos classifications, se mêlent dans son style, se superposent les unes aux autres, et leurs rayons s'y entrecroisent en jetant mille feux à la fois. Nulle part on ne trouve plus souvent que chez lui des vers absolument intraduisibles dans une langue analytique comme le fran(;ais.
Sa phrase est souvent courte. Mais souvent aussi elle est fort longue, et arrive à dépasser l'étendue d'une strophe entière. Dans ce cas, elle n'est jamais périodique à la façon d'une phrase oratoire : c'est un flot de souvenirs, d'images (jui se réveillent l'une l'autre dans la mémoire du poète à mesure que son chant se déroule ; il procède par brusques associations d'idées, non par enchaînement logique. La phrase n'est pas articulée ; elle semble toujours sur le point de finir et repart sur une liaison peu serrée. A la lecture, ces longues phrases semblent flottantes : mais elles étaient faites pour la musique, qui mettait en valeur les beaux mots lumineux dont efles sont faites.
Quand Pindare raconte, il ne s'astreint pas, comme un poète épique, ou même comme un Ionien, à suivre la marche régulière des événements, à les mettre successivement sous nos yeux : il procède par allusions vives et bril-
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lanles ; il court d'un tableau à un autre tableau; il y entremêle des maximes, il ne trace qu'un résumé, qu'il écrit, (pour ainsi dire, en lettres d'or.
La composition des odes de Pindare a donné lieu à de 'longues et fastidieuses discussions chez les modernes. Au XVII* et au xvin* siècle, les adversaires des anciens, bons «raisonneurs, mais peu poètes et fort étrangers à l'antiquité', se scandalisaient ou s amusaient des « digressions •> d»- Pindare. Boileau, de son côté, estimait que, dans l'ode.
Souvent un beau désordre est un effet de l'art,
sans trop savoir, d'ailleurs, en quoi consistait au juste un
« beau désordre ». De nos jours, les érudits qui se son^ appliqués à justifier Pindare de ces reproches traditionnels ■ont parfois exagéré d'une manière un peu ridicule l'unilt- 4es odes pindariques. En réalité, la question est assrz
simple et ne méritait pas toutes les controverses qu'elle a
suscitées.
D'abord, ces prétendues digressions, c'est-à-dire les parties mythiques des odes, ont toutes un rapport assez direct avec l'occasion même de la victoire, en ce sens qu'elles sont empruntées soit à l'histoire légendaire des jeux où le vainqueur a triomphé, soit à celle de sa patrie, soit enfin i celle de sa famille. Nous avons déjà dit, à propos de Simonide, que ces légendes, pour un Grec de ce temps, étaient presque de l'histoire en même temps que de la poésie, et de l'histoire d'autant plus intéressante qu'ell* était plus poétique et plus belle. L'individu n'était pasalois assez indépendant de sa race ou de sa cité pour que l'éloge de celles-ci ne fût, à ses yeux mêmes, une partie intégrante de son propre éloge.
De plus, l'art du poète, quand ce poète était un Pindare, savait subordonner la variété de ces récits à une certaine unité de ton qui faisait vraiment de tout le poème un» œuvre vivante, un J^ûov sv oXov, selon la belle expression des
philosophes grecs. II ne faut pas rétrécir cette unité, comme ront fait certains érudits allemands, au point de vouloir trouver dans toute ode de Pindare soit le développement rigoureux d'une idée générale, soit une sorte de portrait idéal du héros. L'unité d'un poème lyrique ne saurait avoir cette rigueur. 11 y a dans chaque poème une « idée lyrique » qui en fait le centre et l'unité. Mais cette idée lyrique tient de la musique autant que de la poésie. Elle ne peut toujours se formuler en une proposition proprement dite, pas plus que l'idée musicale d'une symphonie. Il suffit qu'un certain entrelacement d'images et de pensées, qui s'appellent les unes les autres comme les notes d'un chant, soient colorées par l'imagination du poète de manière à laisser dans l'âme du lecteur ou de l'auditeur une impression générale nette et profonde. La XIV^ Olympique, d'une brièveté si gracieuse, a pour thème fondamental l'éloge des Grâces, déesses d'Orchomène : c'est autour de cette idée centrale que s'ordonnent ets'organisent toutes les idées secondaires fournies par les circonstances ; et cette unité si souple est délicieuse. Dans la I" Pythique, qui a provoqué tant de discussions, l'idée générale n'est nulle part, et elle est partout. Elle n'est nulle part exprimée d'une manière abstraite, mais elle inspire tout le poème. Car elle consiste essentiellement dans ce parallélisme, si profondément senti et si fortement rendu, entre l'harmonie sensible de la musique et l'harmonie supérieure de la vie morale ; ou plutôt, elle est dans la superposition de celle-ci à celle-là, et dans l'intention par laquelle Pindare passe de l'éclat de la fête visible à la beauté invisible de la vertu, déjà grande dans l'âme de Hiéron, mais que ce prince doit accroître en lui chaque jour davantage.
Ajoutons qu'ordinairement les idées particulières groupées sous la domination de l'idée principale s'ordonnent d'une manière très simple. Au début, le poète rappelle roccasion particulière de son chant; le centre de l'ode est
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rempli par les mythes ; en finissant, le poète revient à son héros, énumère ses autres victoires, l'exhorte à en rempoiter de nouvelles. Ce plan peut quelquefois se modifier ou se compliquer ingénieusement ; mais on peut dire que c'est là le dessin normal de la plupart des odes de Pindare. De plus, la division même du poème en triades et en stroplu > accentue encore cette composition: il est rare que le premier et le dernier groupe d'idées ne remplissent pas chacun une triade dans les odes étendues, tandis que les mythes en occupent une, deux, ou davantage, selon la longueur du poème. \/d coupure, sans doute, à la fin de chaque strophe ou de chaque triade, n'est pas d'une netteté absolue ; les *( enjambements » sont admis dans la pensée comme dans la phrase, mais la concordance générale est très claiie.
Bien que nous n'ayons plus, en dehors des épinicies, d'autres odes complètes de Pindare, on peut affirmer que les règles générale» de la composition et du style y étaient appliquées d'une manière fort analogue. A défaut des fragments, le bon sens suffirait à le prouver.
Cet art pindaiique, où la grandeui' et l'éclat s'associeiii d'une manière si originale, est plus loin de nous à beaucoup d'égards que les autres formes de l'art grec. Il réi)on.l à un état d'esprit plus particulier que l'épopée ou la tragédie. Il est par excellence l'expression de la civilisation aristocratique et à demi dorienne du commencement «lu v« siècle, il était naturel que ni La Motte ni même Voltaire n'y prissent un sensible plaisir. Nous sommes certaineiiiei ' mieux en état de sentir sa rare beauté, et de goûtei-, daii-^ cette création harmonieuse, l'image la plus parfaite d'un moment fugitif de la vie grecque idéale.
16. Bacchylide. — Plus jeune que Pindare d'une vingtaine d'années, Bacchylide, neveu de Simonide, naquit, comme son oncle, à Iulis, dans l'ile de Céos (aux enviroll^ de l'an 500 . Sa vie paraît avoir été remplie par l'exercit e
Je son art et par les voyages qui en étaient la suite, sans qu'on puisse en fixer le détail avec précision. Il séjourna, dit-on, à la cour de Hiéron, en même temps que Simonide et Pindare. Trois de ses odes furent en effet consacrées au tyran de Syracuse, en 476, 472 et 468. Plutarque dit aussi que Bacchylide fut exilé de Céos : nous ne savons ni la cause ni la date de cet exil. Une de ses odes^ fut écrite en 452. C'est la dernière date de sa vie que l'on puisse fixer avec certitude.
Ses œuvres, comme celles de Simonide et de Pindare, appartenaient à toutes les variétés du lyrisme choral. Jusqu'à l'année 18t)7, on ne connaissait de ses poèmes qu'une cinquantaine de fragments, dont deux ou trois seulement avaient quelque étendue. Aujourd'hui, grâce à un papyrus égyptien qui appartient au British Mmcum, nous possédons de lui vingt poèmes plus ou moins mutilés comprenant près de quatorze cents vers ■î. De ces vingt poèmes, les quatorze premiers sont des odes triomphales, les six autres appartiennent à des genres différents : il semble que ce soient un hymne héroïque, deux péans et trois dithyrambes ou fragments de dithyrambes. Les odes triomphales sont construites sur un plan analogue à celles de Pindare, co qui montre bien que les lois de l'invention, dans ce genre, étaient .fixées depuis Simonide. Des six autres poèmes, les plus curieux sont certainement les trois derniers, où il est impossible de ne pas voir des dithyrambes : nous n'avions l>as un seul échanlillon étendu de cette forme lyrique, qui a tenu tant de place dans l'histoire des origines de la tragédie. Le premier des trois, intitulé Thésée, est un dialogue,
1. hode VI, à L-.ichon. Cf. Grenfell cl UimUdnjrrhi/nchns l'api/ri (18D9), !1. 1». 94, n. 18.
:•. Bibliographie :
Édition princeps de Kenyon, Thepoems of Bacchylides, Londres, 1891. IJonne édition de Blass, Bacchylidis carminn , bibl. Teubner, 1S98.
Traduction française de Desrousseaux, Paris (Hachette), 1898.
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en quatre strophes, entre Egée, roi d'Athènes, et le cho'ur qui représente des Athéniens; on peut le résumer ainsi : i"^* strophe {le chœur) : Que se passe-t-il, ô roi? — 2« atroiihe [le roi) : Un messager m'annonce le retour d'un héros merveilleux. — 3* strophe {le chœur) : Quelle sorte de héros? — 4* strophe {le roi) : Suivi de deux compagnons seulemrni. un tout jeune homme, presque un enfant. — Il n'y a |t;is d'autre exemple, dans la poésie lyrique grecque, d'm\ pareil dialogue, déjà tout voisin du drame. Celui-ci n ••>( évidemment qu'un fragment d'un poème plus étendu, mais il est singulièrement instructif. Les deux autres morceaux dithyrambiques sont assez mutilés, surtout le derniii; le premier, intitulé lo, est une description pathétique tlfs voyages d'Io.
L'auteur du Traité du sublime range Bacchylide parmi !••> poètes «impeccables» dont le style est «poli et brillant de tout point* ». En d'autres termes, il le considère connue un poète de plus de talent que de génie. Les fragments anciennement connus justifiaient cette appréciation. Les nouveaux poèmes, sans modifier essentiellement l'impnssion que nous donnent les fragments, permettent de la compléter, et de rendre, en somme, à Bacchylide, une plus entière justice. Cet artiste habile était vraiment un charmant poète, moins original que Simonide, son maître ft son modèle, moins grand que Pindare, qu'il imite au>si parfois, mais d'une invention curieuse et abondante, d'une imagination vive, d'un style fluide et brillant, d'une riche-se verbale vraiment remarquable. Il s'appelle lui-même : <* I*" rossignol de Céos à la voix douce comme le mi*! • (x£>.iYXoWaou...yàpiv Krjîa; àrjBovo;. Cette appréciation ' >l d'une parfaite justesse. Sa douceur d'ailleurs salliait souvent à une véritable grandeur. Voici en quels termes magnifiques il compare l'élan de son ode, qu il