‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 74 sur 264 · Hérodote, V · texte numérisé non relu

Hérodote, V

d'émotion qu'elle comporte. La poésie avait été le laiiLM^'e naturel de la sensibilité et de Timagination. La prose commence avec les premiers germes de l'esprit scifiiiifique.

2. Signes précurseurs de l'esprit nouveau. — Cet (>s|iiii scientifique, si nouveau, se manifeste avec force, vers le milieu du vi" siècle, dans des ouvrages de philosophi»* et d'histoire. Mais il apparaît aussi dans d'autres branches de la pensée, et jusque dans la poésie. On le voit, depuis luni;. temps, se former et grandir, et il est à propos de rappeler brièvement ces symptômes.

Après la poésie homérique, toute dramatique et p.issionnée, voici, d'une part, la poésie cyclique et la poésie généalogique, où se montre un souci d'enchaînement et de chronologie ; puis la poésie théogonique, déjà philos». phique par son désir de faire de la théologie grecqu»' un système ; ensuite, le lyrisme et l'élégie, où la philosoplii^ morale se développe.

Au VI» siècle, la religion grecque subit une transfonn.ition assez importante par le développement considérable des mystères. Quelle qu'en soit l'origine, c'est à ce moment qu'ils arrivent à leur plein éclat. Cela tient à ce qn ils répondent à un besoin nouveau des esprits, besoin sus< ifé par les progrès de la réflexion. La vieille justice divine semble insuffisante; on la corrige. On y introduit plus «le raison, plus de douceur, plus d'efficacité. Des moyon> 'le purification permettent d'apaiser la colère des dieux; 1 initiation assure à ceux qui l'ont reçue une destinée heuivtise après la mort. De là toute une littérature, chants de purification (xaôapjxoî), récits sacrés (Upol Xo^oi), vers orphi(pi''s, poèmes mystiques, épopées religieuses, qui se sont multipliés alors avec une extrême abondance, sous les noms d'Orphée, de Musée, de Linos, d'Épiraénide, d'Aristée «Je Proconnèse. Nous n'avons pas à étudier toutes ces opuvk^s, fort mal connues aujourd'hui, et qui appartiennent à l'éiu-

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dition plus qu'à l'histoire de la littérature. Mais il est nécessaire de n'en pas omettre la mention.

Vers le même temps, à Delphes probablement, se forme la légende des Sept Sages : Thaïes, Pittakos, Bias, Solon et quelques autres dont les noms varient. Dès le début du v« siècle, on se représentait ces personnages, si différents les uns des autres, comme une sorte de confrérie se réunissant de temps en temps, à Delphes ou ailleurs, pour échanger des observations morales. On leur attribuait une foule de proverbes, de maximes, de préceptes moraux, comme le célèbre rvà>6i «auiov ou le non moins célèbre Mr,8£v otYav ; légende évidemment très fausse, si on la prend au pied de la lettre, mais qui renferme pourtant une idée vraie : c'est que le début du vi« siècle, où elle place la vie des Sept Sages, se distingue des âges précédents par un goût plus vif des choses réelles, par une disposilion réfléchie et observatrice qui va devenir l'esprit scientifique et enfanter la prose.

La légende d'Ésope peut être rapprochée de la précédente. On attribuait à Ésope de petits récits familiers, d'un caractère allégorique et moral, où les animaux jouaient le principal rôle. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui des fables. On faisait d'Ésope un Phrygien, un esclave, et on plaçait l'époque de sa vie au temps de Crésus. Hérodote le mentionne déjà* comme un personnage fort connu ^ ; une rédaction en prose de ses fables circulait sans doute alors à Athènes. Quelle que soit l'origine des fables dites ésopiques, le seul point à noter ici, c'est que la tradition grecque, en faisant du légendaire Ésope un contemporain de Crésus, exprimait à sa manière la convenance qu'elle reconnaissait entre cette sorte de morale familière et l'âge où la prose avait commencé à paraître.

3. Hésitation entre la prose et la poésie. — Bien que la prose fût le procédé d'expression le mieux approprié au

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