‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 75 sur 264 · Hénxlole, II · texte numérisé non relu

Hénxlole, II

fX

DÉBOTS DE LA PHILOSOPHIE ET DE l' HISTOIRE 221

nouvel étal de la pensée grecque, et bien que cette convenance eût été sentie dès l'origine, il y eut d'abord quelques hésitations. D'importants ouvrages philosophiques funni écrits en vers, et, même en histoire, cette confusion des deux genres n'est pas sans exemples. De plus, comme les premiers prosateurs avaient tout à créer, il y eut quelque incertitude dans la formation du style nouveau. En général, ces vieux écrivains voulaient écrire comme ils parlai«Mit, avec une grande simplicité, plus soucieux de vérité que de beauté littéraire. Mais les réminiiv 'pences poétiques involontaires devaient se mêler forcément à leur langage : la simplicité parfaite n'est guère la qualité des débutants. D'aulrc part, quelques-uns sentaient confusément que la prose aussi est capable de beauté, mais ils ne savaient où chercher les éléments de cette beauté, et ils les demandaient à l'imitation du langage poétique. Eussent-ils voulu faire autrement, ils en auraient été incapables : car ce qui fait la beauté d'une grande prose, c'est avant tout la perfection même des qualités de logique et d'analyse qui sont la raison d'être de la prose. Or, à cette date, l'analyse et lu logique étaient insuffisantes chez les plus grands esprits. Les idées se Juxtaposent sans se lier, et chacune est énoncée d'une manière sommaire. La phrase est courte et le mouvement du style un peu enfantin. Les cent première^ années de la prose grecque sont une période de débuts, c'est-à-dire de tâtonnements.

Un des plus anciens monuments de la prose grecque était un ouvrage de Phérêcyde de Syros, intitulé d'une façon bizarre et obscure : 'Entâjiu/o; (quelque chose comme Vanfre aux sept replis). C'était une sorte de théogonie mystique. Il nous en reste quelques phrases, dont plusieurs ont ♦té retrouvées récemment. On y voit très clairement les caractères dont nous parlions tout à l'heure. L'ouvrage débutait ainsi : Zr,ç jiev xal Xpovo; laav xai Xôovirj. XôoviTj 8È ouvoua

IvÊVÊTo rfj, IttiiSt] Ztjç fipoLi 81S0Î. C'est là un style qui rappelle Hésiode plus que Platon.

Arrivons aux phHosophes et aux historiens proprement dits, c'est-à-dire aux véritables fondateurs de la prose.

4. Les doctrines philosophiques. — Nous n'avons pas à faire ici l'histoire de la vieille philosophie grecque. Quelques mots à ce sujet suffiront pour l'intelligence des laits littéraires qui correspondent à ce mouvement d'idées.

La philosophie grecque naquit le jour où un penseur essaya de trouver une explication rationnelle et systématique de l'ensemble des choses. L'honneur de cette initiative était attribué par les Grecs à Thaïes de Milet, qui vivait au début du vj« siècle. Initié, dit-on, aux connaissances astronomiques des Chaldéens, il ne se borna pas à prédire des éclipses ou à expliquer les phénomènes météorologiques. Il eut cette conception grandiose que tout ce qui existe avait une origine commune et que c'était l'eau qui était la matière primordiale du monde. Après lui, d'autres Ioniens, Anaximandre, Anaximène, fidèles à Tidée d'une matière primitive, la conçoivent différemment : pour Anaximandre, c'est un « indéfini » (aTzeipov) d'où les choses se séparent ou se distinguent, et d'abord l'eau, qui engendre les premiers êtres vivants; pour Anaximène, c'est l'air qui, par raréfaction, produit le feu, et, par condensation, l'eau et la terre. Anaximandre était d'ailleui-s, comme Thaïes, un savant : on lui attribuait la confection d'un gnomon et celle de la première carte géographique qui eût été faite en Grèce ' . Heraclite, le dernier en date des Ioniens, met à l'origine des choses le feu, principe de mouvement et de vie, qui transforme incessamment toutes les apparences : « tout s'écoule », dit-il, et le fond de l'être, c'est une mobilité infinie. La théorie d'Heraclite était à la fois le terme final de la physique ionienne et une réponse aux doctrines éléatiques. Car, tandis que les Ioniens construisaient leurs systèmes,

Page 1