‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 8 sur 264 · II · texte numérisé non relu

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qui modulait les vers sans les chanter, par le simple effet du rythme. Pour débuter, une courte prière adressée à Zeus ou au dieu que la circonstance désignait, et, aussitôt, il entamait son récit.

Ce récit avait pour sujet un épisode détaché d'une des grandes légendes héroïques (oX^ri) qui circulaient alors partout. Le récitant indi(iuait d'abord en quelques vers ce qu'il allait raconter en détail, et, pour marquer que ce récit lui était inspiré par les dieux, il priait la Muse, déesse à la fois de l'invention et de la mémoire, de lui suggérer ce qu'il avait à dire. Il exposait ensuite brièvement la situation initiale, en se reportant à des faits connus de tous. A partir de là, son invention était à peu près libre. Sur le fond traditionnel, il avait pu, en composant sa narration, broder à sa fantaisie. Seuls, les grands événements et les grands personnages lui étaient imposés; tout le détail lui appartenait; et, pourvu qu'il se conformât aux données générales de la tradition, rien ne l'empêchait de faire agir et parler les héros à sa guise. 11 imaginait des combats, des rencontres, des disputes, des entreliens, combinait des péripéties, composait des discours. Était-ce de l'histoire ou de la légende ? Personne alors ne songeait à se poser cette question, ni lui ni ses auditeurs. Si le récit était émouvant, si les actes et les i)aroles étaient en rapport avec une certaine vraisemblance à la fois idéale et humaine, on admettait volontiers que les choses avaient dû se passer ainsi. En un temps où l'on croyait sentir partout une suggestion divine, jusque dans les manifestations vulgaires de l'industrie humaine, on ne pouvait douter que de si beaux récits ne fussent inspirés par les dieux; et, sans distinguer le fond de la forme, on admettait volontiers que ceux-ci révélaient le passé au poète, en même temps qu'ils lui dictaient ces belles expressions qui ravissaient les âmes. Les chants de l'aède étaient donc écoutés avec une sorte de ferveur, comme quelque chose de divin. Ces hommes

DÉBUTS DÇ l'épopée HÉROÏQUE ! HOMÈRE iÔ

naïfs, frémissant aux sons vibrants de la cithare, qui, de loin en loin, soutenait la déclamation, croyaient voir les scènes que la poésie évoquait. Des frissons de terreur, de colère, de pitié ou d'admiration passaient en eux à tout instant. A certains moments, ils interrompaient l'aède par des cris; et celui-ci devait suspendre son récit pour laisser aux acclamations bruyantes le temps de s'apaiser. Mais il reprenait bientôt, excité par le dieu qu'il croyait sentir en lui, et il enchaînait ses narrations les unes aux autres, jusqu'à l'heure où la soirée prenait lin.

Les caractères les plus frappants de l'épopée grecque, tels que nous les ferons ressortir plus loin, résultent presque tous de son appropriation à ce milieu. Elle est religieuse, héroïque, aristocratique, comme le public pour lequel elle a été faite. Elle reflète ses idées, ses sentiments et ses goûts. En outre, — et il faut attirer l'attention sur ce point, — sa forme même a été déterminée par les conditions qu'on vient d'exposer.

5. Étendue des récits épiques. — Vue générale sur la formation des grandes épopées. — Les aèdes n'ont jamais composé pour être lus ; car, à supposer même qu'ils aient pu d'assez bonne heure aider leur mémoire par l'écriture, ce qui après tout n'est pas sûr, leur public, en tout cas, ne lisait pas. Leurs poèmes étaient faits pour être récités; ils ont été nécessairement mesurés aux récitations. Cela détermine, tout au moins, leur étendue primitive.

Le type premier de l'épopée ionienne, c'est un morceau d'étendue médiocre, fait pour être récité en une soirée, après le repas. On peut, pour fixer les idées, en évaluer approximativement le développement à un minimum de 500 vers et à un maximum de l.OOO.

C'est rétendue des chants de VIliade et de VOdyssée^ de ceux du moins qui forment un tout. Il ne paraît pas douteux que les aèdes contemporains d'Homère n'aient composé le plus souvent des poèmes de cette mesure, car les

seuls qui soient mentionnés dans VOdyssée sont précisément faits sur ce modèle. Et, d'autre part, les grandes œuvres épiques que nous possédons, rilia(k eiVOdyssée, témoignent elles-mêmes de cette façon de procéder, puisqu'elles se divisent naturellement en une série de récits partiels qui ont à peu près cette longueur. Il y a donc là un fait bien établi, qu'il ne faut pas perdre de vue en essayant de comprendre la formation des grandes épopées.

Est-il vraisemblable qu'on ait passé sans transition de ces poèmes courts à des poèmes aussi étendus que Vlliade? Assurément non ; et il est même difficile de concevoir à quoi ces grands poèmes auraient été destinés, tant qu'il n'y eut pas de lecteurs. Car des récitations publiques de très longue durée ne sont attestées nulle part pour la période homérique, et elles semblent peu en rapport avec les usages de ce temps. Pour expliquer l'existence de ces grands poèmes, il faut trouver une forme de transition qui les ait préparés, tout en restant appropriée aux besoins d'une société qui ne donnait que peu de temps à la poésie. Cette forme, nous pouvons aisément l'imaginer, d'après la vraisemblance et d'après les témoignages.

Empruntés à une même légende, les poèmes dont nous venons de parler devaient souvent se faire suite les uns aux autres. Un aède, après avoir raconté avec succès la querelle d'Achille avec Agamemnon, pouvait être tenté d'en montrer les conséquences, en racontant successivement la défaite des Achéens, leur tentative pour apaiser Achille, l'intervention de Patrocle en leur faveur, ses hauts faits et sa mort. Il se constituait ainsi à lui-même cinq ou six morceaux de récitation, distincts, mais connexes. S'il était appelé à les produire séparément, en divers lieux, et devant des auditoires différents, chacun d'eux formait un tout, et il suffisait de quelques vers d'introduction pour qu'il fût parfaitement intelligible. Si, au contraire, il récitait deux fois dans la même journée devant le même audi-

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