‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 96 sur 264 · Principales sources biographiques · texte numérisé non relu

Principales sources biographiques

Vie anonyme; notice de Suidas, At<ry;jXo;; diverses mentions dispersées.

A consulter :

Pauly-Wissowa, Real- Encyclopédie, art. iEschylus, où Ton trouvera une bibliographie détaillée.

lui communiquer assez de philosophie pour qu'elle pût donner à penser. Ce fut l'œuvre d'Eschyle ; et cette œuvre est assez grande pour qu'il ait le droit d'être considéré comme le véritable père de la tragédie.

Eschyle, fils d'Euphorion, naquit à Eleusis, en 525 ou 524 avant notre ère ; il appartenait à une famille d'Eupatrides. Nous ne connaissons de sa vie que quelques événements. D'après Suidas, il prit part aux concours tragiques dans la 70*^ Olympiade (500-497) ; il avait alors entre vingt-cinq et trente ans. Survint la grande crise nationale des guerres médiques : Eschyle combattit comme hoplite à Marathon, en 490, avec les hommes de sa tribu. Lui-même a commémoré dans son épitaphe ce fait glorieux. Il est probable qu'il joua également un rôle actif dans la seconde guerre médique, à Salamine, à Platée, à Artémisium ; sur ces divers points, nous n'avons que des témoignages isolés et peu sûrs. Quant aux actes héroïques attribués à ses frères, Cynégyre et Aminias, il est impossible aujourd'hui d'y démêler ce qui appartient à la légende et ce qui revient à l'histoire. Après les guerres médiques, il semble s'être partagé entre Athènes et la Sicile, où l'appelait la faveur d'Hiéron, roi de Syracuse. Vainqueur pour la première fois au concours de 484, d'après la chronique de Paros, il fit jouer les Etnéennes en Sicile peu après 476, les Perses à Athènes en 472 et à Syracuse un peu plus tard ; en 468, il concourut avec le jeune Sophocle, qui l'emporta sur lui ; enfin, il donna les Sept, à Athènes, en 467 ; YOrestic (c'est-à-dire Agamemnon, les Choéphores et les Euménides), dans la même ville, en 458. La date de ses autres pièces ne peut être établie que par conjecture et d'une manière tout approximative. Dans l'ensemble, la vie d'Eschyle paraît avoir été toute consacrée à son art. Poète et acteur, il passait la meilleure partie de son temps à composer les pièces qu'il jouait ou faisait jouer à l'époque des concours.

Diverses historiettes sans valeur, qui avaient cours dans

l'antiquité, o: pliiiuaient ses voyages en Sicile soit par une sentence d'exil rendue contre lui, soit par le dépit qu'il aurait ressenti en se voyant préférer ses concurrents. Hien de tout cela ne s'appuie sur des témoignages sérieux, et les faits connus ne permettent guère de croire à ces récits. Si Eschyle eut réellement quelques difficultés avec ses compatriotes, en tout cas il ne cessa jamais de prendre part aux concours tragiques d'Athènes, et il y obtint jusciu'à la fin de sa vie une série de succès. La Vie anomjme lui attribue treize victoires, ce qui représente probablement un total de 52 pièces couronnées. 11 appartenait à l'aristocratie par sa naissance et ses sentiments, et il dut voir avec peine certains progrès de la démocratie ; mais la discrétion des allusions contenues dans VOrestie et le succès qu'elle obtint prouvent qu'il n'entra jamais en conflit avec la majorité de ses concitoyens. Ce fut donc librement et sans haine contre sa patrie qu'il retourna en Sicile après sa victoire de 458. Il y mourut à Gela en 457 ou 456.

D'après son œuvre et quelques rares témoignages, nous devons nous le représenter comme une âme fière et haute, imbue d'un sentiment religieux profond. Le drame tel qu'il le conçut est plein de religion. Le don qui prédominait en lui était l'imagination. Peu de poètes ont été au même degré créateurs d'images et d'expressions. Cette imagination était tournée vers la grandeur, la pompe, le déploiement puissant ou terrible de la force ; elle était peu susceptible de grâce, de douceur, de délicatesse. Au-dessous d'elle, une pensée vigoureuse et subtile à la fois ; une remarquable faculté de raisonner, d'assembler les idées, de les rapprocher et de les opposer; un véritable génie d'organisation, apte à embrasser les ensembles sans perdre de vue les détails. Un tel homme, prenant possession d'un genre littéraire encore jeune, ne pouvait manquer de le transformer. Il était capable des plus grands desseins, et aucune qualité essentielle ne lui faisait défaut pour les réaliser.

ESCHYLE

2. Son œuvre. — Ses rapports avec l'épopée. — Structure tétralogique *. — La comparaison des témoignages, malgré des divergences qu'on a pu corriger avec vraisemblance, donne lieu de croire qu'Eschyle avait composé soixante-dix tragédies et vingt drames satyriques. De cette œuvre immense, il ne reste que sept tragédies, plus un catalogue de titres et un assez grand nombre de fragments. On iui attribuait, en outre, des élégies et des péans.

Les sujets de toutes ces compositions dramatiques, à l'exception des Perses^ paraissent avoir été empruntés à l'épopée. En essayant de reconstituer à grands traits les pièces perdues d'Eschyle d'après les titres, les fragments et les témoignages, on reconstitue du même coup une ample série de scènes héroïques, qui avaient été déjà traitées par Homère et les poètes cycliques. Le grand poète tragique a donc vraiment ramassé, comme il le disait au témoignage d'Athénée, « les miettes de la table d'Homère ». En cela, d'ailleurs, il ne faisait que suivre la tradition, qui, par ses prédécesseurs immédiats, remontait jusqu'au dithyrambe. Seulement, la grandeur de son (Puvre et son étendue la rapprochaient bien plus de l'épopée. Les légendes auxquelles il avait le plus emprunté sont d'abord celles de la guerre de ïroie, puis celles de Thèbes et d'Argos, c'est-à-dire précisément les légendes que les chants épiques avaient le plus illustrées. Toutefois, il ne faut pas oublier que ces données épi(|ues sont arrivées jusqu'à Eschyle après avoir traversé la poésie lyrique. Nous pouvons deviner assez souvent l'influence que celle-ci a exercée sur ses conceptions ; elle

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