Isthm., VII; Pyth.,ÏK
8êpiç. Avec une pareille conception il est naturel que les dieux, prisindividuellement, restent un peu dans l'ombre, alors qu'il est très souvent question de la domination divine, de la destinée, du sort qui est décidé par les dieux ou par Zeus et dont l'homme se sent profondément dépendant. Il nomme encore Moira (ou les Moirai),: Tyche^ Chronos, Aïon^ ■jtoTfxoç, aTaa, et aussi le démon de la naissance, Sat'ixwv yevéôAioç. Ces puissances divines dirigent et décident tout : toutes les lois de la vie, le mariage, la famille,
de FEtat et le droit sont placés sous leur protection.
Il faut remarquer chez Pindare la. façon dont il envisage les deux côtés de la vie humaine et la double attitude qui y correspond. L'homme se sent à la fois parent des dieux et séparé d'eux par un fossé profond. Par sa haute intelligence il s'élève jusqu'aux dieux, mais son existence est éphémère; il n'est pas sûr d'un seul instant ; il n'est que le songe -d'une ombre, G-xtôtç ovap, et cependant un éclat divin l'environne, a'tyXa SioctSotoç^ C'est pourquoi il faut que Fhoinme ait conscience de sa caducité et de sa dépendance : Pindare conseille fortement de se garder de l'uêptç. L'homme ne peut s'élever jusqu'au ciel ni trouver la route qui le conduirait jusqu'au peuple bienheureux des Hyperboréens ^ ; qu'il apprenne donc à se borner, et ne rejette pas le plaisir quand il s'offre.
A une époque d'énergie où l'esprit national était exalté par le triomphe remporté sur les Perses et chez un poète qui célébrait les victoires de la lutte, ces sentiments sombres, cette attitude résignée, mesurée, ont quelque chose qui surprend. Ces sentiments percent même dans les louanges que Pindare accorde aux vainqueurs. Sans doute il loue la force, la vertu et la bravoure de ses héros; mais ces avantages ne viennent cependant qu'en seconde ligne. Très souvent ses éloges s'adressent au bonheur, à la richesse même des vainqueurs. C'est parce qu'il voyait les signes de la faveur des dieux dans le bonheur, la richesse, la victoire : ces dons sont le sceau dont les dieux marquent leurs favoris. Ajoutons que Pindare, en bon aristocrate, tenait la vertu pour une chose d'héritage. Sans doute tous les descendants d'une noble famille ne sont pas vertueux, mais dans la descendance il y a une -itotraoç (TUYyevViç, une détermination de caractère, une prédisposition morale. Et la vertu n'a aussi toute sa valeur que là où elle est née sur ce terrain qui lui était destiné et s'est ensuite développée personnellement.
Pindare avait des idées beaucoup plus précises qu'Homère sur l'existence après la mort. 11 avait bien en partie la même idée de l'Hadès et des Champs Elysées, mais, d'une façon générale, il était plus porté vers ce que nous appelons la croyance orphique. L'âme,. l'atôSvoç el'SwXov qui vient seul des dieux et qui se manifeste, quand le corps se repose, par des songes prophétiques ^, était pour lui l'homme véritable, et non le corps. Pindare croyait ainsi fermement à l'immortalité ; il croyait même à la migration des âmes. Cette croyance donnait un recours à sa morale en renvoyant à la