‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 106 sur 142 · Par exemple II, 52 et suiv. ; III, 82 et suiv · texte numérisé non relu

Par exemple II, 52 et suiv. ; III, 82 et suiv

LES G-REGS 579

On serait dupe de l'apparence si l'on croyait qu'Euripide a mis de nouvelles divinités à la place des anciennes, comme Aristophane le lui a reprochée L'Éther aurait été la divinité d'Euripide; on a tâché d'en faire une conception philosophique de dieu, parente du vouç d'Anaxagore. On trouve les éléments d'une conception religieuse plus positive dans des notions comme celles de Chronos, Nomos, les Moirai, Ananke, Dike, empruntées à la philosophie ou à la croyance populaire, mais il est certain qu'Euripide y trouvait, aussi peu que dans la conception dominante des dieux personnels, une solution satisfaisante du problème de la justice, une théodicée réelle. Le dernier mot de la théologie d'Euripide s'accorde bien avec ce que Protagoras enseignait sur les dieux, selon la tradition, dans la propre maison du poète : nous ne savons rien de sûr des dieux et nous ne pouvons rien en dire de vrai. De là, chez Euripide, ces mots souvent répétés oCTTtç ô 6soç, ces juxtapositions de qualificatifs Zeuç, £'/T'âvàYx-/i cpucTscoç, SITE voïïç PpoTwv^, CCS plalntcs fréquentes sur ce que les choses divines se dérobent à notre vue.

Les choses divines étant si incertaines, les choses humaines manquent aussi de critérium. Hors d'état de justifier la divinité du mal, Euripide laisse l'homme avec son malheur; de là vient le caractère pathétique de sa tragédie. Le premier parmi les tragiques, le poète transporte comme les sophistes le critérium de la moralité dans l'opinion^. Il a représenté presque comme un droit la puissance de la passion. Cependant il ne l'a pas exaltée sans réserve : dans Phèdre^ dans Médée, etc., ses suites désastreuses sont décrites d'une façon saisissante; personne n'a senti plus profondément le mensonge, les effets funestes de « la sophistique de la passion » (Nâgelsbach).

Un trait positif de la pensée religieuse d'Euripide c'est qu'il reconnaît la religion mystique. Dans plusieurs pièces il a mentionné avec respect ou célébré poétiquement les mystères, notamment dans les fragments conservés des Cretois, où le prêtre de Zeus décrit les mystères de la mère des dieux, Cybèle; dans un chœur à.' Hélène, dans Jlippolyte. Nous trouvons chez lui le syncrétisme orphique — il identifie Déméter à Rhéa-Gybèle, Gaia et Hestia, Hélios et Apollon — et les idées mystiques sur le cycle de la vie et de la mort. Ces mots « tiç 8'otSev et (^tjv tou6' B jtsxXvjxat ôaveTv, to Çt^v o£ 9v7^ff>t£iv tari; » qu'Aristophane couvre de ses plaisanteries faciles, ne sont pas des mots au hasard, et expriment sans doute la pensée la plus profonde du poète. Mais il ne trouve pas non plus de solution satisfaisante dans l'orphisme, pas de croyance fortifiante. Son dernier mot fut la résignation, dans la tragédie poignante des Bacchantes. Dans Penthée, le poète montre comme le rationalisme paraît mesquin en face de la puissance irrésistible du dieu. On a vu là une palinodie, mais nous avons dit déjà que le poète ne fut jamais un simple rationaliste. Nulle part cependant l'insuffisance de l'intelligence humaine n'a été flagellée plus impi-

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