‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 107 sur 142 · Troades · texte numérisé non relu

Troades

3. TTC S'aîa-^pôv, riv fxr\ Totat xpa)[Ji.évotç Soy-V) {Fragm.).

toyablement qu'ici. Mais l'éclat poétique qu'il a répandu sur la Bacchanale du Cithéron ne doit pas nous aveugler sur sa pensée véritable. Le dieu dont il représente ici la puissance, Dionysos, sait vaincre, mais ne sait pas guérir; son triomphe apporte le malheur et la ruine, non seulement à son ennemi Penthée, mais encore à ses serviteurs et aux instruments de sa puissance, Agaué et Kadmos. Il faut s'incliner devant la puissance divine, on ne peut l'admirer et l'aimer. Le dernier mot d'Euripide est plus triste et plus désespéré que les doutes et les plaintes de son scepticisme.

La vieille religion trouva un défenseur dans Aristophane (444-388), qui lutta vigoureusement contre toutes les sortes de novateurs, Gléon, Socrate, Euripide, Sans doute le comique athénien était un étrange avocat de la religion. Le peu de ménagements avec lesquel il présentait les dieux sur la scène dépassait tout ce que l'on pouvait reprocher à -Euripide. Il ne se moque pas seulement de divinités étrangères comme le dieu des Triballes qui ne sait pas le grec convenablement (dans les Oiseaux) : les railleries adressées aux dieux grecs sont encore pires. Rappelons l'Hermès de la Paix, Dionysos, le jeune débauché des Grenouilles, les dieux qui perdent leurs sacrifices à la suite de la construction de la cité des Oiseaux et sont prêts, tant ils ont faim, à vendre pour un morceau de pain le gouvernement du monde. Mais, malgré tout, Aristophane était un panégyriste des vieilles lois et des vieilles coutumes. Il savait qu'il ne pouvait les ranimer, mais il était intimement convaincu que la démagogie, la sophistique et l'athéisme, conduisaient l'État à la ruine. Il y a un fond de sérieux et de tristesse sous ses folles plaisanteries. L'incrédulité de son époque avait mordu même sur lui. Il louait avec conviction la vertu et la force de la race antique, mais nous lisons entre les lignes quïl les trouvait cependant un peu démodées. La faiblesse de sa propre foi se trahit plus dans les Nuées : tout en accusant Socrate d'athéisme, il n'a pas de meilleur argument en faveur de la religion que celui-ci : la société en a besoin. Le poète s'effraye des suites de la négation ; mais ne lui oppose qu'un expédient désespéré.

§ 117. — La religion et la philosophie ^

Socrate a inauguré un mouvement qui dure encore aujourd'hui. Ses contemporains l'ont injustement tenu pour un sophiste, un novateur démoralisant, et condamné à ce titre. Socrate avait rempli consciencieusement ses devoirs de citoyen et de soldat, et ses doctrines n'étaient pas subversives en elles-mêmes. En réalité, elles ne touchaient pas directe-

1. Bibliographie. — Sur Platon, voir la traduction excellente avec introduction, etc., de B. Sowett, The dialogues of Plato, 3® éd., 5 vol., 1892; G. Grote, Plato and other companions of Soki^ates, 3* éd., 3 vol., 1875, et l'ouvrage récent de E- Pfleiderer, Sbkrates und Plato, 1896. Pour Aristote, voir également Grote et un livre clair, très sommaire de A. Grant, Aristotle, 1888. Pour le Portique, voir le chapitre qui en traite dans le livre de M. Heinze, Die Lehre vom Logos in der griechischen Philosophie, 1872; pour les Épicuriens, W. Wallace, Epicureanism, 1880.

LES GREGS 581

ment à la religion. Socrate ne paraît pas avoir combattu les idées religieuses de ses compatriotes, ni avoir attaqué le culte. Il s'abstenait d'expliquer le monde, et appliquait son attention à l'homme intérieur; c'était un psychologue. Son œuvre, c'est d'avoir fondé une philosophie éthique et pratique, dont le principe est l'identité de la aocptcc et de la acocppocTuv'/i ^ Mais il reconnaissait aussi en lui un élément immédiat dépassant la conscience : une voix divine qu'il appelait son 8ai[jr.dvtov ^. Cette voix retenait toujours, n'excitait jamais, et quand on traduit Sat^jt-ôviov par conscience on oublie qu'il ne l'entendait pas de l'ensemble de l'être intérieur ; il n'apparaît que dans certains actes; d'autre part, c'est affaiblir l'idée que la réduire à la notion d'un tact pratique, car Socrate entendait clairement par là une voix divine.

Plusieurs écoles se réclamèrent de Socrate : celles de Mégare et d'Elis, l'école cynique et l'école cyrénaïque. Mais leur importance pâlit à côté de celle de Platon (428-347).

Platon s'est occupé des conceptions religieuses courantes, spécialement dans les livres II, III et X de la République. Il voulait chasser Homère de son Etat idéal en raison des histoires indécentes qu'il raconte sur les dieux et les héros et des sentiments amollissants qu'il éveille. L'opposition de Platon était surtout dirigée contre les doctrines qui attribuaient de mauvais penchants aux dieux. La divinité n'est jamais Sucvouç àvOptoTuotç, la jalousie n'entre pas chez les dieux; Dieu est toujours àyaôoç, ocXtiôtiç, à-TrXoïïç, ne fait que ce qui est juste et bon, ne se sert du mal que comme punition, c'est-à-dire pour qu'il en sorte un bien. Malgré cette opposition à quelquesunes des parties essentielles de la croyance populaire, Platon a cependant respecté les croyances établies ; il voulait même que dans son État idéal on interrogeât l'oracle de Delphes sur les choses du culte. Il dit dans le Tintée, peut-être ironiquement, qu'il veut se conformer à la tradition courante sur les dieux; en tout cas, il reconnaît dans ce livre les dieux cosmiques ou visibles (terre et étoiles) et les dieux invisibles de la théogonie, en leur attribuant une vie éternelle, mais une position subordonnée et une puissance limitée.

Quant à l'idée particulière que Platon se faisait de la divinité, il est absolument impossible de la définir. Il représente toujours le divin comme quelque chose de transcendant, qui existe en dehors du monde des sens. La plus haute des idées, l'idée du bien, occupe dans le monde intellectuel la même place que le soleil dans le monde des phénomènes ; il faut nous contenter de pareilles images. L'idée du bien est pour lui la source de l'être, le TrapaSstyfxa de tout ce qu'il y a de bon au monde; elle dépasse la connaissance et domine de très' haut le monde sensible. La départition entre le monde des noumènes et le monde des phénomènes est nne des idées principales du platonisme. Sans doute il existe un lien entre les deux mondes : les êtres visibles sont formés sur le modèle des idées

Page 1