Gicero, De legibus, II
3. Tite Live, V, 52; Aulu-Gelle, XIII, 14; Varro, De lingua latina, V, 143.
4. Les recherches de H. Nissen, dans son livre Das Templum, 1869, sont classiques, mais ne doivent pas être utilisées sans précaution.
Le templum céleste était la partie du ciel que l'augure avait circonscrite avec son bâton (liiuus), et où lui apparaissaient les signes des dieux. L'augure y traçait les deux lignes fondamentales, car do et decumanus, divisant le ciel en régions et j instituait ses observations, ce qu'on désignait par le verbe contemplari. La position de l'augure par rapport aux régions du ciel, et les formules qu'il employait étaient variables suivant les lieux et les circonstances. D'autre part, le mot templum désignait aussi des emplacements terrestres. Varron définit ainsi le temple terrestre : in terris dictum templum locus augurii aut auspicii causa quibusdam conceptis verbis fïnitus. Le temple, ainsi compris, n'était pas nécessairement un bâtiment, et d'autre part, toute demeure de dieu n'était pas nécessairement un temple. Ainsi Vœdes Vestse ne constituait pas un temple, quoiqu'elle fût un des sanctuaires publics les plus importants. Le temple était l'endroit consacré par les augures (inauguré), où l'on révélait la volonté des dieux au profit de la cité. Le temple principal, le centre de l'activité des augures, se trouvait sur le Capitole. Les nouveaux magistrats devaient y venir prendre les auspices sur lesquels reposait leur autorité. Les actes publics les plus importants ne pouvaient être décidés que dans un temple; c'est dans un temple que le Sénat prenait ses résolutions, dans un temple que les comices se rassemblaient; le rostrum d'où l'on parlait au peuple, sur le Forum, était un temple. Ainsi l'idée de temple, qui primitivement se rapportait à l'espace découvert réservé à l'observation des signes célestes, avait pris un sens politique, en rapports étroits avec l'idée de pomerium et de Capitole. Mais quand la puissance romaine s'étendit, on éprouva le besoin de se mettre en état de consulter les auspices en dehors même de l'enceinte de Rome. Les chefs d'armée emportaient de Rome les auspices dont ils avaient besoin [ausjDicia militaria, bellica), mais différentes circonstances, notamment le passage d'un fleuve, nécessitaient de nouveaux auspices spéciaux (dans ce cas particulier auspicia perennia). A ce point de vue, on distinguait cinq territoires [agri) : roma7ius , gabinus, peregrinus, hosticus, incertus. Les prescriptions relatives aux particularités qui pouvaient se présenter dans les différents cas étaient un des objets de la science des augures.
L'inauguration n'était pas la seule forme de consécration. Nous trouvons des mots comme sacer, sanctus, religiosus qui s'appliquaient à des lieux, des objets et des individus qui sont sacrés à divers titres. Ces concepts et ces distinctions appartenaient à la fois à la religion et au droit public. On appelait sacrwm ce qui était passé de la possession de l'Etat ou des individus dans celle de la divinité. Un bien d'État devenait sacré par l'acte double de la transmission par le magistrat [dedicatio], et de la prise de possession au nom de la divinité par le pontife [consecraiio). Un acte également solennel, la profanatio, pouvait faire perdre en quelque sorte à l'objet son caractère sacré. Il y avait une autre espèce de consecratio qui n'était précédée d'aucune dedicatio : c'était la consecratio capitis et bonorum, par laquelle un coupable était abandonné aux dieux. Le sacer esto datait des anciennes leges regise (lois royales) : l'homme qui vendait
sa femme était voué par ces lois aux dieux souterrains; le fils qui frappait son père était voué aux dieux domestiques; les patrons et les clients qui manquaient à leurs devoirs de fidélité réciproque étaient voués à Jupiter; celui qui renversait une borne, l'était au dieu Terminus. A l'époque historique, la consécration prise en ce sens avait lieu pour une violation des leges sacratœ; en particulier les tribuns du peuple maintinrent toujours que quiconque s'attaquait à leur droit devenait sacer par le fait même. Ainsi on entendait par sacrw^n ce qui appartenait à la divinité. L'idée de sanctum, au contraire, s'applique à ce qui, par raison juridique [sanctio], se trouve ab injuria hominum defensum afque munitum. Dans le cas où la transgression de Iql sancfio était punie de consecratio, comme pour les lois citées plus haut, l'objet que ces lois protégeaient portait le nom de sacrosanctum. Tout ce qui, sans être ni consacré ni garanti légalement par une sanctio, était en rapport si étroit avec la religion qu'il fallait le considérer et le traiter avec respect et avec crainte, s'appelait religiosum. A cette catégorie appartenaient les tombeaux, les places où était tombée la foudre {puteal, place creusée par la foudre : on n'avait pas le droit d'y poser le pied), les sacella du culte privé, les sanctuaires provinciaux qui n'étaient pas consacrés, et d'autres endroits objets d'un respect séculaire et sanctifiés par des souvenirs ou des légendes.
Le droit sacré pénétrait si profondément la vie romaine que, pour en montrer toute l'importance, il faudrait procéder à un exposé presque complet des institutions et du droit. Nous y toucherons nécessairement dans les deux prochains chapitres. Pour le moment, nous nous contentons d'expliquer brièvement comment les différentes branches de la religion se rattachaient au culte d'Etat, et quelle est la signification des termes sacra jprivata, jDiiblica, popularia et pro populo.
Le culte privé, les actes religieux de la famille et de la gens n'étaient pas affaire de caprice individuel. Omis ou accomplis d'une façon défectueuse, la faute entraînait la colère des esprits. En conséquence l'État, intéressé dans le culte privé, le surveillait par les jDontifes, Ceux-ci avaient avant tout à conserver le jus Manium. Le culte des morts faisait partie des sacra jDrivata ; cependant tout ce qui s'y rapportait était soumis au contrôle des pontifes. Ils fixaient le lieu et le rite des sépultures, et prenaient soin que les Mânes ne fussent pas frustrés des solennités et des offrandes qui leur étaient dues. L'influence des pontifes s'étendait encore plus loin. Tous les rapports de famille et de gens étaient de nature juridique et avaient un caractère sacré, qu'il appartenait à l'Etat de maintenir. Les cas juridiquement douteux étaient soumis à la décision des pontifes. Le mariage était €onsidéré comme une association consacrée par la religion; la femme, socia rei humanœ atque dioinœ, avait, comme mère de famille, des sacrifices domestiques à offrir aux dieux; le mariage était consacré solennellement par le pontife au moyen de diverses cérémonies, dont l'offrande à Jupiter d'un panis farreus était la plus significative. A vrai dire, ce mariage suivant l'ancien rite patricien de la confarreatio n'était pas le seul modeusitéetmême, dans les derniers siècles, il était devenu exceptionnel;
les flamines et le rex sacrorum restaient à peu près seuls à. le pratiquer. La tesiamenti factio avait lieu également devant le collège des pontifes. De même, lors de l'adoption dans une gens les pontifes avaient à veiller à ce qu'il ne se produisît pas de perturbatio sacrorum ou de contaminatio gentium. Au reste ils n'avaient pas à intervenir dans l'accomplissement même des actes de la religion privée; c'est le chef de la maison qui les accomplissait pour sa famille, et un fïamine spécial les exécutait pour la gens. Mais l'État avait à veiller à ce que tout se passât conformément aux règles du droit sacré.
Les cultes des gentes n'étaient pas tous confinés dans la religion privée ^ il y avait des sacra publica réservés à certaines familles, par exemple le culte de Minerve à la gens Nautia, le culte d'Apollon à la gens Julia. Il était naturellement d'une grande importance pour la cité que de tels cultes ne s'éteignissent pas avec la gens qui en avait la charge; aussi étaient-ils dévolus, en cas de besoin, à une sodalitas ou à un collegium qui remplaçait la gens. En dehors de ces sodalitates et coLlegia officiels il en existait beaucoup de privés, dont l'État ne s'occupait que quand il y soupçonnait des clubs politiques. Les plus anciens de ces collèges étaient pour la plupart des confréries d'artisans [coUegia ojnficum, artificum) ; les plus récents avaient pour but de constituer une caisse mutuelle de pompes funèbres, grâce à laquelle les petites gens s'assuraient une sépulture honorable {collegium tenuiorum, funeraiicia) ^
La religion publique comprenait d'abord les sacra quœ publico sumiJtu pro populo fiunt (Festus). La présence des citoyens à ces actes n'était pas interdite, mais n'était pas non plus nécessaire; en tout cas ils n'y participaient pas d'une manière active, ils en étaient simplement spectateurs ; tout au plus prenaient-ils part au cortège {poni'pa) ou au banquet du sacrifice. Quand les sacra publica étaient accompagnés de fête et de chômage et que les affaires vaquaient, beaucoup d'hommes assistaient à l'acte sacré. Quant au sacrifice quotidien des flamines, le public n'y participait pas; l'intérieur du temple n'était accessible qu'aux prêtres.
Viennent ensuite les solennités populaires, celles auxquelles tous les citoyens participaient soit en masse, soit par sections (sacra popularia quse omnes cives faciunt). Elles tenaient, cela va de soi, une tout autre place dans la vie générale. On compte parmi ces cérémonies deux fêtes d'une haute antiquité, mais dont le sens n'est pas tout à fait clair : le septimontium et la double procession des Argei ^, qui se célébrait le 16- 17 mars, autour de leurs vingt-quatre sacella^ et celle du 14 mai où on les jetait dans le Tibre : ces solennités étaient sans doute l'une et l'autre des lustrations pour les différents quartiers de la ville.
Parmi les cultes populaires, nous avons en première ligne ceux des trente curies. Chaque curie pratiquait son culte iDarticulier sous la direction d'un curion, et toutes les curies réunies célébraient un culte commun sous la