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Ovide, Fastes, IV, 179 et suiv

Les ludi sseculares ou Terentini, rares par définition, ne figuraient pas dans le calendrier. Cependant c'est ici le lieu de les étudier. Des idées et des rites étrusques s'y mêlaient à des pratiques romaines. Une légende racontait que le laboureur sabin Valesius, de Terentum, partie basse du Champ de Mars sur les bords du Tibre, avait d'abord obtenu la guérison de ses enfants malades, puis trouvé à vingt pieds sous terre un autel de Dis et de Proserpina, et offert à ces dieux un sacrifice d'hostiœ furvce : telle serait l'origine de la fête. Ce que l'on peut discerner, c'est que le culte célébré à Terentum avait son origine dans les sacra jjinvata de la gens Valeria et s'adressait à des dieux souterrains guérisseurs. A ce culte furent adjoints les hidi sœculares. L'idée de sœculum est celle d'une génération, durant depuis le jour de la fondation d'une ville jusqu'à la mort du dernier survivant des hommes nés en ce jour; le nouveau ^c-eciJwîw commence alors et doit être évalué de la même façon. Il y avait des signes spéciaux, indiqués sans doute dans les livres étrusques, par lesquels les dieux faisaient connaître la fin d'un siècle et le commencement du nouveau. A quel moment et de quelle façon s'unirent les deux conceptions? Vers quelle date s'établirent à Rome ces ludi sseculares et Terentijii? C'est ce que nous ne pouvons savoir. On sait qu'ils ont été célébrés en l'an 249 av. J.-C. puis en 146 ; les plus célèbres sont ceux qui eurent lieu sous Auguste en 17 av. J.-C. A l'époque impériale nous trouvons cette fête plusieurs fois : sous Claude, sous Domitien, sous Antonin le Pieux, etc.; on comptait le sœculum d'après un autre système et on célébrait les jeux lorsque la moitié d'un sœculum était accomplie. Ces jeux ne fêtaient plus seulement les dieux souterrains de Terentum, mais aussi Jupiter et Junon, Apollon et Diane, Comme ils comportaient des rites étrangers, ils étaient de la compétence des décemvirs (devenus déjà sous Auguste les quindécemvirs). Au préalable un héraut annonçait dans Rome les jeux quos nec speciasset quisquam nec spectaturus esset. Quelques jours avant la célébration, les quindécemvirs répartissaient les suffîmenta (torches, soufre et asphalte) au Capitole et dans le temple d'Apollon Palatin, ils interdisaient aux esclaves de participer à la fête. En même temps le peuple recevait dans le temple de Diane sur l'Aven tin, du froment, de l'orge et des fèves. La fête proprement dite durait trois jours et trois nuits; on y offrait des sacrifices à différentes divinités, il y avait des jeux et on chantait un carmen sseculare composé spécialement pour la circonstance, dans le genre de celui d'Horace, qui nous a été conservé.

§ 126. — Les lég-endes des origines ^

Les légendes relatives à la fondation de Rome ne doivent pas être considérées, bien qu'on ait voulu le faire récemment encore, comme des

1. Bibliographie. — En dehors des ouvrages généraux, une série de recherches spéciales ont été consacrées à ces légendes dans les temps anciens et modernes. On en trouve les résultats résumés sommairement dans la Légende d'Énée, de Hild

mythes naturalistes indo-européens. Leur intérêt consiste au contraire en ceci, qu'elles reflètent (( des données anciennes de l'histoire et de la religion romaines » (Preller). Sans doute il est facile de démontrer que l'enchaînement de faits, que des écrivains comme Tite-Live et Denys d'Halicarnasse ont composé par sélection et combinaison, ne résiste pas à la discussion, et qu'il est vain de prétendre en dégager quelque chose d'historique. Cela n'empêche pas ces légendes de nous révéler des rapports ethniques qui échappent à l'histoire, des relations politiques et des usages religieux. La constitution de ce tissu de légendes est le résultat d'un travail qui a duré des siècles.

Les plus importantes de ces légendes ont pour héros Hercule, Romulus et Enée. Isolées à l'origine, elles se combinèrent d'assez bonne heure. La légende la plus indépendante était celle d'Hercule, que Denys et Virgile arrivent à rattacher au tissu de l'histoire primitive; des généalogies fictives firent d.'Hercule le père de Latinus, l'ancêtre des Fabiens, etc. On raconte qu'Hercule, après qu'il eut tné le géant Géryon et enlevé ses bœufs, vint en Italie et résida sur le Palatin chez le roi Évandre; dans une caverne de l'Aven tin habitait le brigand Cacus. Le brigand vola les bœufs et les traîna dans sa caverne à reculons, pour tromper leur propriétaire; mais leur mugissement révéla le vol; Hercule tua le ravisseur, éleva un autel à Jupiter Inventor, revint en triomphe vers Evandre, offrit aux Romains des présents et des banquets et leur apprit à célébrer le culte nouvellement fondé de Vara maxima. M. Bréal* a voulu montrer dans le combat entre Hercule et Cacus un mythe naturaliste qui se retrouve sous différentes formes et à différents degrés de développement chez les autres peuples indo-européens. Ce mythe était aussi bien connu en Italie, bien que des noms étrangers y eussent remplacé les noms nationaux. Sous Évandre le bon et Cacus le méchant se cachaient vraisemblablement des personnages italiens. Le nom même d'Hercule n'est pas primitif dans la légende ; c'est la forme italienne du grec Héraclès, et Héraclès tient dans ce récit la place de Jupiter Recaranus^ dieu national. Un~ mythe indoeuropéen sous sa forme italienne, retouchée du point de vue grec, voilà donc ce que serait la fable d'Hercule et de Cacus. Mais il est évident que pour les Romains cette histoire avait un tout autre sens. Pour eux l'intérêt résidait dans l'antique culte de Vara maxima, du forum boarium, desservi par les familles des Potii'd et des Pinarii. Ce culte consistait à l'origine en sacrifices fréquents et en banquets sacrés; plus tard ils devinrent annuels' sauf occasion spéciale; les prêtres saliens y chantaient la victoire du dieu et la représentaient par une pantomime. De toutes les pratiques archaïques accomplies sur cet autel, on faisait remonter l'origine au dieu lui-même.

(fi.H. R.,1882, II), et dans l'article :4meias du Zea;icon de Roscher (vol., ï, 1884; cet article est de Woernei'). Parmi les travaux récents il faut encore citer ceux de F. Cauer : Be fabulis Grœcis ad Romain conditam pertinentibus (1.884), et Die rômiscfie Aineassage von Nasvius bis Vergilius (1886, tirage à part du Jahrb. f. class. PhiloL, 15, suppl. Bd).; Boissier, Nouvelles Promenades ai^chéologiques (Ho7^ace et Virgile). 1. M. Bréal, Hercule et Cacus.

,La fondation de la Rome du Palatin était attribuée à Rômulus. Une fille de la maison royale d'Albe, la vestale Rhea Sylvia, violée par Mars, enfanta deux jumeaux, Romulus et Rémus; allaités djabord par une louve au pied du Palatin sous le figuier ruminai, ils furent ensuite élevés par le pâtre Faustulus et sa femme Acca Larentia. Ces jumeaux, avec les pâtres au milieu desquels ils avaient grandi, auraient fondé la ville du Palatin, la faveur des auspices assignant la souveraineté à Romulus; enfin Romulus aurait tué son frère qui sautait par-dessus les murs encore peu élevés, pour avertir par cet exemple tous ceux qui dans la suite oseraient attenter à l'enceinte sacrée de la ville. Telle était la légende ; tout ce que l'histoire peut en- conserver, c'est que Fancienne ville du Palatin a été fondée par des populations latines. Les jumeaux Romulus et Rémus étaient sans doute unis par quelque parenté aux rois d'Albe ; mais à l'origine on n'attribuait la fondation de Rome ni à des colons albains ni à des immigrants venus de Troie. Par l'intermédiaire d'Albe la légende de Romulus se rattachait à celle d'Énée, et d'ailleurs la mère de Romulus porte quelquefois le nom d'/Zia. Une étude exhaustive doit décomposer la légende. Elle comprend les thèmes (la paternité divine, la conception virginale, le couple de jumeaux, l'exposition, la jeunesse passée parmi les pâtres, le fratricide, l'intervention d'un animal, ici d'une louve, dans la fondation de la ville) auxquels l'étude comparée des mythes et des légendes fournit d'intéressants parallèles. Elle comprend en outre un grand nombre de motifs étiologicjues spéciaux : on y rattachait la sainteté du Lupercal palatin et de l'enceinte de la cité, ainsi qu'un certain nombre de rites. Romulus était le fils de Mars et d'une vestale; il avait été élevé par la mère des Lares (beaucoup d'auteurs romains regardent Romulus et Rémus comme les Lares iDrœstites de l'ancienne ville) ; avant de fonder la ville, il avait pris soin de consulter les auspices. Aux Lupercales et aux Palilies on fêtait son souvenir et la fondation de la ville. Ce n'est pas tout. Ranke a justement présenté toute la tradition romaine relative à la période royale comme « un mélange de souvenirs historiques et politiques » ; il voit dans Romulus le fondateur de l'imperium, comme dans Numa le fondateur du pontificat. Par Numa s'ajoutait à l'élément romain, l'élément sabin, déjà représenté, à vrai dire, par T. Tatius, qui passait pour s'être allié à Romulus et avoir régné quelque temps avec lui. Rappelons encore que cet élément sabin a eu tant d'influence sur la légende même de Romulus, que ce héros a été après sa mort identifié avec le dieu Quirinus et honoré sous ce nom. La légende de la disparition de Romulus dans un orage et de son ascension n'est pas primitive ; une transfiguration de ce genre révèle l'influence d'un modèle hellénique.

Sur la tradition nationale de la fondation de Rome s'est greffée la légende d'Enée, qui est d'origine étrangère. On peut suivre dans les écrivains romains et dans les auteurs grecs la fusion progressive des deux légendes. Homère sait seulement que les Énéades ont régné en Troade*,

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