Traduit par Maspero, Rec. of the Past, II, 9 et suiv
5. Un conte où figure le roi hyksos Apepi a été publié et traduit par Maspero, Études Égyptiennes, I, 194 et suiv.; cette traduction est reproduite aussi dans les Rec. of the Past., nouv. sér., II, 37 et suiv.
6. Lepsius, Dus Todtenbuch der Mgypter, 1842. — Ed. Naville, Das Mgyptische Todtenbucli des XVIII bis XX Dyn., I-II, et Einleitung, 1886. — The Book of Dead. Facsimite of the papyims of Ani in the Brit. Mus., 1890, traduit et précédé d'une introduction par E.-A.-W. Budge, 1895. Parmi les traductions, il faut mentionner seulement celle de Le Page-Renouf publiée dans les Proceedings of the Soc. of Bibl. Arch., vol. XIV et suiv.; les plus anciennes sont inutilisables. Maspero a donné une excellente introduction au Livre des Morts dans ses Études de Mythologie, I, 325 et suiv.
nom n'est pas très juste, car ce n'est pas un livre unique; nous ne possédons pas deux exemplaires de la bonne époque thébaine (XVIII ^-XX° dynasties) qui soient entièrement semblables. Ce sont des compilations plus ou nioins riches de textes indispensables aux défunts que, pour cette raison, on déposait avec eux au tombeau. Précédemment les textes de ce genre étaient écrits sur les murs des tombes ou sur les cercueils; à cette époque on prit l'habitude de les donner au mort sous forme de livre. Naville, qui a publié une beîïe édition des textes du Livre des Morts des XVIP-XX° dynasties, a trouvé dans les papyrus funéraires environ 160 textes, ou chapitres, petits ou grands, dont l'ordre est variable, A l'époque saïte les textes des Livres des Morts sont classés dans pn certain ordre, qui est pour nous incompréhensible. C'est cette rédaction que Lepsius a publiée, dès 1842, d'après un exemplaire très complet du musée de Turin. Beaucoup de chapitres de ce papyrus diffèrent profondément des premières versions, et 24 autres, qui figurent régulièrement dans les rédactions saïtes, manquent généralement dans les papyrus plus anciens. Le Codex saïte semble avoir clômpris 165 chapitres, dont les quatre derniers sont souvent désignés comme un supplément. Les Égyptiens donnèrent à cette collection de textes funéraires le titre de (( Livre de pei^t em herou », que les égyptologues ont rendu différemment : les uns traduisent (c sortie hors du jour )); d'autres préfèrent « sortie pendant le jour »; la collection a été parfois appelée le « Livre de rendre le défunt accompli ». Champollion l'avait caractérisée du nom de « Rituel funéraire », et de Rougé voulait maintenir cette appellation. Il est cependant certain que nous n'avons pas affaire ici à un rituel : c'est bien plutôt une sorte de manuel à l'usage des morts, un guide à travers l'autre monde; les textes ne sont utilisés par le défunt qu'après la mort et après l'ensevelissement. Le nom de « Livre des Morts » choisi par Lepsius a été jusqu'ici communément accepté.
Une bonne partie des chapitres du Livre des Morts thébain ne nous sont connus que par des textes du moyen empire et sont sans doute encore plus anciens. Le chapitre 17 était déjà sous la XIP dynastie pourvu d'un triple commentaire et doit dater des origines. Il était déjà en grande partie Incompréhensible pour les scribes du nouvel empire : de là vient que nous trouvons souvent des altérations voulues du texte et souvent aussi des variantes introduites par des copistes scrupuleux. Le texte indique pour quelques chapitres qu'ils ont été trouvés sous certains rois des premières dynasties ou composés par eux : on voulait sans doute leur conférer ainsi une plus grande autorité. Par contre, d'autres chapitres sont relativement récents : ainsi les quinze premiers chapitres et aussi le chapitre 125. Une preuve de la grande antiquité du Livre des Morts, c'est que le culte thébain d'Amon n'y est jamais mentionné. Ces textes ont été constitués avant qu'Amon ait pris, sous le nouvel empire, la première place dans le
monde divin de l'Egypte. Ce sont les dieux de la basse Egypte qui prédominent.
Les éléments du Livre des Morts sont très hétérogènes. Quelques chapitres paraissent avoir une origine rituelle et contiennent des formules et
dès prières provenant des vieux rituels des funérailles; tels sont les chapitres d' (( ouvrir la bouche du mort », de le « munir de charmes magiques )), et aussi les chapitres relatifs aux amulettes à déposer sur la momie ou dans le cercueil. Une série complète de chapitres est destinée à préserver le défunt des serpents et autres monstres ; ils ressemblent de très près aux formules magiques des Pyramides. D'autres donnent à la momie les instructions nécessaires pour triompher des obstacles de la région funéraire. Le chapitre 15 contient des hymnes au soleil. Le chapitre 17 forme un tout par lui-même et expose un très ancien système théologique et cosmpgonique. Le chapitre 64, dont le titre dans quelques manuscrits est « Le chapitre de connaître les chapitres de sortir hors du jour en un seul chapitre », est en quelque sorte un résumé du livre entier. Le chapitre 125 est la scène du jugement, où le défunt se justifie par devant le tribunal d'Osiris. Le chapitre 130 et les suivants traitent de la navigation du défunt dans la barque de Râ.
Le Livre des Morts est un document de premier ordre ; malheureusement les formules y sont souvent incompréhensibles. Malgré le grand nombre des manuscrits le texte qui nous est parvenu est très mauvais, et le travail critique, auquel nous devrons un Livre des Morts entièrement abordable et intelligible, est encore loin d'être achevé malgré les contributions de Maspero et de Le Page Renouf .
Un groupe distinct d'écrits religieux nous a été conservé par les tombeaux royaux de Thèbes ^ Ils sont tous du nouvel empire, et nous font connaître la théologie solaire dominante à cette époque. C'est d'abord la « Litanie du soleil »^, cris de joie dont les dieux saluent le soleil quand, au soir, la barque de Râ arrive à l'entrée du monde inférieur. Quelques papyrus funéraires contiennent également le long texte final de la Litanie ; Naville en fait le chapitre 180 de son édition du Livre des Morts. Les tombeaux royaux nous ont livré aussi un très curieux fragment d'un mythe de Râ ^ : le dieu y détruit l'humanité coupable et ordonne à nouveau le ciel et la terre. Mais les textes les plus étendus et le plus importants sont « Le Livre de ce qu'il y a dans le Douât (la région du soleil nocturne) et « Le Livre de l'Hadès » que Maspero a appelé « le Livre des Portes ». Le premier de ces écrits a joui d'une grande ijopularité *; à côté d'une édition illustrée donnée par les tombeaux royaux, nous avons de nombreux exemplaires d'une édition abrégée et sans figures. De même que le Livre des Morts, on plaçait cet écrit avec le défunt dans son ti3mbeau. Il traite de la navigation du soleil dans sa barque pendant les douze heures de la nuit, et il prétend être une reproduction exacte des textes gravés sur les murailles de la « demeure mystérieuse » (le tombeau d'Osiris, d'après
1. Lefébure, Les hypogées royaux de Thèbes, I-III, 1886-1889; cf. Maspero, Études de Mythologie, II, 1 et suiv.
2. Ed. Naville, La Lita7iie du soleil, 1875; Rec. of the Past, VIII, 103 et suiv.
3. Ed. Naville, La destruction des hommes par les dieux (Transactions of the Society of biblical Archseology, t. IV, p. 1 et VIII p. 412).
4. G. Jéquier, Le livre de ce quHl y a dans l'Hadès, 1894. Cf. Maspero, Études de Myth., II, 27 et suiv.
Maspero). Dans le Livre des Portes*, le même sujet est repris à un autre point de vue; nous en reparlerons plus loin avec plus de^étails. D'autres textes mythologiques nous ont été encore conservés par les tombeaux des rois : ce sont pour la plupart des spéculations inintelligibles dues aux théologiens thébains, en partie écrites en caractères secrets et accçpapagnées d'images de caractère mysti^^que.
Des rituelsL/igurent encore parmi ces textes religieux. Le rituel du culte d'Osiris dans son temple d'Abydos nous est connu par une édition illustrée, gravée sur les murailles du temple. Le rituel du culte d'Amon dans le sanctuaire de Thèbes est conservé par un papyrus de Berlin ^. Le rituel de l'embaumement a été découvert par Maspero dans des papyrus de Paris et de Boulaq^. Les rituels des funérailles, en partie très anciens et dont de longs fragments se trouvent déjà dans les textes des pyramides, sont surtout connus par les tombeaux royaux de Thèbes ainsi que par les papyrus et les sarcophages de la dernière période *.
La littérature magique du nouvel empire est très étendue. Malheureusement ce domaine est encore peu exploré. Le Paioyrus Harris du British Muséum contient des hymnes aux dieux solaires, et dés conjurations contre les crocodiles, les serpents et autres animaux malfaisants, et aussi contre le mauvais œil^. Un autre texte magique du British Muséum a été traduit par Birch^ Les papyrus magiques de Paris, Turin, Leyde réservent certainement un riche butin à ceux qui les étudieront de plus près. Un papyrus de Turin nous donne, par exemple, un morceau d'un mythe du dieu solaire Râ'. La plupart des papyrus magiques renferment des conjurations contre les maladies et les démons, et des instructions pour la préparation et la consécration des amulettes. Les manuels de médecine ^ qui nous sont parvenus contiennent également des formules magiques; nous y trouvons des allusions répétées aux maladies des dieux et aux procédés magiques par lesquels ils ont été guéris. Un des papyrus du British Muséum {Sallier IV) ^ nous donne un manuel de l'art de choisir les jours, calendrier des jours fastes et néfastes; nous y trouvons une quantité de renseignements sur l'histoire des dieux. Malheureusement l'auteur se contente d'allusions insuffisantes ou peu intelligibles.
La poésie religieuse du nouvel empire nous est connue par une série
1. Lefébure, Rec. of the Past, X et XII. Maspero, Études de Myth., II, 163 et suiv.
2. Analysé par 0. von Lemm, RituaLbuck des Ammondienstes, iS82: traduit et commenté par A, Moret, Le rituel du culte divin journalier en Egypte, Paris, 1902.
3. Maspero, Mémoires sur quelques papyrus du Louvre, 1873, p. 14-104.
4. ^chiaparelli, Il libro dei funerali degli antichi Egiziani, I-II, et Atlas, 1881-1890. — Cf. Maspero, Études de myth., I, 283 et suiv.
5. F. Chabas, Le papyrus magique Harris, 1861; une traduction revisée a été donnée dans les Mélanges égyptologiques, III, 2* partie, p. 242 et suiv., et dans Rec. of the Past., X, 135 et suiv.
6. Rec. of the Past., VI, 113 et suiv. — Cf. aussi W. Pleyte, Étude sur un rouleau magique du musée de Leyde, 1866.
7. Lefébure, Un chapitre de la chronique solaire {Zeitschrift, 1883, p. 27).
8. Papyrus Ebers, publié par G. Ebers, I-II, 1875. Papyrus Ebers. Dus âlteste Buch ilber Heilkunde, traduit par H. Joachim, 1890.
9. F. Chabas, Le calendrier des jours fastes et néfastes, 1870.
78 HISTGIRl HES'^RELI&IONS
d'hymnes à différentes divinités. La couleur en est panthéiste. Mais nous ne pouvons discerner ce qui dans cette poésie est formule liturgique ou libre Inspiration. Plusieurs hymnes à Osiris, à Râ, à Amon-Râ, au Nil, etc., sont conservés sur les stèles et dans les papyrus*. Partout nous trouvons les mêmes phrases stéréotypées qui font de chaque dieu le plus puissant, le père des dieux, et le créateur de l'univers. Les « Hymnes au Soleil )) insérés dans le chapitre 15 du Livre des Morts nous semblent les plus intéressants^. Les hymnes, inspirés par le rqi hérétique Aménophis IV, en l'honneur du disque solaire A ^072, dont plusieurs copies existent dans les tombeaux d'El-Amarna , sont notre seule source de renseignements sur cette doctrine^.
Dans la littérature du nouvel empire thébain le « Conte des Deux Frères )) * présenté un parallélisme frappant avec la légende osirienne. Les « Maximes d'Ani », que contient un des papyrus de Boulaq ^, nous renseignent sur la morale.
Parmi les documents historiques de cette époque thébaine nous devons noter surtout le grand papyrus Harris, le plus étendu de tous les papyrus connus ^ Ses 79 pages renferment des listes de donations du roi Ramsès III aux principaux temples du royaume ; par lui nous pouvons avoir un aperçu exact de la colossale puissance et de l'importance du sacerdoce, en même temps que d'intéressants renseignements sur le culte.
La civilisation de l'époque saïte a pris comme modèle celle de l'époque des pyramides. On y remet en usage les textes utilisés environ trois mille ans auparavant et l'on revient à l'ancien mode de décoration des tombeaux : aussi les sépultures de cette époque sont-elles riches de renseignements. Quant aux temples de l'époque ptolémaïque et romaine, leur décoration consiste en textes et en tableaux* mythologiques : les plus importants sont ceux de Dendérah, Edfou, Esneh. Il faut en lire les textes avec circonspection ; ils représentent le dernier degré de l'évolution de la religion et de la théologie égyptiennes. Mais une étude critique de ces textes et de ces tableaux sera certainement fructueuse pour l'intelligence complète de la religion égyptienne; cette tâche ne parait pas précisément attirer les égyptologues , arrêtés par l'écriture bizarre, souvent énigmatique, et le non moins étrange contenu des textes.
A ces compositions religieuses qui sont restées plus ou moins en usage jusqu'à la fin, il faut ajouter, pour la même période, certains livres religieux qu'on plaçait avec les morts dans les tombeaux. Ils dérivent
1. Hymne à Osiris, Bec. of the Pasi, nouv. série, IV, 14 et suiv. Hymne au Nil, ibid., nouv. série, III, 46 et suiv. Hymne à Ammon-Râ des Papyrus égyptiens du musée de Boulaq, trad. et commenté par E. Grébaut, 1874; traduit, aussi par Goodwin, Bec. of the Past, III, 129 suiv.
2. Lefébure, Hymnes au soleil composant le i5^ chap. du rituel, Paris, 1874.
3. J.-H. Breasted, De hymnis in solem sub rege Amenophide IV conceplis, Berlin, 1874.
4. Traduit par Le Page-Renouf, Rec. of the Past, II, 137 et suiv., et par Maspero, Courtes populaires, 2° éd., 1 et suiv.
5. F. Ghabas, UÉgyptologié, l'" et 2'^ parties: Les maximes du scribe' Ani, 1876-1878. — E. Amélineau, La morale égyptienne; 'Étude sur le Papyrus de Boulaq, n° 4, 1892.
6. Traduit par Eisenlohr et'fiirch, Rec. of the Past, VI et VIII.
du Livré des Morts ou en sont fortement influencés. Tel est « le Livre des respirations ^ » qui semble avoir été réservé à l'usage des prêtres et prêtresses d'Amon-Râ : il est censé jcontenir les formules employées par Isis pour ranimer le corps de son frère Osiris ; bien des réminiscences du Livre des Morts y apparaissent, par exemple une courte confession justificative tirée du chapitre 125. Le a Livre de traverser l'éternité»^ est un livre analogue. Les «Lamentations d'Isis et de Nepbthys ))* étaient également très répandues : dans le temple d'Osiris, à la grande fête du dieu, 'deux femmes les chantaient; elles devaient figurer Isis et Nephthys, les deux sœurs se lamentant sur le cadavre de leur frère assassiné. De même, les (( Litanies de Sokaris »* étaient proprement un chant de fête; mais, comme tous les écrits de ce genre qui concernent les dieux funéraires, ces textes avaient des propriétés magiques et pouvaient servir aux morts. Un papyrus du British Muséum, qui contient ces deux derniers écrits, en a conservé un troisième, d'abord recueil liturgique, le « Livre de renverser Apophis )) ^ qui contient des traits intéressants du mythe solaire. Quelle est la date de ces compositions? Nous l'ignorons jusqu'à présent; la rédaction est récente, peut-être le contenu est-il plus ancien, sans cependant remonter plus haut que la XXIP dynastie. Les écrits magiques et mystiques de la dernière période sont nombreux, mais un petit nombre d'entre eux sont publiés. Le « Livre d'Amenhotep fils d'Hapi )) ° est un traité mystique qui était utilisé comme amulette; l'homme que le titre mentionne était un célèbre et savant contemporain du roi Amenhotep III (XVIIP dynastie) ; le livre est bien plus récent, le nom d'Amenhotep est une garantie d'efficacité.
Nous ne connaissons sans doute qu'une faible partie de la littérature religieuse de l'Egypte. La publication des textes encore inédits et des fouilles heureuses compléteront sans doute nos connaissances.
§ 17. — Diverses théories sur la relig-ion égryptiemie '.
Les maîtres de l'égyptologie ont sur la religion égyptienne des théories extraordinairement divergentes. On sent que les conjectures, souvent aventureuses, recouvrent mal les grosses lacunes de la science sûre ; des questions fondamentales restent sans réponse, parce que la réponse n'est
1 . J. de Horrack, Le Livre des respirations, 1S77 ; traduit dans les Records of the Past, IV, 119 et suiv.
2. Bergmann, Das Buch vont Durchwandeln der Ewigkeit, 1877. {Sitzungsber. d. k. Akad. d. Wiss. in Wien.)
3. J. de Horrack, Les lamentations d'Isis et de Nephthys, 1867. (Cf. Bec. of the Past, II, 117.) Cf. Le livre d'honorer Osiris, publié et traduit par Pierret, Études Ègyptologiques, Paris, 1875, d'après un papyrus du Louvre.