Cf. ïnfra, p
3. Cf. Friedrich Delitzsch, Prolegomena eines neuen hebr.-aratn. Worterbuchs zum A. T., p. 06.
l'histoire, et des autres qu'ils le reconnaissaient dans la nature. Les dieux sémiticfues sont souvent des producteurs de phénomènes naturels : la différenciation de la divinité en un principe mâle et un principe femelle est une conséquence directe du principe naturaliste. Le Jahvisme est en opposition très forte avec ces idées : mais le fait même qu'il dut les combattre par des mesures répressives spéciales indique que ces tendances n'étaient pas étrangères à l'Israël même des temps postérieurs.
A la conception du dieu considéré comme seigneur de la tribu correspond le sentiment de profond respect qui anime à son égard ses serviteurs. Sans doute, Baudissin n'a pu arriver à prouver que les dieux sémitiques sont toujours des êtres célestes et jamais des êtres « telluriques »; il reste pourtant vrai que la religion met ici une grande distance entre Dieu et l'homme. Dieu est le Saint, encore que le mot soit pris plutôt au sens matériel qu'au sens éthique. L'homme est son esclave : soumission, crainte, résignation, tels sont les principaux caractères de la piété. Dans l'Islam la phrase : « Allah est Allah » coupe court à toute question, à tout étonnement, à tout effort. On trouve l'expression d'un sentiment analogue dans l'Ancien Testament. Un des thèmes principaux de la prédication prophétique est celui-ci : l'homme doit être humilié; Jahvé seul est grand. Le terrain qui a vu naître un pareil état d'âme était préparé par les tendances religieuses que développèrent, dans ces tribus, le milieu et le genre de vie. A noter à l'appui de ce qui précède, le fait que le monde sémitique est la vraie patrie du prophétisme dont les multiples manifestations vont de la folie religieuse jusqu'à l'éloquence inspirée.
§ 47. — La coutume et le culte à l'époque prémosaïque.
Les récits de la Genèse nous donnent des mœurs et du culte à l'époque prémosaïque une image fidèle, sinon historique au sens strict du mot.
La coutume avait naturellement un caractère religieux : elle était l'expression d'une volonté divine, et la violation en était considérée comme une offense à la divinité. Le blâme le plus énergique consistait à dire : « Ce n'est pas ainsi que l'on fait, » ou à taxer une transgression de « folie ». (Voir Genèse, 347.)
Le culte marche de front avec la coutume. Il faut noter le récit élohiste [Josué 24 2) où on nous dit qu'en deçà de l'Euphrate les ancêtres d'Israël (( servaient d'autres dieux », mais que leur Dieu les détacha de ce culte. Y a-t-il là souvenir historique, tradition ou pure théorie? Ce qui est certain, c'est qu'icj s'exprime le sentiment d'une différence fondamentale entre les pères d'Israël et les grands Etats civilisés de l'Orient : le culte dut manifester le contraste entre la simplicité de la dévotion des Nomades, considérée plus tard encore comme un idéal, et une religion orgiaque et naturaliste.
Nous ne rencontrons ici ni images divines proprement dites ni véritable sacerdoce. Des pierres et des arbres sacrés passaient pour des symboles de
la divinité, ainsi que les Maççeha et les Aschera, ces derniers étant des souches d'arbres et remplaçant les arbres vivants.
La représentation du taureau et les Teraphim remontent probablement, eux aussi, à l'époque prémosaïque. En tout cas c'a été une erreur d'attribuer à l'image du taureau une origine égyptienne et d'y voir une imitation de l'Apis de Memphis ou du Mnevis d'Héliopolis. V Exode 32 4 fournit ici un témoignage décisif. C'est avec raison que Dillmann * remarque que Jéroboam même n'a pu importer d'Egypte un culte tout à fait étranger, mais qu'il n'a fait que reconnaître officiellement un culte depuis longtemps répandu. Il est possible qu'Israël l'ait emprunté aux Chananéens, mais en présence du texte de V Exode 32, cela est en somme peu vraisemblable.
Il n'est pas probable qu'à l'origine on ait voulu donner par l'image du taureau une représentation plastique de la divinité ; c'était bien plutôt un symbole de la puissance divine. Il reste pourtant douteux que ce soit la sagesse divine qui était symboliquement représentée par le serpent, II Rois 18-5. Quant aux Teraphim, ils semblent avoir été des dieux domestiques à forme humaine, qui ne tenaient à la religion proprement dite que par un lien très lâche [Genèse 31 19.30). Ce n'est guère que des Teraphim et d'amulettes qu'il peut être question dans un autre passage de la Genèse 35 2-4. L'auteur exclut les unes et les autres, comme 'elohë-hannekar, du domaine de ce qu'autorise le Jahvisme. Cependant nous trouvons encore un Teraphim dans la maison de David (I Samuel 19 13; cf. Juges 17 b, Osée Si). On ne sait au juste si Teraphim est un pluriel, et comment il faudrait l'expliquer, ni si le Teraphim constitue ou non la survivance d'un vieux culte des ancêtres.
Du Teraphim est souvent rapproché VEphod, que cependant nous rencontrons assez souvent isolé. Il est remarquable que ce mot signifie en même temps robe de prêtre, encore qu'il n'ait ce sens que dans le composé 'ephodbad. Ce n'est point là un pur effet du hasard. Le mot signifie manteau. D'après une hypothèse assez admissible, VEphod serait une image revêtue d'or ou d'un autre métal. Pour établir la signification de ce mot dans les temps anciens, on ne saurait tenir compte de l'usage qu'en faille Code sacerdotal, où VEphod constitue avec le Urim et le Thummim une des parties essentielles du vêtement du grand-prêtre. Cependant nous trouvons dans le rapprochement de VEphod et de ces objets l'expression d'une pensée historiquement juste. Les temps anciens connaissent déjà VEjohod comme instrument divinatoire servant à interroger la divinité (voir I Samuel 14 is texte remanié, 23 9,30 7. Dans le texte remanié (I Samuel 14 41) Ephod est remplacé par Urim et Thummim^ ailleurs seulement par Urim (I Samuel 285). Nous n'avons pas la moindre indication sur les procédés employés pour l'interrogation, sur la signification des mots Urim et Thummim et sur le rapport possible de ces objets avec VEphod ; nous ne savons rien de leur forme ni de leur origine. 11 n'est pas vraisemblable que VEphod
i. Dillmann, Eandb. der altt. Theol., p. 99,
LES ISRAELITES 199
ait été une véritable image de Dieu; mais il doit remonter à l'époque prémosaïque, quoiqu'il n'en soit' pas fait mention dans la Genèse. Il semble qu'il faille le mettre sur la même ligne que le Teraphim.
Dans ces temps anciens il n'est nulle part question d'une médiation sacerdotale proprement dite, qui n'est à sa place que là où le mystère a pénétré dans la religion. Pareille médiation est en contradiction avec l'essence d'une religion de tribu. Le dieu étant dieu de la tribu, les fonctions sacerdotales sont exercées par le chef de la tribu ou, dans certains cas, par le chef de la famille. Celui-là est à la fois chef du peuple et prêtre {Genèse 14 is). C'est lui qui offre le sacrifice [Genèse 12 7, 13?, etc.). Nous trouvons à une date plus tardive des traces de cet état de choses primitif ; du père de famille et du chef de tribu ce droit passa au rqi. Il n'est d'aucune importance que l'exercice de ces fonctions ait été souvent confié à d'autres personnes, au fils et à d'autres membres de la famille [Juges 17 5.12, I Samuel 7 1, II Samuel 8 isg). Même alors le prêtre était un fonctionnaire royal, que le roi nommait et qu'il pouvait destituer (I Bois âae). Pourtant il est rare dans les temps anciens de voir le titulaire de la fonction renoncer à sa prérogative.
C'est le sacrifice qui constitue la partie essentielle du culte. Il n'est pas douteux qu'à l'origine il avait le caractère d'un repas fait en commun avec le dieu de la tribu, rite qui implique l'idée de la conclusion, ou du moins du renouvellement d'une alliance. Le sentiment de l'homogénéité de Dieu et de son jpeuple trouve là son expression. Il est question (I SamMel 20 g) d'un sacrifice annuel de la famille; sans doute de semblables sacrifices étaient offerts même dans les temps antérieurs.
Les sacrifices étaient-ils difïérents suivant les buts divers que l'on se proposait? Pour être valables, exigeaient-ils l'accomplissement de cérémonies déterminées? Nous l'ignorons. Nous savons seulement qu'il fallait laisser s'écouler le sang de l'animal sacrifié. Dans le Code sacerdotal, la défense relative au sang est comptée parmi les commandements donnés par Dieu à Noé [Genèse 94). Sans doute il y a, à la base de cette indication, l'idée historiquement juste qu'une telle défense faisait partie des caractères essentiels de l'ancienne iDiété. Le récit contenu dans I Samuel 14 33-3S est pour ce point d'une grande importance.
D'ailleurs ici encore règne une grande simplicité. Souvent l'autel était une pierre rencontrée par hasard. Aucun texte n'indique que l'autel ait été regardé comme la demeure de la divinité ^ Le Jahvisme aussi conserva assez longtemps de l'aversion à l'endroit des autels de pierres taillées.
C'étaient surtout les montagnes ou les hauteurs qui servaient de lieux du culte. On les regardait comme sacrées, et on y voyait le siège de la divinité. Quand elles faisaient défaut, on les imitait artificiellement en construisant les Bamoth, mot qui devient dans la suite synonyme de lieu du culte. Il était naturel que peu à peu des sanctuaires fixes s'élevassent sur les hauteurs particulièrement fréquentées. Ils devinrent le centre de