Smend, Altt. Religionsgeschichte, p
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la vie de la tribu. Lorsque plusieurs tribus fusionnaient, ou bien les différents sanctuaires demeuraient en honneur, ou bien les moins célèbres devaient s'effacer devant les privilégiés- Pendant la période nomade on put naturellement sacrifier en plus d'un endroit. Pourtant il n'est pas invraisemblable que même alors on ait regardé comme particulièrement saint un endroit déterminé, notamment une montagne. Le Sinaï (Horeb), situé dans le pays des Kénites, semble s'être trouvé dans ce cas pour plus d'une tribu. (Cf. Exode 82.12 et, pour les époques postérieures, I Rois 19 8.)
Pour l'époque des sacrifices, nous tâtonnons dans l'obscurité. Il n'est nulle part question d'un jour de repos hebdomadaire, moins vraisemblable chez des j)asteurs que chez des peuples agricoles. De même il n'est pas fait mention, dans la Genèse, de la fête de la néoménie. Mais comme cette fête, qui n'a d'ailleurs aucun rapport direct avec le Jahvisme, est regardée comme habituelle dès le temps de David (I Samuel 20 s), il est permis de supposer qu'elle remontait à une haute antiquité : elle avait pour la vie pastorale une importance évidente. Il semble aussi que la tonte des brebis ait été l'occasion d'une solennité religieuse spéciale ^ Sans doute elle fut l'une des origines de la fête de Passah, si étroitement rattachée dans la suite à V Exode. La fête de Passah proprement dite est très étroitement liée à la vie pastorale, comme la fête des Mazzoth à la vie agricole. En tout cas nous avons le droit d'admettre que la fête nommée dans V Exode 3 est une vieille coutume simplement renouvelée. Tombée en désuétude sous la domi nation égyptienne, c'est elle qu'on restaura d'abord, quand on voulut réveiller dans les tribus déchues une vie nouvelle. Il n'est nullement invraisemblable que c'est alors, comme le veut la tradition élohiste, que commença la lutte ^.
Nous arrivons enfin à la circoncision. Il est vraisemblable qu'elle remonte à l'époque prémosaïque, mais on ne peut le prouver que par des textes du Code sacerdotal. Son caractère sacramentel de signe de l'alliance est certainement d'origine tardive et sans doute exilique : mais ceci ne prouve rien contre l'ancienneté de la coutume en Israël. C'est une question de savoir si V Exode 4 2',-26 lui assigne une origine égyptienne. Le récit est trop sommaire pour qu'on en puisse tirer des conclusions bien étendues. C'est aussi le cas pour Josué 1.9 ^ : la phrase : (( J'ai roulé loin de vous l'opprobre d'Egypte », est susceptible de plus d'une interprétation*. En revanche la circoncision est considérée partout comme une condition préliminaire du Jahvisme. On sait qu'elle ne caractérise pas spécialement
1. Genèse 31 19; cf. I Samuel 25/*, II Samuel 13 23-2.4- H faut aussi tenir compte di' Exode 3 is, S 13, 8 -21-24.
2. Genèse 17 et 34- Pour l'analyse de Genèse 34, voir Kuenen, Tkeol. Tijdschr., XIV, p- 257 et suiv.
3. Dans Josué 5 3-7 et 5 2 les naots sub et senith ne jouent qu'un rôle rédactionnel. Sur la « Colline des prépuces », voir Stade, Z. Alt. W., 1886, p. 132 et suiv.
4. * Cf. Gunkel, Uebei' die Besclineidung in AUem Testament dans Archiv. f. Papyriisforschung, II, p. 13. Gunkel rejette avec raison la théorie de 'K&itzenstein {Zvjeireligionsgeschichtl. Fragen) sur l'origine égyptienne de la circoncision (I. L.)
LES ISRAELITES 201
Israël : elle était en usage chez les peuples apparentés aux Juifs comme aussi chez les Égyptiens, quoiqu'ici elle ne fût indispensable, au moins à Line époque postérieure, que pour les prêtres. Cf. Jéi^émie 9 2t-i9 (texte altéré). Parmi les peuples avec lesquels Israël entra en contact, les Philistins seuls sont désignés sous le nom d'incirconcis (II Samuel 1 20, etc.) : ils étaient de ce fait un objet de mépris. Il est à peine permis de douter qu'à l'origine la circoncision a été comme la sanctification des organes de la génération. Ce n'est pourtant pas une raison pour la mettre sur la même ligne que le sacrifice des cheveux ou certaines mutilations rituelles.il faut plutôt la considérer comme inaugurant l'âge de la puberté et effectuant la consécration en vue du mariage (Rob. Smith). Ce n'est que plus tard qu'elle prit pour Israël une signification plus haute.
§ 48. — JatLvé considéré comme Dieu libérateur et guerrier.
Jusqu'à quel point Israël garda-t-il en Egypte la croyance au Dieu de ses pères ? Pour le moins, il a dû en rester des souvenirs effacés que la parole de Moïse a pu ranimer. C'est cette croyance qui caractérise Israël, semblable extérieurement aux peuples de même race; c'est elle qui constitue son incontestable supériorité et l'a rendu apte à recevoir une forme religieuse plus élevée.
C'est ici que nous rencontrons la personnalité et l'œuvre de Moïse, de l'homme qui a eu une importance capitale, à tous les points de vue, pour la religion d'Israël. La grandeur de son rôle réside dans ce fait : en communication personnelle avec Dieu, il fit passer un souffle régénérateur sur le peuple qui dépérissait sous le joug égyptien. Sa formule fut le nom de Jahvé, Ce nom vient-il, comme on l'a dit plus haut, des Kénites? La chose est assez indifférente au point de vue religieux, sinon au point de vue historique. L'essentiel, c'est que ce nom ait été le point de départ et le point d'appui d'un grandiose mouvement religieux, d'où le peuple Israélite sortit animé d'une vie et d'une énergie nouvelles. Ce qui soutenait Moïse, c'était la certitude d'avoir derrière lui le Dieu vivant, et c'est parce qu'il était animé de cette foi qu'il entraîna le peuple. La lutte devint ainsi une lutte entre le dieu de Moïse et les dieux d'Egypte {Exode 12 12, Nombres 23 4), et l'affirmation de la personnalité d'Israël, à laquelle Moïse travaillait contre la volonté d'une partie du peuple, est dans toute la force du terme un acte religieux. Négliger ce point, c'est méconnaître l'importance de ce que la délivrance d'Egypte a été pour la religion d'Israël. Ce n'est pas le peuple Israélite qui choisit pour son Dieu le dieu des Kénites Jahu; c'est la renaissance de la croyance au Dieu des pères, au Dieu vivant qui s'est révélé à Moïse sous le nom de Jahvé, qui devient le ressort du développement national. Les membra disjectade la nation sont ramenés à l'unité par cette croyance. Le courage se mourait sous l'oppression de la misère sociale ; il renaît. On recommence à s'affirmer et à agir. Et lorsque la nature même semble servir les intérêts d'Israël, que de graves événements tournent à son
avantage et ^qu'enfin les flots de la mer Rouge dressent une barrière înfran-
chissable entre l'Egypte et lui, il n'y a plus pour Israël le moindre doute : le Dieu des pères, annoncé par Moïse sous un nouveau nom, a de nouveau pris fait et cause pour lui et a fait de lui un peuple, c'est-à-dire son peuple à lui. Il est le Tout-Puissant et le Très-Haut; il a précipité dans la mer chevaux et cavaliers [Exode i^ 21).
Ces origines ont imprimé son caractère particulier à toute la religion d'Israël. Si non seulement elle est dès le début intimement mêlée à l'histoire du peuple, parce qu'elle est née d'un acte créateur de Dieu; si elle est encore devenue le principal facteur du développernent de cette histoire, c'est à ses commencements qu'elle le doit, et ils ont déterminé aussi son caractère très spécial de religion de la délivrance.
Il faut considérer surtout la notion qu'Israël acquit de Dieu. Pour Israël, Jahvé est avant tout celui qui l'a fait sortir d'Egypte. L'expression qu'a trouvée cette croyance varie suivant les siècles. Il y a un abîme entre les idées du peuple et celles des grands prophètes, en particulier quand il s'agit des conséquences à tirer de la croyance commune. Mais le point de départ demeure le même et on en revient sans cesse à l'idée de la délivrance. C'est là pour Israël non seulement le soutien de sa foi et le fondement de sa confiance, mais encore la garantie de son salut futur.
Dans la première période, c'est la croyance à la puissance de Jahvé qui domine : le Jahvisme, impuissant d'abord contre les habitudes religieuses vulgaires, trouva dans cette croyance le principe vivant et actif qui devait entraîner le peuple dans des voies toujours nouvelles.
La nécessité primordiale était de vivre. Israël devait conserver la liberté conquise, s'organiser nationalement et chercher une demeure fixe. Il n'est pas invraisemblable que dès le début ce soit Ghanaan qu'il s'est assigné comme but et que ce soit malgré lui qu'il est resté plus d'une génération dans le désert ; en tout cas ce n'est pas ruiner cette hypothèse que de se contenter, comme Wellhausen, de répondre qu'elle est contraire à l'histoire.
On ne pouvait rien sans Jahvé. Il avait conduit le peuple à la liberté; c'est lui aussi qui constituait le lien national et c'est en son nom qu'il fallait tenter une organisation provisoire. Cette organisation aboutit- elle au Sinaï ou, comme le pense Wellhausen, à Kades? L'essentiel, c'est qu'elle fut entièrement subordonnée au nom de Jahvé. Ainsi étaient posés les fondements de l'institution de la Thora, monument unique en son genre, qui ne trouva un achèvement provisoire qu'après de longs siècles, dans le Pentateuque. Instituée par Moïse, elle a à juste titre conservé son nom.
Cependant il y avait quelque chose de plus important encore pour l'instant. C'est dans la détresse qu'on avait trouvé en Jahvé le sauveur ; c'est dans la détresse qu'on sentit de nouveau la nécessité de son secours. Jusqu'aux jours de David, l'existence d'Israël a été sans cesse remise en question, et les diverses tribus ont été obligées, sur un point ou l'autre, isolément ou en commun, de combattre pour l'existence. Les formes de leur piété furent déterminées en partie par là. Jahvé fut alors, avant tout, le Dieu de la guerre : on ne sentit jamais la présence de Dieu plus réelle
et plus proche qu'au milieu des tribulations de la guerre et dans le délire des champs de bataille. Ces guerres, qui souvent mirent en question l'existence du peuple — surtout au moment des luttes avec les Philistins, — ont été d'une extrême importance pour l'affermissement du Jahvisme. Plus, pendant ces guerres, Israël était obligé de se replier sur lui-même, et plus il devenait sûr de son Dieu. Jahvé se montra, dans ces combats, le Dieu vivant, qui était venu une fois en aide à son peuple et avait la volonté de lui venir en aide toujours. Il avait appelé Moïse; de même il suscitait des hommes puissants qui, animés de son esprit, se mettaient à la tête du peuple ou d'une partie du peuple. L'enthousiasme religieux et l'enthousiasme national ne faisaient qu'un. Les guerres étaient les guerres de Jahvé [Exode 17 le, iVomôres 21 u, I Samuel 18 n, 25 as); lui-même était le Dieu des armées d'Israël (I Samuel 17 45) qui, pour cette raison, sont aussi appelées ses armées [Ibid. 26-36) ; il était le général que les tribus venaient seconder sous la conduite des héros {Juges Sas); c'est en son honneur que retentissait le cri de guerre (( pour Jahvé et pour Gédéon )) [Juges 7 is) ; c'est lui qui dressait les plans de campagne [Juges 1 , I Samuel 14 37, 239etsuiv., etc.). Cet état d'esprit a trouvé son expression classique dans le Cantique de Débora, considéré assez généralement comme un des plus anciens écrits qui nous aient été conservés ^ Jahvé accourt de sa demeure méridionale pour se mettre à la tête des tribus alliées. En Chanaan, comme en Egypte, les forces de la nature sont à son service et il en dispose dans l'intérêt de son peuple ; du haut du ciel les étoiles combattent, et lorsqu'enfin les eaux du Kischon roulent les cadavres de ses ennemis et de ceux d'Israël, le chant de victoire éclate : « C'est ainsi que doivent périr tes ennemis, Jahvé, mais ceux qui t'aiment sont comme le lever du soleil dans sa magnificence )) [Juges 5 31) .
Le nom de Jahvé Çebaoth, d'après l'interprétation la plus probable, témoigne clairement de l'importance de ce côté de la notion qu'on se faisait de Dieu. Dans la Bible, et surtout dans les écrits prophétiques, il est fait de ce nom un usage fréquent pour désigner l'infinie grandeur du Dieu d'Israël : il est presque employé comme nom propre. C'est alors le nom de celui qui donne ses ordres aux « armées », ce mot étant tout à fait indéterminé. Pourtant il n'est pas nécessaire que telle ait été la signification primitive.
Les opinions varient sur l'origine de l'expression. On a soutenu récemment que ce nom a été créé par Amos et que ce n'est qu'ultérieurement qu'il a été interpolé dans les anciens récits des livres de Samuel et des Rois. Il désignerait alors le Dieu qui exerce la suprématie sur toutes les puissances de l'univers - ; d'après King ^, ce nom aurait été créé par antagonisme avec le culte de l'armée des étoiles né d'influences assyro-babyloniennes, et il
1. Seul H. Winckler, Gesch. Is7\, I, p. 34, regai'de ce cantique comme le produit d'une époque bien postérieure et croit qu'il est composé d'un hymne à Jahvé plein d'allusions mythologiques et d'un poème qui célébrait un combat des tribus du Nord.