‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 5 sur 142 · XII INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE

pour fructifier d'une élaboration philosophique dont ils n'ont pas encore été vraiment l'objet. L'explicationv qu'elle prétend doniier des faits religieux est insuffisante, parce qu'elle se borne à scruter leur origine et ne porte pas sur leur fonctionnement. La recherche même des origines pâtit de cestte préoccupation exclusive; car les institutions de même forme, qu'on est tenté de comparer entre elles, n'étant pas nécessairement des institutions de même fonction, peuvent n'avoir qu'une ressemblance fortuite et, par suite, les conclusions qu'on en tire risquent d'être erronées. Ce défaut est d'autant plus sensible que l'application de la méthode pèche en général par excès d'empirisme; on passe d'un fait particulier à un autre fait particulier donné comme plus primitif, mais il est rare qu'on remonte par analyse à ce que les faits contiennent de typique, d'essentiel et de permanent. On généralise par juxtaposition et l'on aime les preuves cumulatives, qui sont imparfaites. On suggère en somme plutôt qu'on ne démontre. — Nous sommes loin de vouloir déprécier cependant la valeur de tout ce travail. Quand nous ne devrions aux anthropologues que de connaître l'importance du totémisme, celle de l'animisme,- le système des initiations et des cultes agraires, l'application des lois de l'association des idées dans les rites religieux et magiques, leur apport serait déjà fort appréciable. Mais leur œuvre A'^aut encore plus par la masse des faits qu'ils ont réunis.

Les études anthropologiques ont suscité en France, depuis très peu de temps, un nouvel ordre de recherches, qui n'ont encore donné, comme il est naturel, que peu de résultats, mais qui s'éloignent assez de la méthode suivie par l'école mère pour qu'on puisse déjà les ranger sous une rubrique différente. Ces recherches relèvent de la sociologie autant que de la science des religions. Tout n'est pas neuf dans leur programme. Leur objet principal est de transformer en idée claire une idée qui circule indistinctement ailleurs, aussi bien chez les mythologues symbolistes que chez les anthropologues, à savoir celle de pojDidaire, idée obscure, mal délimitée, mais très féconde, qu'ont spécialement cultivée la Vôlkerpsychologie et la Volkskunde. Quand on parle de pensées, de croyances, de pratiques populaires, on a la notion de quelque chose de brumeux et d'incertain, de très insaisissable et de très vivant, qui pourrait être positivement connu bien qu'apparemment indéfinissable, qui déroute les règles admises de l'intelligible, qui ne s'explique pas comme les œuvres de

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la raison, ni même de l'imagination individuelle, et qu'on suppose cependant, implicitement, devoir être rationnel, malgré ses incohérences et ses absurdités. Cette idée de populaire n'est en somme qu'une forme encore un peu nébuleuse de l'idée de collectif, de social ou de sociologique qu'on tente de lui substituer.

Il s'agit en effet de traiter les faits religieux non plus simplement^ comme des faits humains, dont l'explication peut être fournie, en dernière analyse, par la psychologie, mais comme des faits sociaux, c'est-à-dire qui se produisent nécessairement dans des sociétés et où l'activité des individus est conditionnée par la vie en commun. Ce postulatum a conduit à leur appliquer une méthode de recherche et d'interprétation que M. Durkheim a définie et philosophiquement justifiée dans ses Règles de la méthode sociologique. Si l'on ne compte pas à son actif le cinquième volume du Cours de Philosophie positive d'Auguste Comte, qui est un prototype de l'œuvre sociologique, en matière de religion, mais dont elle ne dérive pas directement, cette école ne débute, ou plutôt ne prend conscience d'elle-même, qu'en 1897, avec le premier volume de V Année sociologique. Elle a donc trop peu fait encore pour tenir beaucoup de place dans une histoire des religions. Son œuvre, où la critique est plus longue que la théorie, mériterait tout au plus ici, dans un manuel, une mention d'attente, si elle ne correspondait à des préoccupations qui semblent être aujourd'hui générales en France. Elle représente en somme plus qu'elle n'est. Nous sommes, à vrai dire, peu portés à grossir l'importance de tout ce bourgeonnement de sociologie hâtive auquel nous assistons chez nous. Le mot de sociologie est un mot magique, qui a déjà fait trop de magiciens. Il vole de bouche en bouche et à chaque coup se vide de sens. C'est une sorte de « Sésame, ouvre-toi » qui sert à mille fins aussi diverses qu'obscures. Le mal est déjà si criant qu'il appelle une réaction en faveur de l'histoire positive et terre à terre, réaction que nous souhaitons vivement dans l'intérêt même de ces études. La véritable analyse sociologique est lente et malaisée; elle demande des enquêtes minutieuses et exactes ; elle ne peut être opérée avec fruit que sur des faits très bien connus et, comme ceux-ci sont rares, elle a tout à gagner à des recherches historiques originales, faites à dessein de nous renseigner sur les indices fugitifs des faits sociaux, qui sont, eux, très difficiles à observer, puisqu'ils se passent en bonne partie dans l'inconscient ou qu'ils se traduisent dans la conscience en des termes qui les dénaturent pour les rendre

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