‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 51 sur 142 · Voir l'histoire de la vigne de Naboth, I Rois · texte numérisé non relu

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librement accomplie par Jahvé; mais ils donnèrent un développement tout nouveau à cette idée, qui sous les influences chananéennes s'était déformée au point de devenir méconnaissable et n'évoquait plus que des rapports simplement formels entre Dieu et le peuple; mais, par là même, ils se mirent nettement en opposition avec les idées populaires.

Cette opposition se manifesta différemment suivant les individus. Pour, le moraliste Amos (dont le livre date de l'an 743 environ), Jahvé est avant tout celui qui maintient l'ordre légal et moral et veut qu'on le serve par la justice et la moralité sociale {çedaqa) (cf. Amos 5 24) ; pour Osée, le prophète de l'amour, que caractérise le mot hesed, Jahvé est celui qui aime son peuple et veut en être aimé (ses images sont tirées de la paternité et du mariage, qu'il oppose à la prostitution et à son commerce purement charnel). Ces idées d'Amos comme d'Osée étaient essentiellement contraires au culte désordonné qui se pratiquait; pour Amos, un pareil culte n'était qu'un outrage à la majesté morale de Jahvé, parce qu'il s'accompagnait d'un complet mépris des lois morales; Osée y voyait l'expression d'une hypocrisie qui, ne poursuivant que des buts sensibles, méconnaissait essentiellement Jahvé et l'avilissait, en le mettant sur la même ligne que les dieux naturalistes de Chanaan.

Voilà qui nous explique la lutte engagée contre l'image du taureau, que. nous rencontrons pour la première fois chez Osée. Elle n'a pas ses racines dans une interdiction formelle des images, telle qu'elle résulte du soi-disant deuxième commandement du Décalogue ^ ; c'est bien plutôt la conséquence de la nouvelle notion de Dieu qui s'était révélée au prophète {Osée 1 3). Pour lui, l'objet principal de la religion est la personne même de Jahvé, être spirituel, qui doit être aimé pour lui-même. Aucun sentiment pareil ne s'attachait à l'image du taureau, comme en général aux Baalim. Ceux-ci, bien que considérés par le peuple comme des formes locales de Jahvé et adaptés extérieurement au Jahvisme, représentaient précisément le contre-pied du vrai Jahvé. Celui qui prétendait dominer l'homme de très haut, était ravalé au-dessous de lui [Osée 13 2); celui qui voulait être adoré en esprit, était l'objet d'un culte matériel. Le Jahvé adoré dans l'image du taureau ne demandait qu'un culte; celui que prêchait Osée exigeait de son peuple un don complet de lui-même. Il fallait supprimer tout ce qui s'interposait entre Israël et lui, que ce fût la royauté, la civilisation, le culte, ou l'Etat même. Le Jahvisme ainsi compris devait s'opposer au culte naturaliste qu'Israël avait peu à peu emprunté aux Chananéens et qui trouvait son expression dans le nom de Baal, dont Osée ne voulait point pour Jahvé ; il devait être une religion purement spirituelle, qui, en principe, s'élevait au-dessus des barrières séparant les nations, tout en restant toujours en particulier celle d'Israël.

- 1. Exode 20 i-c- D'après la meilleure division du Décalogue, celle de la Synagogue, ces versets ne forment pas un commandement à part; ils constituent simplement l'explication de ce qui précède immédiatement : « Tu n'auras point d'autre Dieu a côté de moi. » Ceci est la deuxième « parole », tandis que : « Je suis Jahvé, ton Dieu, » etc« {Exode 20 2) est la première.

Jusqu'à quel point les règles Juridiques et morales que nous rencontrons chez Amos et Osée, sous une forme d'ailleurs très générale, étaientelles déjà fixées dans un code? La question n'est pas résolue. On ne saurait nier qu'elles concordent d'une manière étonnante avec de nombreuses prescriptions du Décalogue et le recueil appelé à tort « Livre de l'alliance » {Exode 21-23). Pourtant plusieurs savants voient dans ce dernier écrit un précipité de la prédication prophétique. Mais, si les prophètes du vni^ siècle ne se réclament pas à proprement parier de la Loi, ils ne présentent en aucune façon leurs prescriptions comme des innovations. L'institution, attribuée à Moïse, d'une Thora promulguée au nom de Jahvé, avait comme conséquence nécessaire, dans un État organisé, la rédaction des prescriptions de la Loi [Osée 812); mais nous ne savons pas si, et Jusqu'à quel point, cette Thora coïncide avec les codes anciens conservés dans le Pentateuque. On a pourtant le droit d'admettre que les principales idées morales du Décalogue remontent à une haute antiquité. Gomme l'a dit H. Schultz % le Décalogue exprime la pensée morale de la religion mosaïque d'une façon aussi concise que complète ; il correspond par suite à ce qu'Israël était accoutumé à regarder de toute antiquité comme la volonté de Jahvé. En revanche, il est impossible de trouver la moindre vraisemblance à l'hypothèse (soutenue pour la première fois par Goethe) d'après- laquelle V Exode 34 lo-ae contiendrait un Décalogue plus ancien, avec des prescriptions cultuelles plutôt que morales. On n'a pas prouvé davantage qu'il est impossible qu'un règlement moral, ait formé la base et le point de départ d'une religion spécifiquement nationale ^.

En insistant sur le caractère moral de Jahvé, on fit entrer la notion de Dieu dans les voies d'un monothéisme absolu ; en même temps, la formule : «Jahvé est le Dieu d'Israël, Israël, le peuple de Jahvé », gagna en signification et en contenu. La justice est partout identique. Etant dieu de la Justice, Jahvé règne donc aussi en dehors d'Israël. Il a fait d'Israël son peuple, qui devait répondre dans une mesure spéciale à ses exigences morales, mais il n'a point contracté avec lui d'alliance particulière (cf. Amos 97). Le peuple concevait les rapports entre Jahvé et Israël comme des rapports nécessaires qui impliquaient de la part de Jahvé l'obligation du secours et de la part du peuple l'obligation du culte; chez les prophètes domina l'idée de l'assujettissement moral à la volonté de Dieu, volonté essentiellement morale. Lès rapports entre Jahvé et son peuple reposent ainsi en principe sur des conditions éthiques. Si le peuple n'agit point conformément à la volonté de Jahvé, son privilège même lui devient funeste, et Israël ressent doublement les terribles rigueurs de la Justice divine [Amos 3 2) ; Jahvé est avant tout le Dieu de la Justice qui sacrifie même son peuple, quand la Justice l'exige.

Il n'était pas douteux, pour les prophètes, que le Jour de la Justice était

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