Wellhausen, Israelitische und Jûdische Geschichte, p
LES ISRAELITES 22i
nique », que nous rencontrons sans préparation aucune chez Amos, a ici, chez Isaïe, une base. Le « reste qui reviendra » constituera un noyau à part dans la grande masse et ne périra point, même sous l'oppression assyrienne; mais, quand la puissance d'Assur se sera brisée contre lui, il formera, sous le gouvernement d'un vrai descendant de David, un nouveau peuple, qui répondra à toutes les exigences de Jahvé {Isaïe 11 g). Isaïe dessine alors l'image du roi de l'avenir, élément essentiel de sa construction. On n'a pas le droit d'attribuer avec Hackmann ^ à une époque plus récente cette image qui, d'après lui, ferait partie des prophéties absolues, dont on ne saurait fixer historiquement la date.
§ 52. — Le Jahvisme élimine les éléments païens; le jug"em.ent»
Au point de vue politique, Isaïe fut certainement un des hommes les plus influents de son temps. Wellhausen ^ dit avec raison que l'histoire de son activité se confond avec l'histoire de Juda à cette époque. Ses efforts ont-ils eu un résultat aussi considérable au point de vue moral, social et cultuel (cf. en particulier, outre II Rois 18 4, zôic?. asqui, il est vrai, est suspect)? C'est là une autre question. En tout cas, il s'assura une très grande influence, en réussissant à rassembler autour de lui une société d'hommes [Isaïe 8 le-is) chez lesquels sa parole poussa de profondes racines et qui, répondant jusqu'à un certain point au « reste qui reviendra » de sa prédication, devinrent les porteurs et les gardiens de la notion de Dieu qu'il enseignait. Pendant le siècle qui précéda l'exil, l'action du groupe, issu de lui, que l'on a appelé « le parti prophétique », constitua, à tous égards, l'élément le plus important de l'histoire Israélite.
Les relations plus étroites avec le monde assyro-babylonien avaient eu pour conséquence, dès le temps d'Achaz, un grand afflux d'éléments orientaux qui influencèrent la civilisation de Juda et en particulier son culte. Isaïe et ses partisans élevèrent contre cette pénétration de véhémentes protestations. Néanmoins, sous le règne de Manassé, le torrent étranger coula à pleins bords. Si d'une part ce fait fut naturellement suivi d'un enrichissement de la pensée Israélite, même, s'il est permis de le dire, au point de vue théologique, et d'un raffinement de la vie qui se fît sentir également dans le culte, il en résulta aussi un véritable paganisme. Le culte sporadique voué à Moloch, depuis Achaz, se répandit partout. Les sacrifices d'enfants qui en faisaient partie furent même introduits dans le Jahvisme et y furent considérés comme la manifestation d'une dévotion plus haute. De même les cultes assyro-babyloniens du Soleil, de la Lune et des Étoiles groupés sous le nom d' « armée du ciel » envahirent le pays, au point de conquérir une place officielle