L'autorité des Védas
Il faut tout d'abord remarquer que pendant des siècles les Védas se sont transmis oralement et non par écrit. La parole qu'ils portent est un principe cosmique, c'est la force qui supporte- et produit tout, c'est quelque chose de divin et d'éternel. Cette doctrine a traversé dans la spéculation indienne plusieurs phases, dont nous allons indiquer les principales.
Déjà dans les chants du Rigveda on en trouve les premiers indices. Sans doute, l'idée qui domine est que ces chants ont été composés par des poètes. Ces poètes reconnaissent même leurs fautes ejt leurs faiblesses. Mais, en même temps, l'apothéose des vieux Rishis est en jgleiii développement; on les identifie avec les Pitris, et même avec les dieux (surtout avec Agni). On les représentait comme doués d'une pénétration divine; c'étaient les compagnons de table des dieux; par leurs chants et leurs formules ils donnent le jour h Ushàs; c'est leur sacrifice qui procure au soleil son éclat. La puissance des chants égale celle du sacrifice, dont ils constituaient primitivement une partie. Une théorie de l'origine des trois Védas, qui ne se trouve encore que dans le Purushasûkta, les fait procéder du sacrifice de l'homme originel.
' Dans*^% reste de la littérature védique, et dans la littérature postvédique, cette théorie est abondamment développée. Ainsi il est dit dans le Çatapatha Brâhmana que Prajâpati, le sacrifice, qui au début existait seul, fit sortir de lui-même par sa dévotion les trois, mondes (terre, air et ciel); puis provinrent Agni, Vâyu, Sûrya; puis les trois Védas; puis les trois paroles sacrées (ôAw, bhuvas, svqi\ qui désignent les trois mondes); cependant les trois Védas ont été créés en vue du sacrifice, dont ils sont la condition nécessaire. Be ce' passage et d'autres passages analogues ressortent avec évidence l'origine divine et la^signification cosmique des Védas; les mondes sont compris dans les trois Védas et reposent sur eux, les Védas sont ainsi à la fois l'essence et la base du monde. Les trois Védas sont compris dans les trois lettres delà syllabe ôm [aum], et dans la Gayatrî (trois strophes à Savitrz, Mgveda, III, 62) formule que l'on considérait comme la « mère des Védas « et sur laquelle on enseignait toutes sortes de choses fantastiques. De mêrne la pensée que les Védas, en même temps qu'infinis eux-mêmes, sont aussi les sources de toutes choses, et que d'eux procèdent toutes les'propriétés, est exprimée fréquemment.
il est à peine nécessaire de faire ressortir qu'on attribuait à la connaissance du triple Véda une valeur incomparable. L'étude du Véda fait partie dès cinq devoirs quotidiens, qui sont :'les dons aux animaux (spécialement l'entretien des oiseaux), lés dons aux hommes (l'hospitalité, y compris le don d'un verre d'eau), aux ancêtres, aux dieux (y compris le présent d'un fagot), enfin l'étude des Védas. Celui qui la praticjue fait par