‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 64 sur 142 · Correction des traducteurs · texte numérisé non relu

Correction des traducteurs

dans trois superbes palais, entouré des plus belles jeunes filles, dans le luxe et la joie, parce que son père voulait l'attacher au monde. Son épouse était la belle Yaçodharâ (qui s'appelait aussi Gopâ); il l'avait obtenue, suivant l'usage des chevaliers, en des tournois où il avait montré son universelle supériorité. Elle lui donna un fils, Râhula.

6. Quand les dieux virent que le temps était venu pour le prince d'abandonner le monde, ils firent qu'il rencontrât, se promenant en char, les quatre signes qui devaient éveiller en lui le sentiment de sa destination : un vieillard ployé par lage, un malade, un cadavre, enfin un moine. A ce moment le dieu Indra sentit que la place dont le futur Bouddha devait l'expulser devenait chaude. De nouveaux événements amenèrent le prince à la résolution d'abandonner sa demeure et le monde. Une jeune fille, Kisâ Gobamî, prise de passion à la vue du prince, célébra par un chant la félicité du père, de la mère, de l'épouse d'un homme si parfait; mais à cette occasion le prince pensa que la vraie et durable félicité ne pouvait s'obtenir que par l'extinction des désirs (nirvana), de la folie et de l'inquiétude du cœur. Une autre fois, comme des danseuses avaient déployé devant lui tous leurs voluptueux attraits, il vit à la fin de la fête ces jeunes filles endormies, et fut envahi par le dégoût en remarquant que leurs charmes avait disparu et qu'elles étaient devenues laides; le monde lui apparut comme une maison en proie aux flammes, et il voulut s'en échapper le plus vite possible. Il jette un dernier regard sur sa femme et son enfant, et, sur son coursier Kanthaka, accompagné de son fidèle serviteur Channa, il quitte la ville, au milieu de l'été. Il renvoie bientôt cheval et serviteur. Le tentateur Mâra cherche vainement à le détourner de son dessein. Un ange lui apporte les huit objets nécessaires à un moine mendiant : trois pièces d'étoffe comme vêtement, une sébile, un couteau, une aiguille, une ceinture, un crible.

7. Le Bodhisatva traverse en mendiant Râjagriha, capitale de l'Etat de Magadha; le roi Bimbisâra obtient de lui la promesse de venir prêcher d'abord à cette cour, quand il aura atteint la dignité de Bouddha. Il se rend auprès du maître Alâra Kâlâma, mais s'aperçoit bientôt que la sagesse enseignée par cette sorte de maîtres ne le conduit pas à son but. Alors il recourt au renoncement; il se soumet à l'ascétisme le plus violent et à la méditation la plus profonde à Uruvilva, en compagnie de cinq autres pénitents. Au bout de six ans, ses forces étant presque épuisées, il reconnaît que ces exercices, eux non plus, ne mènent pas au but, et il prend une meilleure nourriture; alors les cinq pénitents le regardent comme un hérétique et le méprisent. Mais le jour est arrivé où le prince doit obtenir la dignité de Bouddha; des présages significatifs l'accompagnent; un jour il reçoit un plat d'or des mains d'une jeune fille appelée Sujâtâ. Le Bodhisatva retourne, accompagné des dieux et des génies, dans la forêt, comme lors de sa naissance, et il s'assied sous un arbre, à l'endroit où il doit parvenir à l'intuition suprême.

8. Quand Mâra, le méchant, vit que le seigneur s'était assis sous l'arbre, il rassembla une armée innombrable de mauvais esprits pour l'en écarter,

et évoqua pour l'anéantir toutes les horreurs de la nature. Mais comme le Bodhisatva voyait en même temps les dix perfections, il resta inébranlable. Les trois filles de Mâra, passion, inquiétude et volupté (ou plus exactement désir, souci et plaisir), n'eurent pas sur lui plus de prise. Enfin, quand le méchant se fût convaincu qu'il ne pouvait l'empêcher de devenir Bouddha, il l'invita à entrer tout de suite dans le nirvana sans répandre sa doctrine; mais le Bodhisatva le repoussa encore. Les dieux et les génies célébrèrent sa victoire sur le tentateur.

9. Le Bodhisatva obtint la connaissance parfaite, qui fit de lui le Bouddha, par une triple intuition qui eut lieu en trois veilles successives. 11 passa en revue toutes les existences antérieures, tout le présent et la chaîne des causes. C'est alors qu'il prononça les paroles devenues célèbres, où il expliquait qu'après mainte existence et mainte renaissance douloureuse, il avait enfin connu l'architecte de la demeure, mais que celui-ci ne bâtirait plus, le nirvana étant atteinte Le Bouddha resta encore sept semaines sous l'arbre do la bodhi ou dans son voisinage. Puis il reçut quelque nourriture de deux marchands qui passaient, et qui furent ses premiers disciples. Il hésitait d'abord à répandre la vérité à laquelle il était parvenu avec tant de peine, mais les dieux suprêmes vinrent humblement le supplier de ne pas abandonner le monde à sa perte, et il promit de se manifester, comme Bouddha et de révéler les vérités.

10. Au milieu de l'été le Bouddha tint sa première prédication, à Bénarès. Aux cinq ascètes dont il avait quitté la voie et qui le regardaient encore avec méfiance, il prêcha la vraie voie, à égale distance de la vie du désir et de l'ascétisme inutile. Le groupe de ses premiers disciples comprit, outre ces cinq ascètes, Yaças, riche jeune homme de Bénarès, et les trois frères Kâçyapa, célèbres brahmanes qui avaient rassemblé autour d'eux à Uruvilva des milliers. d'élèves. Le roi Bimbisâra lui aussi reçut avec une grande joie la visite du Bouddha et adopta sa doctrine. Il faut nommer encore les deux brahmanes Sâriputra et Maudgalyâyana, le barbier Upâli, Ananda, qui ne se guérit qu'avec peine de l'amour terrestre, le riche Anâthapindika de Çrâvasti, dans le jardin duquel la tradition fait tenir à Bouddha une grande partie de ses discours, et qui bâtit pour le maître, dans son parc Jetavana, le premier cloître bouddhique. Dans une visite à la ville de ses pères, Kapilavastu, le maître révéla à ses proches sa dignité, et plusieurs personnes de sa famille adoptèrent sa doctrine. A Çrâvasti vivait une riche dame appelée Visâkhâ, qui se signala particulièrement par ses bienfaits envers Bouddha et les moines qui le prenaient pour maître. Le célèbre médecin Jîvaka, d& Râjagriha, dont les cures merveilleuses sont souvent rappelées, est également connu comme un fidèle de Bouddha. C'est lui qui prédit dès l'abord les suites graves de la résolution prise par le Bouddha d'admettre les

1- Ces paroles se trouvent clans le Dhammapada, 153-lo4. On en trouvera des traductions divergentes dans Spence Hardy, Manual, 2° éd., 1880, p. 185. Ces stances rappellent la doctrine du Sânkhya, suivant laquelle la Prakriti, vue par le purusha,. se replie sur elle-même et cesse d'avoir aucune puissance.

femmes à la vie religieuse en qualité de nonnes. (Le Bouddha s'y était décidé sur les prières de sa tante Gotamî, qui l'avait soigné dans sa jeunesse après la mort prématurée de sa mère.) — Le Bouddha ne rencontra pas toujours respect et soumission, il trouva aussi des adversaires et des ennemis. C'est ainsi qu'il dut lutter de sortilèges avec six Tîrthika, ou faux docteurs, parmi lesquels se trouvait Jnatrputra le Nirgrantha (le prédicateur du jaïnisme). Il y eut aussi des moines qui lui résistèrent. L'âme de la résistance était toujours le cousin du Bouddha, Devadatta, qui, sous prétexte d'établir une règle ascétique plus stricte, fomenta un schisme dans l'ordre monastique et causa toute espèce de maux : c'est lui qui affola le prince héritier du Magadha, Ajâtasatru, et l'amena à tuer son père Bimbisâra.

11. Dans les derniers mois de sa vie, à l'âge de quatre-vingts ans, le Bouddha résuma une dernière fois son enseignement,, et donna à ses disciples, particulièrement à Ananda, ses indications et exhortations suprêmes. Il résista à la tentation, envoyée par le méchant, d'entrer dans le nirvana avant d'avoir publié ces dernières instructions. EnjQn il put disparaître tranquille, étant convaincu que la vérité subsisterait en ses disciples et ne dépendait pas de sa présence. Il mourut à Kusinârâ pour avoir trop mangé d'un rôti de porc que lui avait apprêté le forgeron Cunda. Auparavant il avait déclaré qu'il voulait être enterré comme un grand roi. Dans ses dernières instructions, il avait montré à ses disciples une fois encore la corruption à laquelle toutes les choses sont soumises, et les avait exhortés à être infatigables dans leur effort spirituel. Ayant franchi tous les degrés de la méditation, il entra dans le nirvana.

12. Les Mallas de Kusinârâ se chargèrent de rendre les honneurs funèbres à son cadavre. Il fut brûlé en grande pompe et on recueillit ses restes, que bientôt les homrnes et même les rois se disputèrent. Ces reliques furent divisées, et en plusieurs endroits on éleva des chapelles pour les y conserver.

La légende de Bouddha repose sur une conception théorique préalable : c'est que la venue du Bouddha n'est pas dans l'histoire un fait singulier et contingent, mais simplement une des innombrables apparitions de Bouddhas qui se produisent et doivent se produire au cours des âges. Le nom de Bouddha, qui signifie « illuminé » (cf. bodhi, connaissance intuitive), n'est donc pas un nom propre; il désigne la dignité de l'être accompli qui vient au monde pour révéler les vérités, fonder un ordre monastique destiné à les répandre, et libérer ainsi les hommes, pour un certain temps, de la métempsychose perpétuelle, autrement dit leur assurer le nirvana. Son action ne vaut que pour un certain temps, car plus ou moins rapidement ses institutions déclineront, la voie du salut sera oubliée et l'apparition d'un nouveau Bouddha deviendra nécessaire. Il y a aussi de nombreux Bouddhas dont plusieurs peuvent vivre à la même époque et qui diffèrent moins des hommes ordinaires. Ce sont ceux qu'on appelle en pâli Pacceka- Bouddhas (Bouddhas particuliers ou privés). Ils possèdent la perfection en ce sens que par leurs propres forces ils ont

atteint le nirvana. Mais ils ne peuvent sauver qu'eux-mêmes et non les autres; ils n'ont pas le deg-ré de perfection nécessaire pour montrer la voie à leurs semblables. C'est ce que peut seul accomplir le Sammâsambuddha {mot palï), bouddha parfait. 11 est infiniment difficile d'arriver à cette dignité; il y faut un développement du caractère qui ne s'obtient que par le passage, plein d'efforts et de sacrifices, à travers un nombre infini d'existences, et une supériorité d'esprit tout à fait exceptionnelle. Celui à qui cette perfection est donnée n'est cependant encore par là même qu'un Bodhisatva, un futur Bouddha. Un Bodhisatva doit remplir trois conditions. Il faut qu'il ait souhaité, au cours d'innombrables existences, de devenir un Bouddha; il faut qu'il ait depuis exprimé son désir et sa résolution inébranlable ; enfin il faut qu'il soit l'objet d'une prédiction qui le désigne comme futur Bouddha. La forme de cette nomination est d'une importance sur laquelle les textes insistent particulièrement. Le Bodhisatva doit rencontrer un Bouddha vivant et lui offrir un présent; le Bouddha reçoit le don en souriant, puis annonce à son pieux donateur sa future dignité. Il est également nécessaire que dans ses existences antérieures le Bodhisatva ait exercé les dix (( vertus parfaites )) (j)chx(mitâs; dans certaines listes elles se réduisent à six), savoir : la bienfaisance, la chasteté, le renoncement, la prudence, l'énergie, la patience, l'amour de la vérité, la fermeté dans les desseins, l'amabilité, l'égalité d'humeur. Les Jâtakas attribuent au dernier Bouddha plus de cinq cents existences antérieures. Le Bodhisatva s'y présente généralement comme solitaire, roi, dieu Sylvain, docteur, mais il prend aussi toutes les autres formes possibles, de noble ou de marchand, de lion, d'aigle ou d'éléphant, même de lièvre ou de grenouille; il n'est pas assujetti à renaître, ni sur terre ni dans les enfers, sous forme de femme, de vermine, etc. Les textes racontent avec émotion les traits incroyables de générosité et de sacrifice qui signalèrent le Bodhisatva pendant ces vies antérieures : pour se rendre digne de devenir Bouddha il renonce à toute chose, il donne sa chair en pâture aux animaux sauvages, il laisse ses propres enfants traîner dans la misère (trait que rapporte l'intéressant Jâtaka du fils de roi Vessantara). Il faut remarquer la différence qu'établit la doctrine entre les caractères du Bodhisatva et ceux du Bouddha. Les pratiques vertueuses par lesquelles le Bodhisatva se signale ne sont plus nécessaires au Bouddha; le Bouddha, s'est élevé au-dessus de ce degré inférieur. La bodhi suprême, par laquelle s'atteint le nirvana, s'oppose à ces actes méritoires à peu près comme pour les brahmanes la « voie de la connaissance )) s'oppose à la « voie des œuvres », qui lui est inférieure. Ce rapport, qui s'exprime par la distinction théorique du Bodhisatva et du Bouddha, se retrouve également en morale : l'exercice delà vertu cesse d'être utile quand on atteint la perfection supérieure.

Avant le Bouddha présent sont déjà venus vingt-quatre Bouddhas ; il est le quatrième de l'ère [kalpa] actuelle, et il aura pour successeur Maitreya, qui est pour le moment Bodhisatva. Il n'est pas de période absolument privée de révélation, car tous les Bouddhas enseignent une doctrine iden-

tique. Dans la suite du développement du bouddhisme, le culte des futurs Bouddhas, qui demeurent au ciel à l'état de Bodhisatvas, prend une plus grande importance. On les invoque absolument comme des dieux, en particulier Manjuçri et Avalokiteçvara, qui représentent l'un la sagesse, et l'autre la puissance.

Oldenberg est le premier qui ait fait remarquer que le Bouddha, comme personne et comme article de foi, soit si peu dans le bouddhisme le point central, le fait absolument essentiel. Dans les quatre vérités capitales il n'est pas question du Bouddha. Il n'est pas noii plus à proprement parler le rédempteur, mais seulement le prédicateur dé ^^ vérité qui sauve; il n'est pas indispensable à la communauté qu'il fonde. Mais, cependant, il ne faut pas oublier que dans la formule ;d'invocation où sont nommés les trois trésors du bouddhisme {buddha^ dharma, samgha), le Bouddha occupe la première place, et que beaucoup de textes bouddhiques célèbrent la bénédiction qui s'attache à ;^la méditation sur le Bouddha, à l'acte de prononcer son nom, et même au don d'une poignée de riz, quand il est fait au nom du Bouddha.

§ 82. — La doctrine bouddhique.

Dans le célèbre sermon de Bénarès, par lequel le Bouddha convertit ses premiers disciples, les cinq moines qui l'avaient regardé avec niépris quand il s'était détaché de l'ascétisme, il a exprimé d'une façon brève et précise les idées fondamentales de sa doctrine. « Ouvrez les oreilles, moines : la rédemption de la mort est découverte! Je vais vous instruire, je prêche la doctrine. Si vous allez suivant l'enseignement, vous connaîtrez dès cette vie la vérité, et vous la contemplerez face à face... 11 y a deux termes, ô moines, dont doit rester éloigné celui qui veut mener une vie spirituelle. Que sont ces deux termes? l'un, c'est la vie dans les plaisirs, livrée à la volupté et à la jouissance; elle est basse, sans noblesse, contraire à l'esprit, indigne, vaine. L'autre, c'est la vie de mortification; elle est triste, indigne, vaine. De ces deux termes, ô moines, le parfait se tient éloigné ; il a distingué la voie intermédiaire, celle qui ouvre l'œil et qui ouvre l'esprit, et qui conduit au repos, à la connaissance, à l'illumination, au nirvana. C'est cette route sainte, à huit divisions, qui s'appelle croyance droite, résolution droite, parole droite, acte droit, vue droite, effort droit, pensée droite, méditation droite. Tel est, ô moines, le chemin intermédiaire que le parfait a distingué, qui conduit au repos, à la connaissance, à l'illumination, au nirvana. — Voici, ô moines, la vérité sainte sur la souffrance : la naissance est souffrance, l'âge est souffrance, la maladie est souffrance, être uni avec ceux qu'on n'aime pas est souffrance, être séparé de ce qu'on aime est souffrance ; ne pas obtenir ce qu'on souhaite est souffrance; en un mot, le quadruple attachement aux choses terrestres est souffrance. — Voici, ô moines, la vérité sainte sur la caicse de la souffrance : cette cause, c'est la soif d'être, qui conduit de renaissance en

renaissance; c'est le désir qui trouve son plaisir çà et là ; c'est la soif des plaisirs, la soif du devenir, la soif de la puissance. — Voici, ô moines, la vérité sainte sur lo. suppression de la''J~6uffrance \ c'est la suppression du besoin par l'anéantissement complet du désir, c'est de le faire partir, de s'en débarrasser, de s'en délivrer, de ne lui pas laisser de place en soi. — Voici, ô moines, la vérité sainte sut le chemin de la suppression de la souffrance; c'est la route sainte à huit divisions qui s'appelle ; croyance droite, résolution droite, parole droite, acte droit, vie droite, effort droit, pensée droite, méditation droite. — moines, depuis que j'ai atteint la connaissance de ces quatre vérités saintes, depuis ce moment je sais que dans ce monde comme dans les mondes divins, comme dans le monde de Mâra et de Brahma, entre tous les êtres, ascètes et brahmanes, dieux et hommes, j'occupe la dignité de Bouddha suprême. Je l'ai reconnu, je l'ai vu; la rédemption de mon esprit est définitive; cette vie est pour moi la dernière; il n'y aura plus pour moi de nouvelles naissances \ »

C'est autour de ces quatre vérités saintes que s'organise toute la doctrine du Bouddha. Il a lui-même fait comprendre pd.r une comparaison qu'il ne voulait rien enseigner d'autre. Comme les feuilles que le Sublime, assis dahs le bois de Sinsâpas, a prises entre les mains, sont bien moins nombreuses que les autres feuilles du bois ; de même ce qu'il a découvert et n'a pas révélé est bien plus que ce qu'il a révélé. C'est que toute cette science est sans profit, n'excite pas à vivre selon la" sainteté, ne conduit pas à l'abandon des choses terrestres, à la paix, à l'illumination, au nirvana ; voilà pourquoi le Sublime ne l'a pas révélée, mais a prêché seulement les vérités sur la souffrance. Il a voulu la seule chose qui soit nécessaire, la rédemption qui arrache l'être à la souffrance. « De même que la vaste mer est pénétrée d'un seul goût, le goût du sel, de même cette doctrine et cette règle sont pénétrées d'un seul goût, le goût du salut. »

Les vérités que le Bouddha n'a pas dites à ses disciples sont évidemment ses vues sur les problèmes métaphysiques qui occupaient à son époque tous les esprits cultivés, sur le devenir et Têtre, sur la nature des choses, sur l'origine et la fin du monde, etc. 11 ne voulait pas exprimer ces vues, parce qu'il les trouvait indifférentes au salut. Il était d'ailleurs inutile qu'il les exposât à ses disciples pour une autre raison encore : c'est qu'ils n'avaient pas de peine à déduire des brèves formules de sa doctrine l'ensemble et le sens général de sa pensée. Mais ce qui pour les Indiens pouvait se dire en quatre mots demeurerait pour nous une série d'énigmes si nous ne pouvions connaître la conception du monde qui réside comme postulat tacite à la base de la doctrine. En sa qualité d'Indien, le Bouddha est pénétré des idées traditionnelles sur la nature du monde telles que nous les trouvons dans les livres brahmaniques ; cependant il s'écarte de ses contemporains d'une façon très considérable. Nous pouvons nous représenter, dans une certaine mesure, sa philosophie à l'aide des livres métaphysiques qui font partie du canon [Abidharmà). Ces

Page 1