III, 279; IX, 371; XIX
de Hadès ; Orion chasse; Tityos, Tantale, Sisyphe subissent. les tortures que l'on sait; Héraclès parle enfin à Ulysse de son propre voyage aux enfers. Il convient 'de distinguer ici trois groupes : Minos et Orion continuent aux enfers leurs occupations terrestres; Tityos, Tantale et Sisyphe sont punis de leurs grands crimes ; nous avons ici le commencement de la descrij)tion d'un enfer. Héraclès forme à lui seul le troisième groupe : il n'habite pas l'empire des morts, il se réjouit de la vie heureuse qu'il mène parmi les dieux, son image seule représente dans les enfers le héros qui parmi ses travaux compte l'enlèvement de Cerbère et qui a forcé la demeure inviolable. Nous ne nous occupons pas de savoir si tout le passage [Od., XI, 366-631) est une interpolation orphique, cornme on l'a soutenu^; en tout cas ces conceptions appartiennent à un autre cercle d'idées que celles que nous avons trouvées dans les passages précédents.
§ 107. — Hésiode ^
A côté du nom d'Homère se place celui d'Hésiode. Nous laisserons encore de côté les questions de critique relatives à la composition de ses poèmes. Il nous suffît de résumer les « Travaux et les. Jours » (epya xai Tifxspat) et la Théogonie. Un autre poème, le « Bouclier d'Héraclès », est encore attribué à Hésiode, mais il ne présente que peu d'intérêt pour nous. Il faut regretter la perte des Éœes, où se trouvaient énumérés les mythes des amours des dieux avec des femmes mortelles, et les fils sortis de ces unions pour fonder des familles célèbres.
Les (( Travaux et les Jours » ne nous transportent pas dans un monde de dieux et de héros, mais au milieu de la vie personnelle du poète. Hésiode, né à Ascra en Béotie, avait été lésé dans un procès par son frère Perses et opprimé par des grands injustes. Il adresse donc aussi bien à son frère qu'à ces personnages des remontrances qui maintes fois sont conçues en forme de paraboles. Deux mythes s'y sont introduits, qui étaient peut-être étrangers au plan primitif de l'ouvrage et qui n'ont, en tout cas, avec lui qu'un rapport assez lointain. Le premier est l'histoire de Prométhée et de Pandore. Prométhée avait donné à l'humanité le feu bienfaisant, qu'il avait dérobé Iv xoQw vàpÔTixi, dans une tige creuse de férule; de son côté, Zeus donne à l'humanité un présent funeste : la femme aux charmas tentateurs. Prométhée conseillait de se méfier de ce présent du dieu, mais Épiméthée recueillit Pandore, qui ouvrit aussitôt un vase d'où tous les maux se répandirent sur la terre ; l'espérance seule resta et fut ainsi conservée pour les hommes. La Théogonie rapporte le même mythe, mais sous une forme un peu différente. Le vase de Pandore est absent; mais l'influence fatale de la femme sur l'humanité est encore
1- U. von Wilamowitz-Mœllendorf a soutenu cette opinion dans un travail intéressant : Homerische Untersuchungen, 1884.
2. Bibliographie. — L'ouvrage de G.-F. Schoemann, Opuscula Academica II, Mythologica et Hesiodea, 1857, contient une série d'études intéressantes.
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plus fortement marquée. La dispute entre Zeus et Prométhée est placée à Mékoné où le Titan avait trompé le dieu dans le sacrifice; il avait fait deux parts : la première de la chair, la deuxième des os recouverts avec la graisse. Zeus avait choisi la seconde part, à dessein, ajoute un commentaire peut-être postérieur, et était entré dans une violente colère contre Prométhée *.
Le deuxième mythe des « Travaux et les Jours » est celui des cinq âges du monde. Pendant l'âge d'or les hommes vivaient gouvernés par Kronos sans soucis et sans peine, ils étaient semblables aux dieux; après une vie heureuse ils s'endormaient plutôt qu'ils ne mouraient; après leur mort ils devenaient les démons, qui surveillent les hommes pour le compte de Zeus, qui distribuent la richesse, accordent des bénédictions aux gens vertueux. C'est la première fois dans la littérature grecque qu'on fait des démons un groupe d'êtres particuliers. Après l'âge d'or, les Olympiens créèrent l'âge d'argent. Les hommes vécurent cent ans comme des enfants, heureux, mais sans jugement; puis leur arrogance (u'Ppiç) les fit se tourner les uns contre les autres, ils n'honorèrent plus les dieux, et Zeus les fit disparaître. Eux aussi sont devenus de bienheureux habitants du monde souterrain et on leur rend des honneurs, moins grands cependant qu'aux démons de la génération précédente. Puis vint l'âge de cuivre : les hommes devinrent terribles et belliqueux, se nourrirent de la chair des animaux, s'entre- détruisirent et descendirent finalement aux enfers, sans gloire. La quatrième génération fut celle des héros, des fils de dieux qui se couvrirent de gloire à Thèbes et à Troie. Tls mouraient vite; mais Zeus les a placés dans les Iles Fortunées situées fort loin, là où coule le fleuve Océaiiv Dans ces îles les champs et les vergers leur fournissent trois récoltes par an, ils y mènent une vie délicieuse. Cette génération elle aussi ne vit donc plus sur terre : le poète appartient à la cinquième génération, celle de l'âge de fer. Les j)eines et les soucis sont le lot de tous les hommes, et les dieux envoient sans cesse de nouvelles misères aux mortels. Sans doute en ces temps désastreux il reste encore quelques biens mêlés à nos maux, mais l'avenir est toujours plus sombre, le jour viendra où tous les liens se déchireront et où le couple divin, A!Swç et Néfi-satç, abandonnera la terre pour toujours. Il est clair que le quatrième âge du monde n'entrait pas dans le plan primitif, mais est surajouté.
Ces deux mythes sont remarquables à plusieurs points de vue. Ils ne sont pas sans importance pour l'étude comparative des mythes, mais ce qui frappe c'est la leçon qu'ils renferment et pour laquelle le poète les raconte. Hésiode a fait de ces mythes des allégories morales et leur a fait exprimer sa conception pessimiste de la vie. Des maux innombrables environnent les hommes, on observe dans l'univers un progrès constant vers le mal. La vie ne sourit pas à ce poète, il n'y trouve que peine et travail ; la vertu, qui nous est imposée comme un devoir, est
d. G. M. Francken, Prometheus imd Pandora, 1864, compare soigneusement les différentes formes de ce mythe. Jane Harrison, Pandoras box dans Journal of Hellenic Siudies, 1900 (Pandore déesse de la terre et des morts)
difficile. Sans doute il existe une loi morale dans l'univers, dont la plupart des hommes se soucient peu, et l'œil de Zeus nous suit partout.
Un sentiment grave mais dur se montre aussi dans les autres parties de l'ouvrage. Ce poème est une sorte d'almanach rustique contenant des conseils pour l'agriculture et la navigation. Les paysans et les marins sont en général ceux qui sentent le plus qu'ils sont dans la main des dieux. Hésiode rappelle donc au marin qu'il doit adorer Zeus et Poséidon, et au laboureur qui cultive son champ qu'il ne doit pas oublier d'adresser sa prière à Zeus chthonien et à Déméter. Le poète ne se lasse pas de donner des conseils, il se fait l'organe de la sagesse populaire acquise par l'expérience, et insiste sur l'idée qu'on doit se garder d'enfreindre les moindres prescriptions du culte. Ce poème fournit donc de précieux renseignements aussi bien sur les mœurs que sur la morale populaire. Hésiode connaît et enseigne les époques favorables au labourage et à la navigation. Il met en garde contre des négligences de toutes sortes : qu'on ne sacrifie pas aux dieux sans s'être lavé les mains, qu'on ne se coupe pas les ongles pendant le sacrifice, etc. Sa morale est un peu mesquine et purement utilitaire. Elle prescrit de rester en bons termes avec ses voisins, de ne pas mettre tout son avoir sur une seule barque, de prêter dans l'espoir d'être récompensé, mais aussi d'être pitoyable. Ce qu'il y a de plus clair dans cette morale, c'est l'estime du travail, et le respect des lois divines. Hésiode nous donne donc ce qui manque tout à fait chez Homère, un aperçu, superficiel il est vrai, des conceptions morales et des coutumes populaires.
Passons à la Théogonie qui commence aussi, comme « les Travaux et les Jours, » par une invocation aux Muses, dont le sanctuaire de l'Hélicon avait peut-être fourni au poète ces traditions religieuses. Ce poème n'est pas non plus d'une seule venue. Disons d'abord quelques mots du système pour attirer ensuite l'attention sur les mythes pris isolément. La Théogonie d'Hésiode est en même temps une cosmogonie, ses dieux sont les forces premières de l'univers, des puissances naturelles créées en même temps que le monde. Il ne place pas comme Homère au début des choses le vieil Océan; mais quatre êtres primordiaux: le Chaos, Gaia, le Tartare, Eros. Parmi eux Gaia seule est traitée tout à fait en principe cosmogonique. Le Chaos, l'espace vide, produit une foule d'êtres : Brebos, Nyx, Thanatos, Bypnos, les songes, les Keres, Eris^ etc. Homère rattache la plupart de ces êtres à Zeus : Zeus inspire les songes, Zeus envoie Aie; chez Hésiode, ils forment une classe à part. Eros est encore plus isolé parmi les quatre êtres primitifs ; Hésiode ne lui donne pas de postérité et ne s'en occupe plus après l'avoir nommé. On est donc forcé de chercher autre part à quoi se rattache cette conception, peut-être au culte d'Eros à Thespis de Béotie, non loin d'Ascra, ou à d'autres cosmogonies. Mais la question principale à laquelle on ne répondra probablement pas est celle de savoir si Hésiode a désigné sous le nom d'Eros une puissance spirituelle ou simplement la force animale de la génération.
Gaia est la divinité principale de la Théogonie. Elle seule a produit
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Ouranos, les montagnes et Pontos. Une grande quantité d'êtres sont sortis de ses unions avec le Tartaros, avec Pontos et avec Ouranos. Gaia et Tartaros produisent Typhée, le monstre, qui est anéanti par Zeus. Pontos la rend mère de Thaumas, Phorkys, Kèto et Eurybia qui donnent naissance à toute une série de monstres : les Harpies, les Gorgones, les Chimères, le Sphinx, Cerbère, etc. Toutes ces généalogies restent cependant un peu obscures : les descendants d' Ouranos et de Gaia forment la lignée principale. Leur famille est celle des Titans, parmi lesquels nous ne nommerons que Eronos, SeivÔTaroç TtatScov, et Bhéa, dont les enfants sont Hestia, Déméter, Héra, Hadès, Poséidon et Zeus. Zeus n'est donc pas le plus âgé, mais le plus jeune des fils de Kronos. La victoire de Zeus sur les Titans forme le principal incident de la Théogonie. On voyait souvent autrefois dans cette lutte un morceau d'histoire du culte; une religion de Kronos, précédée elle-même d'une religion d'Ouranos, aurait existé avant celle de Zeus. Cette opinion est abandonnée presque partout depuis Buttmann et Welcker. L'idée de Welcker, que le dieu principal est toujours plus ancien que sa généalogie, peut être vraie, sans qu'il s'ensuive que Kronos n'est qu'une abstraction tirée de Kronion, nom de Zeus. Kronos était sûrement un ancien dieu, mais seule la généalogie systématique a inventé sa relation avec Zeus. La Titanomachie n'est pas plus un morceau de vieille histoire du culte que le mythe des âges du monde n'est un souvenir des peuples disparus, comme G. -F. Hermann et Preller lui-même l'ont cru. Mais ce mythe contient sans doute ce qui est à peine indiqué chez Homère, l'opposition entre les anciens dieux et les nouveaux : les premiers incarnant les forces brutales de la nature et les seconds l'harmonie spirituelle. L'ancienne race des Titans ne peut pas être mise entièrement de côté, car elle représente, elle aussi, les principes éternels sur lesquels reposent le monde et le rythme des temps. Voilà pourquoi Zeus s'unit à des épouses titianiques, Thémis et Mnémosyne, qui lui enfantent les Heures, les Moirai et les Muses. Zeus n'a même pas pu remporter seul la victoire sur les Titans : il a triomphé grâce à la force gigantesque de Briarée aux cent bras. Les Titans ont donc été précipités dans le Tartare, mais un nouvel adversaire, Typhée, se dresse contre Zeus ; il est vaincu à son tour. On a voulu trouver dans ces luttes la représentation mythique des phénomènes naturels : tremblements de terre et éruptions volcaniques. Une seule chose est claire, c'est que les êtres terrestres sont toujours subjugués par la puissance céleste. Hésiode ne connaît pas cette répétition de la Titanomachie qu'est la Gigantomachie ; mais l'art plastique a souvent représenté les géants vaincus par Héraclès, par Athénée ou par Apollon. Cependant Hésiode nomme les Géants et les déclare sortis de la semence d'Ouranos. La Théogonie contient encore plusieurs mythes intéressants, tels que le mythe d'Ouranos mutilé par Kronos et d'Aphrodite née du phallus tombé dans la mer, le mythe du Styx, dont les eaux sont redoutables aux dieux mêmes qui violent leurs serments, etc. Les différentes parties de l'ouvrage ne s'accordent pas toujours entre elles. On le voit clairement dans l'épisode où Hécate est célébrée comme la divinité la plus puissante,
exerçant un pouvoir sans bornes sur le sort des humains : c'est là une conception empruntée à une religion locale, mais tout à fait isolée dans la Théogonie.
§ 108. — Les dieux ^
Les théogonies grecques contiennent une série de noms, Ouranos, Gaia, Kronos, jRhéa, etc., dont il est difficile de préciser la signification. D'Ouranos nous n'avons pas de représentation claire ; nous savons toutefois que c'est le ciel et qu'il n'a aucun rapport avec le Varuna hindou; on peut du reste se demander s'il a jamais été l'objet d'un culte véritable. Mais nous savons que Gaia, la déesse de la terre, que la spéculation théogonique lui a donnée comme épouse, a été une déesse véritablement adorée. Elle reçoit un culte dans des sanctuaires importants comme Dodone et Olympie où elle est associée à Zeus chthonien, à Delphes, à Sparte et en Béotie où elle est associée à Apollon. Le célèbre oracle de Delphes était précisément à l'épocjue primitive un sanctuaire de Gê unie au dieu serpent. Python ; elle donnait des rêves prophétiques à ceux qui venaient la consulter. Même quand Apollon eut tué Python (c'est-à-dire l'eut supplanté) et fut devenu le véritable dieu de la divination, le sanctuaire de la déesse subsista. A. Lang a appliqué hardiment la méthode comparative à l'étude du cycle de Kronos ^. Il montre que les primitifs représentent à l'origine une union fécondante du ciel et delà terre. Les êtres sont les produits de cette union; dès qu'ils grandissent ils veulent séparer leurs parents pour mettre fin à la fécondation. Il y a généralement un enfant dénaturé qui ose agir; dans la mythologie grecque, c'est Kronos, le plus jeune fils d'Ouranos et de Gaia, qui accomplit la séparation en mutilant son père. L'autre mythe de Kronos dévorant sa progéniture, et la ruse vengeresse du plus jeune enfant, sont des thèmes mythiques également très fréquents.
On sait que Kronos acquit une certaine dignité philosophique en vertu de la ressemblance de son nom avec le mot x,P°'»'°'^5 temps; il est certain cependant qu'il ne doit pas la place qu'il occupe dans le généalogie à ce contresens populaire. Il est devenu le père de Zeus, ou bien parce que le culte de Zeus refoula le sien, ou bien parce que Zeus Kronion comprenait en lui-même la conception de Kronos (celui qui achève? comme l'expliquent
1. *I1 s'agit ici en quelque sorte de la « langue commune « de la mythologie grecque. On trouvera à peu près tout ce qu'on peut dire en ce moment des mythologies locales, autrement dit de la localisation des dieux et des héros, des mythes et des légendes dans Gruppe, Gi^iechische Mythologie und Religionsgeschichte. Dans la première partie de son livre, dont le plan est géographique, il groupe, autour des sanctuaires locaux, les divers personnages mythiques qui figurent dans leur culte et les mythes qui concernent ce culte. La précision de ce classement est peut-être encore plus apparente que réelle. Dans la deuxième partie il étudie les cycles mythiques, (cosmogonies, cycle d'Hercule, cycle de Thèbes, des Argonautes, de Thésée, de la guerre de Troie, cycles de mythes et de légendes panhelléniques) mais en se préoccupant surtout de distinguer les inspirations et les œuvres locales dont ils sont issus. (H. H.)
•2. Custom and Myth, p. 45.
Usener et d'autres savants). Les sommets : des montagnes où l'on adorait Zeus s'appelaient souvent aussi monts de Kronos. Usener, M. Mayer\ L. R. Farnell s'accordent à penser que Kronos était l'objet d'un culte réel et ancien. Les Ioniens l'adoraient aussi bien que les Doriens, mais l'origine de son culte reste plongée dans l'obscurité. On lui offrait des sacrifices pour obtenir de bonnes récoltes et on lui rendait grâces après la moisson. A Athènes on célébrait des Kronia\ c'était une fête très Joyeuse pendant laquelle les esclaves étaient émancipés temporairement. Rhéa, probablement une divinité Cretoise locale que l'on a considérée avec Cybèle comme la terre mère et que l'on a fait venir aussi d'Asie Mineure, n'est pas la seule déesse qui ait été élevée au rang de mère de Zeus; dans d'autres théologies, Zeus est un enfant de Gaia. On nomme Rhéa en dehors de son union avec Kronos; c'est la systématisation généalogique seule qui paraît avoir réuni ces deux divinités. C'est un thème fréquent que celui de la fuite de la mère des dieux enceinte, qui met au monde en fuyant et est obligée de cacher son enfant. Nous le retrouvons dans le mythe de Léto. Rhéa est placée plus tard avec Kronos dans le monde souterrain; ils y régnent sur les Titans. Les parents de la famille officielle des dieux, et les ennemis des Olympiens ont eu le même sort : le sort des dieux déposés est d'être envoyé aux enfers. Les Titans sont d'anciens dieux qui ont perdu dans la chute leur puissance sur la nature. C'est ainsi que dans d'autres mythologies les ennemis des dieux, les Asuras aux Indes et les Daêvas en Perse, sont des dieux vaincus transformés en démons.
Nous trouvons aussi parmi les dieux de très anciennes divinités dont la
théologie systématique a fait des frères et sœurs aînés de Zeus et de Héra.
Il va de soi que Hestia, la déesse du foyer, jouissait déjà aux temps les
plus reculés d'un culte particulier chez les peuples établis en Grèce. Le
culte d'Hestia est un culte familial ; son importance tient au prix attaché
par toute l'antiquité grecque à la vie domestique. On salue le feu dans
l'atrium dès qu'on pénètre dans la maison ; le feu qui s'éteint marque la
mort de la famille. Le sanctuaire central de l'État était également un
sanctuaire d'Hestia; quand une colonie partait elle emportait un brandon
du Prytanée et un homme venu de la métropole était souvent chargé dans
le pays nouveau d'entretenir ce feu sur le foyer national. Hestia n'est
devenue qu'assez tard une déesse personnifiée; chez Homère encore, on
peut à peine la distinguer du foyer lui-même. Mais, dans Hésiode et dans
les Hymnes, nous la voyons représentée comme la fille aînée, éternellement
.vierge, de Kronos et de Rhéa ; elle siège sur l'Olympe, elle reste au milieu
des dieux; jamais elle n'abandonne son siège, et sa place est marquée à
l'entrée ou au milieu de la salle où se réunissent les dieux. Comme déesse
du bonheur domestique, on invoque Hestia en même temps qu'Hermès qui
la complète. On ne peut pas toucher aux offrandes qui lui sont consçicrées;
au début et à la fin de tous les sacrifices, elle reçoit une part en sa qualité
de déesse du feu.