‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 83 sur 142 · Dans le Lexique de Roscher · texte numérisé non relu

Dans le Lexique de Roscher

LES GREGS ol9

Le feu naturel, les forces volcaniques avaient déjà leur dieu à une époque très reculée. Héphaistos était d'abord, comme l'a récemment montré V. Wilamowitz, un dieu local de 4'île de Lemnos où se trouvait un volcan très actif; ce culte était peut-être très ancien. Ce n'est que plus tard que Héphaistos devint d'une façon générale le dieu du feu et des forgerons, par les poèmes homériques en particulier. Le forgeron boiteux qui s'y trouve représenté comme un personnage à moitié comique est une figure qui revient souvent dans les légendes indo-germaniques. On peut voir sans doute un contraste allégorique entre la laideur et la beauté dans l'union d'Héphaistos et d'Aphrodite, à moins qu'elle ne repose sur une alliance accidentelle des deux cultes. Quant à l'épisode connu du rival d'Héphaistos, Ares, c'est une historiette gaillarde, qui nous montre comment les-poètes homériques plaisantaient avec les dieux. Du reste Héphaistos est un personnage adroit et rusé comme l'est toujours le forgeron dans le mythe. Le siège d'or auquel il attache Héra est l'un de ses nombreux tours ; le mythe permet au fils des dieux de remonter à l'Olympe, d'où il avait été chassé. En dehors de Lemnos, il ne reste de traces de son culte qu'en peu d'endroits, surtout en Attique il était adoré ou en même temps qu'Athéné. On explique son mariage avec Charis comme l'union du labeur avec la beauté; le rapport étroit qu'il a avec Dionysos s'explique peut-être par l'aptitude des terrains volcaniques à la culture de la vigne.

Prométhée fait pendant à Héphaistos ; mais c'est une figure plus noble ; c'est aussi un dieu du feu, habile et rusé. Le feu que représente Prométhée n'est pas cependant le feu naturel, celui qu'envoie le ciel, mais le feu du foyer, arraché au ciel ou produit par l'industrie humaine. C'est pour cela que plus tard la poésie fera de Prométhée le représentant de l'indépendance humaine. Mais, chez Hésiode, il est encore par excellence le personnage malicieux, dont l'adresse est dangereuse et qui en fin de compte a fait aux hommes plus de mal que de bien. Dans la tragédie ce côté douteux de son caractère disparaît derrière ce qu'il a de fier et de noble. Mais Eschyle s'est ici tenu tout à fait à l'écart de la tradition mythologique. La fête de Prométhée, les Prometheia, comprenait une course aux flambeaux : le père passait son flambeau à son fils. La course aux flambeaux était un rite général du culte d'Héphaistos *.

A côté d'Hestia se tient une autre sœur aînée de Zeus, la vieille déesse de la terre, Déméter, « la terre nourricière )), sans aucun doute une des plus anciennes divinités de la Grèce. Son culte et son mythe nous reportent à un monde primitif, en tout cas, aux premiers essais de l'agriculture. Du reste elle s'est peu élevée au-dessus des anciens dieux chthoniens, auxquels elle est unie par des liens nombreux. De ces divinités, la plus voisine d'elle est la « vierge » Korè. Toutes deux sont en effet des divinités chthoniennes et de la végétation, et c'est pourquoi les cultes qu'on leur rend sont semblables. On considérait Korè, qui égaie la terre tous les ans de son tapis de plantes, comme une fille de la terre nourricière. De ces idées est sorti le drame du

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