‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 90 sur 142 · Hérodote, II · texte numérisé non relu

Hérodote, II

placée en face de l'entrée dans la partie occidentale de l'édifice. Les chapelles des héros {heroa) n'avaient pas leur entrée tournée vers l'est, mais vers l'ouest, le monde souterrain s'ouvrant de ce côté. On peut partager les temples en temples destinés au culte où se dressait l'image sacrée (ayaAfxa), où se gardaient les ustensiles et s'accomplissaient les actes du culte, et en temples d'initiés (telesteria) , comme celui d'Eleusis. K. Bôtticher a distingué une autre classe spéciale, celle des temples agonis tiques, dans lesquels on conservait les accessoires nécessaires aux processions solennelles et où l'on distribuait les prix des luttes : c'est ainsi que le Parthénon était destiné aux Panathénées, le temple de Zeus à Olympie aux jeux Olympiques. Dans les temples de la première classe, on ne plaçait sur les tables d'offrandes que les offrandes non sanglantes; les sacrifices sanglants, de même que les grandes réunions et les processions avaient lieu en dehors du temple, la plupart du temps dans l'enceinte sacrée. Dans cette enceinte s'élevaient souvent encore une foule de sanctuaires et d'autels; c'est là et dans le temple lui-même qu'on conservait les objets consacrés aux dieux, les reliques et les offrandes (àvaÔT^fxara) des rois, des cités, des artistes, des particuliers : vaisselle [et meubles variés, vêtements, chevelures coupées, objets précieux, objets d'art ou butin. Le temple de Delphes avait acquis d'immenses trésors. Il y avait encore la masse des reliques, miraculeuses ou simplement vénérables. Ici l'on possédait un omoplate de Pélops, là l'ancre des Argonautes ou la galère de Thésée, ailleurs un autel construit avec les cendres des animaux brûlés en sacrifice; Héraklès en avait élevé un, paraît-il, avec leur sang figé. On conçoit que ces particularités aient donné lieu à des légendes spéciales; chaque district et chaque localité avait une prédilection pour les siennes ; on les racontait volontiers; sous l'empire romain, Pausanias put encore les recueillir.

Les prêtres étaient honorés, mais sans grande influence. Ils ne formaient pas une caste fermée; on trouvait, il est vrai, çà et là, des familles sacerdotales, mais elles n'avaient aucun lien entre elles. Les prêtres n'avaient pas davantage le droit exclusif d'accomplir les ïepa ; le père de famille, le chef du clan, le général, nombre de magistrats, comme rapx.a>v paaiXeuç à Athènes et les rois à Sparte, offraient des sacrifices et surveillaient les choses de la religion. Enfin les prêtres ne se chargeaient ni d'enseigner la religion ni de veiller sur les âmes. Leur compétence se bornait au seul sanctuaire auquel ils étaient attachés. On n'était pas prêtre tout court, mais prêtre de Poséidon Érechthée, d'Apollon Patroos, de Zeus Boulaios et d'Athéna Boulaia à Athènes. L'importance du prêtre grandissait avec celle de son sanctuaire ; c'est ainsi que les prêtres de Delphes purent exercer une véritable influence. Mais nous ne connaissons guère que le clergé d'Athènes*.

Les prêtres étaient sous la protection des divinités qu'ils servaient; quelquefois ils les représentaient absolument. Gomme signes de leur

• Intéressante est la monographie de J. Martha, Les sacerdoces athéniens, 1882.

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dignité ils portaient en général des bandelettes et une couronne. Les oracles ordonnaient de respecter les prêtres ^ ; dans les assemblées et au théâtre les prêtres avaient un droit de préséance, la proedria. Ce sont les inscriptions des 59 sièges réservés aux prêtres athéniens dans le théâtre de Dionysos qui nous fournissent le catalogue hiérarchique des sacerdoces pour l'époque impériale; il est facile de distinguer les anciens sacerdoces des nouveaux : vient d'abord l'hiérophante de Déméter, puis le prêtre de Zeus Olympien, etc. Les fonctions, les devoirs et les droits des prêtres, bien que différant avec les sanctuaires, étaient cependant au fond les mêmes à peu près partout. Ils avaient à accomplir les cérémonies du culte selon la tradition, la règle du temple, et en vue de l'intérêt public. Les prêtres étaient des fonctionnaires de l'Etat et soumis comme tels aux lois et aux décisions des hauts magistrats, auxquels ils étaient comptables de leur charge. Une loi pouvait menacer de la malédiction des prêtres ceux qui s'allieraient aux Perses. Les fonctions sacrées étaient souvent étroitement unies à des fonctions mantiques, mais elles consistaient surtout à parer et nourrir l'image qui était l'objet du culte, à faire les sacrifices (c'était le principal), à avoir soin du sanctuaire. Souvent les prêtres résidaient dans le temple et vivaient de l'autel.

Il y avait des sacerdoces à vie et héréditaires : c'était le cas dans les cultes devenus cultes d'État après avoir été ceux d'une famille, ainsi les descendants de Boutes étaient chargés à Athènes du culte d'Athéna Polias et de Poséidon Erechthée, les Eumolpides à Eleusis de celui de Déméter. D'autres prêtres, élus ou tirés au sort, étaient nommés pour un an ou plus. Certains sacerdoces s'achetaient. Les noms des prêtres différaient suivant les cultes et les fonctions. Le terme commun était kpsuç; le prêtre de Zeus à Syracuse s'appelait Amphipolos, les prêtresses des Euménides se nommaient Leteirai^ celles de Déméter souvent Melissai, à Sparte celles des épouses des Dioscures, Leukippides. Les noms des hieropoioi, hierothytai, eokoroi, phaidyntai, exegetai, kerykes répondent à leurs fonctions spéciales. Il y avait en plus un grand nombre de serviteurs divers : trapezophoroi, purphoroi, chanteurs, musiciens et esclaves du temple {hierodouloi). Les dieux avaient ordinairement des prêtres, les déesses des prêtresses ; Athéna était servie à Tégéepar des jeunes garçons, Poséidon, dans l'île de Calaurie,par des jeunes filles. Pour être prêtre il fallait en général être citoyen, d'une parfaite honorabilité, sans tares corporelles. Les règles de pureté variaient. Plusieurs sacerdoces exigeaient la chasteté, en général temporaire; d'autres avaient des interdictions spéciales, relatives aux vêtements et à la nourriture, mais cela était exceptionnel; les prêtres n'étaient pas assujettis en général à des prescriptions minutieuses.

Le rituel n'a pas fourni comme dans l'Inde matière à commentaires et à spéculations philosophiques. On s'y conformait sans beaucoup y songer, on y attachait juste assez d'importance pour ne pas l'oublier. Nous pouvons voir quel rôle il jouait dans la vie par les allusions de la

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