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Voir, entre autres textes, Tite Live, VUI

2. Servius (in Mn., II, 141) : singulis aclibus proprios deos prœesse.

inventé le mol Sondergôiler pour désigner cette multitude d'êtres qui, puissances divines spéciales à l'origine, se développaient en notions génériques. Ambrosch voit dans les noms qu'emploient les formules de prières la désignation des facultés ou des fonctions divines auxquelles on faisait appel en des cas déterminés : nous savons par exemple que Jupiter était invoqué (indigilatus) par les Saliens en qualité de Lucetius, Faunus en tant que Jnnuus et Fatuus, Mais le rapport des indigitations aux dieux plus personnels ne peut être établi que dans un petit nombre de cas; et de plus la personnalité de ces dieux italiens était trop faible pour se conserver dans le partage entre des fonctions si multiples. Ces fonctions ont dès l'origine été indépendantes ; Usener a bien expliqué le processus psychologique et linguistique qui leur a donné naissance.

De ces séries de dieux, un petit nombre seulement nous ont été conservés par Varron; ce sont ceux qui présidaient au développement embryonnaire, les divinités delà naissance, celles qui protégeaient la mère et l'enfant, celles qui veillaient au premier développement de l'enfant, celles de sa croissance, celles du mariage, celles qui aidaient l'homme dans les différentes circonstances de la vie : Educa et Potina apprenaient à l'enfaiit à boire et à manger, Cuba le gardait dans son lit, Ossipago lui fortifiait les os, Carna la chair, Statanus lui enseignait à se tenir debout, Abeona et Adeona à marcher, Fabulinus^ Farinus et Locutius à parler. Le garçon étant devenu un peu plus âgé, Terduca le conduisait à l'école et Domiduca le ramenait à la maison; MenSy CatiuSy Consus^ Sentia le rendaient capable de comprendre; Voleta et Stimula lui donnaient la volonté; Prœstana, Pollentia, Peragenor, Strenia lui donnaient la force d'exécuter; et ainsi de suite à l'infini. En dehors de cette série d'esprits, il en existait beaucoup d'autres. Toutes les parties delà maison avaient leurs divinités : Forculus gardait les portes, Limentinus les seuils et Cardea les gonds. Il va de soi que dans l'agriculture aussi on honorait beaucoup d'êtres du même genre. Les actes des frères Arvales nomment douze dieux qui veillaient sur les divers moments de la moisson et qu'on invoquait dans le culte rendu dans les bois à Dea Dia. Les Romains pratiquaient surtout l'agriculture; mais l'élevage du bétail et les autres travaux des champs avaient aussi leurs protecteurs. Ainsi Bubona prenait soin des troupeaux de bœufs, Epona des chevaux. Pales des moutons; les patres adoraient Flora et StïuawMs ; les jardiniers Puta et Pomona, les marchands Mercurius. Nous citons au hasard, sans prétendre choisir les plus importants. Il faut joindre à ces dieux d'autres divinités qui semblent plus personnelles, comme Saturnus, nommé à la fois dans la série des dieux de la conception et dans celle des dieux agrestes. Ces dieux sQnt dans toute la force du terme des dii certi^ que d'ailleurs les indigitamenta les appellent ainsi, ou que cette désignation ait été créée par Varron. Ce sont les indigetes, les anciens dieux du pays, que l'on honorait non seulement par des prières, mais aussi par des sacrifices et auxquels on élevait des autels, des sacella, plus tard des statues. Les noms sous lesquels on les « indigilait » devaient désigner uniquement leurs fonctions; leurs noms

véritables devaient rester secrets *. Le succès de Tacte religieux dépendait à tel point d'une « indigitation » impeccable que, lorsqu'on avait fini d'énumérer toute une série de dieux, par crainte d'avoir oublié un nom, on ajoutait pour terminer une formule générale telle que quisquis es, ou sive quo alio nomine fas est appellare, ou sive deo, sive deœ^ ou d'autres encore du même genre.

Nous ne pouvons établir une délimitation bien tranchée entre les divinités qui veillaient sur les différents moments de la vie et les abstractions d'un caractère plus général. Elles ont les unes et les autres à peu près la même origine psychologique. Des êtres, comme Strenia, Métis, d'autres encore, appartenaient aux deux groupes à la fois. Mais il est nécessaire d'insister sur cette habitude de spiritualiser la vie et le monde, qui a conduit les Romains à créer toutes ces abstractions. Ce trait, l'un des plus anciens dans la religion romaine, se manifeste même dans ses phases les plus récentes, alors qu'on considérait comme des êtres en soi la Clémence ou la Providence des empereurs divinisés. Les vertus particulières, la liberté, le bonheur, la paix, n'étaient pas seulement des personnes suivant la religion romaine; c'étaient littéralement des dieux, auxquels s'adressait un culte. Il y a des temples, des images, des autels pour des êtres conmae Pax, Fides, Victoria, Spes, Libertas, Bonus Eventus, Virtus, Concordia, Pudicitia, Pietas. De tous ces êtres, le plus important était Fortuna^, Elle avait plusieurs temples à Rome et dans les environs, et plusieurs cultes. Ses deux sanctuaires les plus anciens doivent avoir été fondés par Servius Tullius : l'un, sur la rive droite du Tibre, où se célébrait le 24 juin une fête joyeuse à laquelle prenaient part surtout les gens du petit peuple et les esclaves; Tautre sur le forum boarium, où elle était représentée par une image voilée, à laquelle se rattachaient toutes sortes de légendes. Du reste on l'adorait sous différents noms : comme Fortuna publica (ou Fortuna populi Romani), Fortuna muliebris, en souvenir de la retraite de Coriolan obtenue par les femmes romaines, Fortuna equestris^ comme Fortuna barbâta, celle à laquelle les jeunes gens vouaient leur première barbe, etc. Ces diverses Fortunes, déesses du bonheur, du hasard heureux, sont une création typique de la pensée religieuse des Romains. Au contraire, ils étaient étrangers à l'idée d'un destin inflexible et supérieur aux dieux, bien que cette conception semble être le principe du culte de la Fortuna primigenia de Préneste que l'on considérait comme la mère de Jupiter et de Junon.

Si la vie et le monde étaient dans tous leurs éléments soumis à des influences spirituelles, la mort et le monde inférieur avaient aussi dans la religion des représentants, à vrai dire peu nombreux; d'ailleurs les Romains n'ont pas construit spontanément leur conception du royaume des morts, et les idées qu'ils en ont dérivent pour la plus grande partie

1. Jure pontificum cautum est, ne suis noininibus dii Rotiuuii appettarenlw, ne ejraugurari possint (Servius, m ^n., II, 351). — Indigetes dii quorum nomina vutgari non licet (Paulus Diaconus).

2. Plutarque (IIïpl xf^ç Twfjiaîtov Tu-/^;) donne sur ce point des aperçus intéressants. L'article Fortuna, dans le Lexicon de Roscher, montre l'importance de la littérature relative & ce sujet et la multiplicité d'aspects de ce culte.

des idées grecques. La principale figure était celle d'Orcus, dieu du monde souterrain, identique à Bis pater (quoique Preller soit d'une opinion opposée). Il enlevait les vivants de force et les conduisait dans son sombre empire. On n'a pas la preuve que le nom d'Orcws s'appliquât parfois à cet empire lui-même. Orcus comptait au nombre des principaux dieux du culte; Varron le compte parmi les dii selecti.

Les autres dii infen étaient les âmes des morts, que Ton appelait les bons (par euphémisme'; cf. xpiq^^foi), les Manes^ ou encore les silencieux (Silenles). Le culte des âmes et des ancêtres, des Dii Mânes (D, M. sur les inscriptions funéraires), était d'une haute antiquité chez les Romains. Le culte des héros, au contraire, n'était pas d'origine romaine, et dans la mesure où il s'établit, il venait des Grecs.

Le cadavre était conduit avec pompe au tombeau ou au lieu de sépulture; les ancêtres, représentés par des figurants qui portaient leurs masques et leurs insignes, faisaient partie de la procession. Le dixième jour avaient lieu un banquet et un sacrifice [sacrificium novemdiale^ feriœ denicales). Aux parents décédés, il était d'usage d'apporter plusieurs fois par an des offrandes que l'on consacrait sur leurs tombes. C'était le cas pendant les dies parentales (du 13 au 21 février; le dernier jour, 21 février, s'appelait Feralia). Ces jours faisaient partie des fêtes publiques; ils étaient suivis de la fête familiale de la Carislia (22 février). Mais on croyait aussi à l'existence d'esprits oubliés, restés hostiles à l'homme, de revenants malveillants ; on les appelait Lémures et aussi Larvœ, et dans les nuits des 9, 11 et 13 mai (Lemuria) les chefs de famille les chassaient de leurs maisons en leur jetant des fèves noires.

Nous trouvons souvent employé le mot Genius pour désigner des êtres spirituels; tantôt il est au singulier, comme nom d'un dieu particulier (Varron range Genius parmi les vingt dieux principaux) ; tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, il est au pluriel et désigne toute une classe de divinités'.Le génie d'un individu était son esprit protecteur ; on le considérait aussi comme un principe d'existence et de production ; aussi le lit nuptial était-il particulièrement sous la garde des génies. Mais il y avait des génies des lieux et des objets. Ils avaient pour symbole le serpent; cependant on finit par donner à leurs images la forme humaine. De même que chaque homme avait son génie, chaque femme avait sa Juno; Junon était ainsi le génie féminin. Non seulement les individus et les lieux, mais les familles, les villes, les peuples avaient leurs génies. Le culte d'un Genius populi Romani n'est signalé qu'à l'époque de la seconde guerre

1. Sunt auiem noxiœ et dicuntur xatà àvKçpaaiv (Serv., m ^n., III, 63).

2. Textes les plus importants: saint Augustin, Civ, D., VII, 13 et 23; Paul Diacre, p. 94 (on trouve dans ce passage deux étymologies, dont l'une, propre à Tauteur, est certainement erronée : Genium appetlabant deum qui vim obtineret rei*um omnium gercndarum^ et l'autre, qui est exacte, est Fœuvre d'un certain Aufuslius : Genius est deorum plius et parem hominum, ex quo homines gignuntur); Servius, m Georg.y I, 302 (Genium dicebant antiqui naturalem deum uniuscujusque loci vel rei vel hominis); Censorin., de Die nat., c. 3; Aramian. Marc, XXI, 14. VoirNegrioli, Dei Genii pressa Romani, 1901.

punique. A l'époque impériale le culte des génies, et en particulier du génie de l'empereur, prit un grand essor. Les dieux eux-mêmes avaient leurs génies et leurs Junons ; il existait des temples consacrés Jovi lÂbero aut Jovis GeniOy etc. — Le terme de Semones, autre désignation d'êtres divins, est également tout à fait primitif, comme l'attestent le nom de Semo Sancus (équivalent à Dius Fidius) et sa présence dans le chant des Arvales. On ne peut retrouver avec certitude le sens de ce mot, mais il est permis de supposer que Semones se rattache à semen, serere : ainsi les Semones seraient équivalents aux génies. Vraisemblablement d'ailleurs ces deux expressions ne se rapportent pas à des classes spéciales de divinités : ce sont plutôt des désignations générales pour tous les êtres spirituels ou divins. Mais à coup sûr les anciens Romains n'avaient pas établi de délimitations strictes entre les Mânes^ les Génies et les Lares,

Parmi les esprits protecteurs de la maison et de la vie se placent au premier rang les Lares et les Pénates * ; le mot de Lares est, lui aussi, un terme tout à fait général. Déjà les anciens Romains concevaient les Lares comme des sortes de génies, et, défait, c'étaient des êtres protecteurs; mais ils tenaient aussi de près aux Mânes. La mère des Lares s'appelait Mana genita^ Mania Lara^ Larunda, Acca Larentia, et on en faisait une déesse de la mort ou de la terre; elle était en rapports étroits avec Tellus, Dea Dia, etc., et lui était peut-être même tout à fait identique ; ses différents noms expriment toutes ces relations. On honorait assidûment les Lares à la maison, sur les chemins, dans les champs et en ville. A l'origine, il existait entre eux et les différents lieux la même relation qu'entre les génies et les personnes. Dans la maison, ils avaient leur place près du foyer, à côté (les Pénates; cet ensemble de dieux domestiques portait lui-même le nom de Lares; il comprenait un dieu Lare et deux Pénates. Le Lar familiaris était le protecteur de la famille, identique au Genius generis, et aussi le procréateur, le premier ancêtre. Dans la campagne et sur les chemins, les Lares compitales ou viales protégeaient les allées et venues; on leur apportait des offrandes champêtres. Comme gardiens et protecteurs des villes les Lares se disaient prœstites. Ainsi le culte des Lares avait une aussi grande importance à l'extérieur qu'à l'intérieur de la maison. C'était l'un des cultes les plus anciens : le chant des Arvales commence par l'invocation des Lares. A Tépoque impériale il prit une importance nouvelle, lorsque le Genius Augustin admis au nombre des Lares, devint l'objet d'un culte public. Quant aux Pénates, leur culte était en étroite relation avec celui de Vesta. Comme le dieu Lare, c'étaient des esprits domestiques protecteurs et bienveillants ; on leur offrait des repas, et, placés au foyer, centre religieux de la vie domestique, ils recevaient le culte de la famille. Le soin de la nourriture, du pain quotidien, leur était spécialement commis. En tant que Pénates publiai, dans le culte d'État, ils prenaient place auprès de Vesta dans la partie la plus sainte de ïœdes Vestœ.

1. Voir Texcellent article de Wissowa sur les Lares dans le Lexicon de Roscher.

Parmi ces différentes catégories d'esprits, les esprits de la nature ne tiennent pas une place considérable. Pourtant il y avait des esprits des bois et des sources, connus sous différents noms; mais ils ne recevaient pas un culte égal à celui de Terminus^ par exemple, qui veillait sur les bornes limites. Il est à remarquer que même ceux des dieux qui représentaient la nature la manifestaient surtout dans ses rapports avec la civilisation. Les divinités de la terre protégeaient Tagriculture, Liber pater la culture de la vigne, Cérès les moissons, Vénus le jardinage, Vulcain ou Mulciber n'était pas le dieu du feu, mais Tbabile forgeron. Le culte de la nature n'occupait qu'une place restreinte dans la religion. Même dans le culte des grands dieux, il n'était pas au premier plan. Sans doute beaucoup de rites se rapportent aux changements de saisons, et certaines figures de dieux ont dans la symbolique naturaliste un sens que la my tho^ logîe comparée peut déterminer; mais les Romains des temps historiques négligeaient cet aspect de leurs dieux, et les considéraient seulement comme les protecteurs de la vie publique et privée.

Nous allons maintenant étudier quelques-uns des dieux principaux. Ce nom de dieux principaux n'implique pas que leur culte ait été plus important que celui des Génies et des Lares, ni qu'ils se soient distingués par des caractères nettement définis de ces différentes sortes d'esprits, ni qu'ils aient constitué une division particulière et fermée : ce ne sont que les êtres divins les plus éminents, ceux qui avaient acquis une certaine personnalité. Nous faisons abstraction ici des dieux grecs, et, même parmi les anciennes divinités italiques et romaines, nous nous bornons à quelques figures. Une des plus anciennes divinités de Rome, celle dont on attribue l'introduction à Romulus et qui joue un rôle dans le culte des Saliens, c'est Janus, surnommé bifrons ou encore geminus : son temple, situé dans le voisinage du Forum, était ouvert pendant la guerre et fermé seulement pendant la paix. Janus est le dieu des portes et en général de tous les commencements. Nous laisserons de côté les questions relatives à l'étymologie de son nom et à ses origines; signalons seulement que Speyer les fait remonter jusqu'à l'époque indo-européenne*.

Faunus aussi était une divinité romaine primitive. On célébrait en son honneur, 15 février, les Lupercales^ fête pastorale et expiatoire, qu'on disait fondée par Évandre. Faunus, apparenté à Silvanus et à Mars, représentait la vie rurale et l'élevage des troupeaux. Il était considéré comme un roi campagnard, législateur religieux; à une date récente, par interprétation évhémériste, on l'introduisit dans les séries des rois Laurentins comme père deLatinus. La combinaison de Faunus avec les Satyres est une conception grecque récente.

Mars était « le plus ancien des dieux principaux des communautés italiennes » (Mommsen). Commun aux populations latines etsabines, chez les Sabins il portait aussi le nom de Quirinus. Des trois grands-prêtres sacrificateurs, deux étaient consacrés à cette divinité, le flamen Martialis

i. J.-S. Speyer, Le dieu romain Janus, R. U. R,, 1892, t. II.

et le flamen Quirinalis. Le très antique culte des Saliens avait des rapports avec Mars. La forme de son nom était variable : on trouve Maurs^ Mavors, Marmor, dans le chant des Arvales. Chose caractéristique, Mars est le seul dieu qui apparaisse dans les anciens noms propres romains (MariuSy Mamercus, Mamurius). Dans le calendrier, le mois de mars lui appartient. C'était un dieu du printemps et de la fécondation, comme le prouvent ses fêtes en mars et en octobre ; par exemple Vélévation des boucliers, les danses des Saliens et le sacrifice du cheval d'octobre ob frugum eventum. On sait que de temps en temps la jeunesse guerrière d'un printemps lui était consacrée (ver sacrum) et s'exilait sous sa protection. Ainsi Mars était en rapport à la fois avec l'agriculture, le bétail, l'État, la colonisation et la guerre. Son caractère de dieu de la guerre passa peu à peu au premier plan, à mesure que la guerre prit plus d'importance dans la vie des Romains. Ses animaux sacrés étaient le pic prophétique {picus) et le loup. Tout ce que l'on possède des mythes d'origine romaine se rapporte à lui. Il n'est pas possible, à notre avis, de le rapprocher d'Apollon*.

La déesse Vesta (Hestia), commune aux Romains et aux Grecs, ne parait pas remonter à l'antiquité indo-européenne. En Italie son culte était commun aux Latins et aux Sabins : Vesta était la déesse du feu, du foyer domestique aussi bien que du foyer public: à ce titre, elle était au centre de la religion de la famille comme de la religion d'État. C'est à notre avis une erreur de la considérer comme secondaire, et de conclure de la place qu'on lui donnait au début ou à la fin des actes du culte qu'elle était simplement la déesse du feu du sacrifice*. En réalité Vesta occupe dans le culte romain une place centrale. Elle était la déesse principale de la maison. Dans la cité, la prospérité générale dépendait de son culte. Quand le feu de Vesta s'éteignait, c'était un fâcheux présage pour l'État; la vestale négligente était rigoureusement punie, et il fallait rallumer le feu de nouveau, suivant l'ancien rite, en frottant le bois d'un arbre fruitier, et peut-être aussi au moyen des rayons du soleil. Le palladium de Rome était conservé dans le temple de Vesta. Les februa casta, choses saintes d'usage expiatoire que l'on brûlait aux Palilia, étaient préparées par les vestales avec le sang du cheval d'octobre et la cendre du veau consumé aux Forcididia. Les vestales avaient aussi à préparer la mola salsa, employée dans le culte des divinités autres que Vesta. Elles priaient pour la prospérité du peuple romain. Le culte dont elles avaient le soin était placé, comme leurs personnes mêmes, sous la surveillance particulière du pontifex maximus, Vesta était vraiment Vesta mater ^ les principaux dieux portant le titre de pères et de mères. De plus elle était la déesse virginale, et la pureté était une des caractéristiques de son culte.

1. C'est ce que fait Roscherdans son article Mai'Sf qui contient d'aiUeurs beaucoup de choses excellentes.

2. C'est Topinion de A. Preuner dans Heslia-Vesta, 1864; il s*appuie entre autres choses sur Texplication de Servius, in jEn.^ I, 292 : Vesta significat religioneni, quia nullum sacri/icium sine igné est , unde et ipsa etJanus in omnibus sacrificiis invocantur.

Comme on sait, la chasteté était le devoir fondamental des vestales, et celles qui y manquaient devaient être enterrées vivantes.

Mais le grand dieu par excellence était Jupiter. On apprend par ses surnoms, sans pouvoir les ramener à une idée primordiale unique, les multiples fonctions qui lui appartenaient dès l'origine, ou qui lui ont été attribuées plus tard. Ses rapports avec le ciel et la lumière sont confirmés par le surnom de Lucelius qu'il porte dans le chant des Saliens. Comme Jupiter Tonans et Fulgur, il était dieu de l'orage. Ses relations avec la vendange, où on l'honorait sous le nom de Liber^ remontent peut-être encore plus haut dans la religion des peuples italiques. Jupiter Latians était un ancien dieu fédéral des Latins. Ses noms de Stator, Victor, Fere trius font penser à la guerre et à la victoire. Les alliances et en général le droit et la bonne foi étaient placés sous sa garantie particulière. Les ides de chaque mois lui étaient consacrés. Nous pourrions prolonger longtemps l'énumération de ces fonctions incohérentes. Mais le culte de Jupiter établi par Tarquin au Capitole les réunit tous. Ce Jupiter capitolin, Optimus Maximus, était le souverain maître de la vie, et tout particulièrement le représentant de la puissance et de la domination romaines, qu'il défendait et étendait. Comme tel il recevait le culte des nations soumises et des rois tributaires. Antiochus Épiphane, le « singe d es Romains » (Mommsen), lui éleva dans Antioche un temple. Hadrien éleva à Jupiter Capitolin un sanctuaire sur les débris du temple de Jérusalem. Ainsi s'étendit son culte avec la domination universelle de Rome.

A côté de Jupiter se plaçait Junon, qui était à beaucoup d'égards son pendant féminin. Chez elle aussi les attributs qui en font la protectrice de la vie et de l'État ont rejeté au second plan la signification naturaliste; c'était peut-être une déesse de la lumière. Chez les peuples d'Italie, les citadelles des villes étaient sous sa protection ; à Rome, elle était primitivement la déesse des curies. Les calendes de chaque mois lui appartenaient, comme à Jupiter les ides. Mais elle était spécialement la déesse des femmes, qui juraient sur son nom, comme les hommes invoquaient Genius. Elle surveillait leur foi conjugale et les assistait dans l'enfantement.

La troisième divinité du Capitole était Minerva. Il est difficile de distinguer en elle les traits italiens des traits étrusques (elle s'appelait chez les Étrusques Menrfa) et de ceux qui sont empruntés aux Grecs. Déjà chez les Italiens on l'honorait probablement comme déesse des acropoles; mais elle était surtout la déesse de la raison, de la réflexion, du calcul et de l'invention. Elle lance les éclairs; c'est peut-être une conception étrusque. Elle avait pour fêtes les grandes Quinquatrus, qui avaient lieu en mars, et les petites Quinquatrus, célébrées en juin. Elle prit de plus en plus l'aspect et le caractère de la déesse grecque Athéné.

Comme nous l'avons indiqué déjà, ces premiers rôles du monde des dieux romains n'avaient eux-mêmes qu'une physionomie peu accusée et ne se distinguaient pas profondément des différentes classes de dieux et d'esprits. C'est ce qui résulte manifestement du fait qu'ils étaient eux-

mêmes multiples. On peut citer plusieurs Jupiter; toute communauté avait son Mars particulier, toute demeure sa Vesta. Même chez ces dieux principaux, chaque fonction, chaque indigitation avait son existence indépendante ; elles n'étaient pas unies par le lien d'une personnalité fortement marquée.

§ 123. — La reUgion de l^tat.

Pour les Romains, la religion était nécessaire à la prospérité de l'Etat*. Elle ne constituait pas une sphère particulière, elle accompagnait partout la vie publique et privée. Toute entreprise exigeait des auspices, tout danger possible, des piacula. Ainsi la religion était à la fois une institution de l'Etat, comme Varron la conçoit, et la base de l'État. En tout cas, l'État et la religion s'étaient intimement confondus. Le rituel faisait partie de la constitution ; quand Cicéron expose des lois spéciales sur la religion (leges de religione), il ne pense simplement qu'aux rites du culte public *.

Les traditions relatives à la fondation de Rome, et d'abord de la Roma qtiadrata, la ville primitive sur le Palatin, nous la représentent comme une chose sacrée. Sans doute il faut nous abstenir d'épiloguer sur les mots mundus, lapis manalis, pomerium^ etc. ; il n'y a pas un seul document positif pour établir que les rites de la fondation de la ville aient compris l'installation d'un mundus, c'est-à-dire d'une fosse et d'un autel, destinés aux dieux souterrains. Les limites du pomerium étaient marquées parles sillons que traçait en terre une charrue attelée d'un taureau blanc et d'une vache blanche. Ce pomeiium, qui était l'enceinte proprement dite de la cité, se bornait originairement au Palatin. Dans la suite il fut souvent élargi, par Servius Tullius, par Sylla, et plus d'une fois pendant l'époque impériale. C'était un espace sacré, c'est-à-dire qu'il avait été délimité augusto auguno, auspicato inauguratoque ' ; c'est dans le pomerium que l'on observait les auspicia publica. Le centre du pomerium était à l'époque historique le Capitole; là se trouvait aussi Vauguraculum in arce, où se rendaient les augures pour les actes les plus importants.

Le terme propre pour désigner ce dont il s'agit ici, une place consacrée par les auspices et propre à l'observation de signes de ce genre, était le mot templum^ Toute la ville à l'intérieur du pomerium formait un grand temple, mais dans ce domaine il existait encore un grand nombre d'autres temples plus petits. Il n'est pas d'idée qui mieux que celle du temple fasse saisir la connexité des choses politiques et des choses religieuses à Rome. Mais tout d'abord il faut distinguer entre le templum céleste et le templum terrestre.

\. Dionys. Halic, II, 18.

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