‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 2 sur 160 · VI INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE

dans des directions nouvelles, c'est à peine si elle s'est assuré encore quelques nouveaux points de vue, d'où elle n'embrasse même pas tout l'ensemble de son domaine; elle a seulement acquis Tespoir d'explorations prochaines et fructueuses.

Nous aurions même volontiers repris à la première édition une longue introduction où l'auteur énumérait et classait les phénomènes religieux; M. Chantepie de la Saussaye a retranché cette phénoménologie, 11 a jugé que cette partie de l'étude, étant celle dont les progrès avaient été le plus sensibles, appelait désormais des développements disproportionnés avec l'étendue de son ouvrage. Nous la regrettons et nous pensons que, telle quelle, ou sans remaniements profonds, elle eût encore été utile. Elle eût tout au moins imposé au livre, à défaut d'une classification rigoureuse et unique des faits, une terminologie uniforme. En tout cas, les définitions, données dans l'introduction, eussent valu pour le reste. Les traducteurs savent par expérience combien il est difficile de réaliser, même en y mettant beaucoup de temps et de soins, une pareille uniformité, et nos lecteurs verront sans doute à quel point elle est désirable. On ne peut pas demander aux historiens spécialistes, qui contribuent à l'histoire des religions, qu'ils arrivent d'eux-mêmes (car ils n'y sont pas nécessairement préparés par leurs études antérieures) à bien définir ou à bien analyser, ce qui est en soi-même un objet d'étude, ni même à bien rubriquer les faits religieux. Si, faute d'entente sur un vocabulaire technique, ils prétendent suivre l'usage vulgaire, nous pouvons être sûrs qu'ils parleront chacun une langue différente. Quelque remarquable qu'ait été le travail d'unification dans l'œuvre de M. Chantepie de la Saussaye, on craindra toujours qu'il ait laissé subsister des flottements contre lesquels nous garantissait son ancienne introduction; les définitions soigneusement établies dès le début permettaient de trouver dans les différentes parties du livre des faits rigoureusement comparables.

Ce simple regret nous met à l'aise pour vanter les mérites de notre manuel. En tant qu'histoire, rédigée par des spécialistes des histoires locales et de l'histoire des religions, il donne une idée fort exacte de l'état actuel de celle-ci ; nous n'avions qu'à en allonger un peu les bibliographies pour le mettre en état de paraître aujourd'hui chez nous. Le tableau qu'il présente de la vie religieuse de l'humanité en dehors du christianisme, — que l'on continue à ne pas confondre avec les autres religions, — est d'autant plus fidèle que M. Chan-

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tepie de la Saussaye s'est justement méfié des synthèses prématurées et qu'il s'est bien gardé de dénaturer les faits en leur imposant Tordre factice d'une classification provisoire. Le plan purement conventionnel qu'il a choisi, où les religions sont présentées par parties du monde et par pays, est préférable dans un livre de cette sorte à un ordre méthodique, si parfait qu'il soit; car on n'en peut concevoir un qui soit assez souple pour se prêter à l'infinie diversité des faits.

Quant à la position théorique de M. Chantepie de la Saussaye et de ses collaborateurs, elle est des plus stables. Ils ne sont, semble-t-il, d'aucune école. C'est pour leur œuvre une chance de survivre aux doctrines caduques. Placée à la rencontre des grandes méthodes de l'histoire des religions, elle fait à chacune sa part avec le plus louable éclectisme. Si cet éclectisme n'est pas à recommander à ceux qui prétendent enrichir la science, il est indispensable à ceux qui veulent en faire la somme. Faute d'un système véritablement compréhensif, en dehors duquel il ne puisse pas y avoir de vérité, c'est l'éclectisme qui en comporte le plus. Il est d'ailleurs, dans le cas présent, parfaitement légitime. Car les théories, qui ont été en leur temps toute la vérité, contiennent toujours quelques parcelles de la vérité totale et leurs auteurs n'ont péché que par généralisation hâtive ; à nous de déterminer à quel ordre de faits se sont bornées leurs observations et doivent se limiter leurs conclusions.

S'agit-il de mythologie, on trouve en effet dans les mythes, à la fois et tour à tour, de l'histoire, des symboles, des appellations communes à toute une famille de langues, des thèmes de contes, des indices d'institutions ou des faits divers primitifs sur lesquels ont successivement appelé l'attention les symbolistes, les linguistes, les folkloristes, les anthropologues et les ethnographes. Il est certain que les mythes sont représentatifs, qu'ils sont, à la façon des primitifs ou des poètes, l'histoire de la nature dans ses rapports avec les hommes ; il n'en est pas moins vrai que le symbolisme ne rend pas compte de tous leurs épisodes ; — il est certain que les noms sont immédiatement et naturellement susceptibles de personnification et d'autre part que des images ou des dictons contiennent des mythes en puissance ; mais il est également sûr que les thèmes des mythes ne sont pas de simples images et que leurs personnages sont autre chose que des vocables; — il est certain que les religions s'empruntent des mythes les unes aux autres et que les voyageurs en transplantent; mais il est aussi vrai que les mythologies se déve-

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