XL INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE
dans certains cas avoir pour principal effet de favoriser la multiplication de l'espèce qu'elle concerne ; si Ton songe que la tribu se compose de plusieurs clans totémiques qui peuvent respectivement se nourrir des totems de leurs associés, on comprendra comment chacun d'eux contribue au bien général par ses cérémonies spéciales, sans compter qu'ils se réservent mutuellement leur part de la nourriture disponible. C'est un premier point. Voici le second. Outre les interdictions spéciales au totémisme, on en rencontre d'autres, dans les tribus totémiques, qui sont universelles. Les espèces alimentaires, et en général toutes choses, sont frappées d'interdictions diverses qui peuvent être levées cérémoniellement ; chaque clan totémique accomplit pour ses associés la cérémonie qui doit leur permettre l'usage de son propre totem; la cérémonie totémique ouvre la période de chasse, de récolte ou de consommation. Le totémisme peut donc être envisagé comme un système économique aussi bien que juridique. — Faut-il en conclure que la vie religieuse, chez les totémistes, en dehors des cérémonies cultuelles signalées plus haut, se réduise à la conception brumeuse de personnages aux traits flottants qu'on peut prendre pour des créateurs, des ancêtres ou toute autre chose, et à l'exécution d'un nombre restreint de pratiques magico-religieuses pour des intérêts individuels ou particuliers? Dira-t-on qu'effectivement la part de la religion est des plus limitées dans les sociétés primitives? Nous dirons plutôt que la société commence par un état embryonnaire, où les fonctions ne sont pas encore différenciées. Il ne s'ensuit pas qu'elles ne s'accomplissent point ou qu'elles s'accomplissent avec moins d'intensité que dans les organismes dont les in^ïtruments sont parfaits; car cette perfection même n'apparait souvent qu'avec un ralentissement de l'activité. Dans l'espèce, chacun des faits que nous avons considérés tout à l'heure comme juridiques ou économiques a sa face religieuse.
Au moins faut-il tenter de distinguer ces fonctions confondues. En tout cas, nous ne dirons pas que leur indétermination est favorable h l'initiative religieuse des individus ; car il n'y a pas de place pour elle dans une société totémique, où les relations et les gestes sont réglés avec une minutieuse précision, qui rassure l'homme contre les terreurs vagues dont sa vie est assiégée. Des faits considérés plus haut resuite une première notion, encore indécise, du caractère spéciûque des faits religieux. La condition religieuse d'un individu est quelque chose de plus confusément, mais de plus complètement défini que sa