‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 27 sur 160 · INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE XLUI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE XLUI

représentation religieuse d'une fête est une scène idéale où les acteurs humains sont figurés par des personnages idéaux ou idéalisés; elle se passe dans un temps indéterminé, à l'origine du temps, c'tst-àdire en dehors du temps, mais elle est censée se répéter indéfiniuieut; quant au lieu, il est le même que celui de la fête humaine et il est antre; il est dans un espace mystique, qu'on peut faire coïncider, à volonté, avec un point choisi de l'espace réel, ou plutôt il est en dehors de l'espace.

Ainsi se crée un véritable monde d'êtres et de qualités, où l'imagination dépasse librement les limites de la perception : c'est le monde des m}rthes. Ceux-ci, qui commencent à la simple conception des choses religieuses, s'achèvent en un système d'images qui les encadrent. C'est moins un monde de notions et d'idées que de figures. Ce n'est pas un monde invisible, car l'invisible s'y revêt imméiliatement d'images sensibles, de même que le visible s'y pare de qualités idéales. Ce n'est pas non plus un monde surnaturel, car la distinction du naturel et du surnaturel n'est pas faite quand naissent les mythes. Ce n'est pas davantage un monde irréel. Ce n'est surtout pas un monde incohérent et absurde, où la fantaisie serait maîtresse; il a ses lois, qui régissent nécessairement la succession des effets ùt des causes. Enfin ce n'est pas un monde de pures formes et de pures images, mais c'est un monde de pouvoirs. En un mot, le montie de la religion est un monde où la pensée s'objective et où les désirs foHs sont immédiatement exaucés.

C'est dans cette réalité complète de l'esprit personnel et du dieu que s'exprime le plus parfaitement l'objectivité du fait social. Les membres du groupe sentent si fortement l'unité de leur pensée ou de leur action commune, et combien ils y sont individuelle tuent étrangers, qu'ils la projettent immédiatement au dehors; de sorte que leur représentation collective s'interpose entre eux et les faits ou les choses, entre eux et leurs propres perceptions. De pareilles visions ne peuvent se produire dans toute leur plénitude que dans des sociétés tout à fait primitives, où Tindividu n'est capable que d'un minimum de réflexion personnelle et d'analyse.

Il s*agit en somme ici d'une façon de penser et de prendre couscience de sa pensée. £n quoi doit-elle nous apparaître comme sjn'" cialement reUgieuse? A vrai dire, le rêve d'une part, l'art de Tautre, réalisent de semblables constructions. Celles du rêve n'ont de ^ê ritable objectivité que dans les hallucinations, ou quand elles rapusont

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