‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 28 sur 160 · XLIV INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

XLIV INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE

sur une substructure de représentations religieuses, comme dans les cas de rêves divinatoires, de croyance aux vampires, etc. Celles de Tart ont par elles-mêmes une tout autre réalité. Les t3rpes d'art s'imposent à l'imagination et au goût avec une tyrannie comparable à la contrainte exercée par les religions sur les individus ; mais l'adhésion qu'ils exigent a des conséquences limitées. De même, les figures créées par l'art ont une existence objective, une vie réelle et continue ; mais c'est une vie incomplète ; ce sont des formes dénuées de pouvoir. Le caractère pratique que présente, au contraire, le travail religieux de l'imagination le distingue profondément de son travail esthétique. Les représentations religieuses sont l'objet d'une croyance sans réserve et d'une croyance utilitaire. Derrière le mythe et le dieu, on aperçoit le groupe social qui, non seulement rêve, mais désire et veut. Ce qu'il rêve ce n'est pas simplement l'idée d'une personne ou d'un esprit, mais celle d'un pouvoir efficace, conditionné par la volonté de ses commettants et par les rites qu'ils exécutent.

Il y a d'autres représentations religieuses que ces représentations personnelles. Il y en a qui s'expriment en termes abstraits, en formules semblables à des textes de lois ou à des propositions philosophiques. Ce sont les dogmes. Le dogme côtoie d'abord le m)rthe, puis le remplace. C'est d'abord un mythe à l'état sec, en forme de credo, puis une idée générale. A vrai dire, la pensée religieuse s'approprie, tour à tour, tous les modes de raisonnement et d'expression dont l'humanité s'enrichit. Le nouvel ordre de représentations religieuses se rapproche des diverses philosophies jusqu'à se confondre avec elles. On leur emprunte leur langage, leurs méthodes, leurs idées; en retour, elles s'engagent profondément dans la religion.

Les premières créations de celle-ci en subissent naturellement le contre-coup : ou bien elles s'évaporent comme de fausses perceptions ; ou bien elles deviennent l'objet d'une fonction toute spéciale, le mysticisme ; ou bien elles prennent une sorte de réalité conventionnelle, de vérité voulue, spécialement et distinctement religieuse, à ce point que l'adhésion formelle aux mythes subsistants a été souvent considérée comme la partie essentielle et caractéristique de la religion. Ainsi les penseurs grecs se sont efforcés de sauver la valeur religieuse de leurs mythes par une exégèse qui les accommodait aux nouvelles modes de la pensée : ils en ont fait des allégories, des systèmes poétiques de cosmologie et de métaphysique; les personnes divines se sont transformées chez eux en hypostases et en concepts ;

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