Cf. Torge, Aschera und Astarlef
2. La déesse TNT, nommée sur plus de 2 000 inscriptions puniques et à peu près ignorée en dehors de Carthage, est presque toujours appelée TNT Pené Ba^al : d'après un nom propre grec, le mot était prononcé Thent. C'est elle que Polybe désigne sous rappellation 6aî{i.a>v fôiv Kapxi^Sovtcov. HofTmann a aventuré, avec réserve, Tidée que le nom a été artificiellement fabriqué par les prêtres en réunissant les lettres Onales des mots *AHart Ba^alhammôn. On a pensé que le Pené Ba^al qui complète Tappellalion de la déesse pourrait être le nom d'un lieu du culte (cf. le Pniél biblique) : mais nous ne savons rien d'un sanctuaire pareil. Il vaut donc mieux croire que Thent Pené 6a*al est la déesse qui est présente et agissante avec Ba*al : Pené Bà'al aurait ainsi le même sens que Semba*al qui apparaît ailleurs. En effet, Ba^alhammôn était adoré à côté d'elle, et ce n'est que rarement que ?on nom manque à côté de celui de la déesse. Elle est certainement une déesse lunaire : les stèles qui lui sont consacrées portent le croissant.
jouent d'un instrument, les autres portent les corbeilles d'Adonis, symboles du dieu qui s'étiole et meurt. Le culte d'^Adônesi en connexion étroite avec celui de Tammouz, sans que cependant on doive admettre un lien de dépendance entre l'un et l'autre (voir § 31, et note). Le culte adonisiaque, en Grèce, est emprunté à la Phénicie. Bien que les récits grecs sur ce culte soient loin de concorder dans le détail, notamment en ce qui concerne l'origine du dieu, le caractère de ses relations avec la déesse, la cause et la nature de sa mort, les textes sont unanimes sur les faits essentiels : l'amour du dieu jeune et beau pour la déesse de l'amour, sa mort soudaine, les lamentations de l'amante inconsolable. Le voyage de la déesse au monde souterrain rappelle la descente dlstar aux Enfers. Les sièges principaux du culte phénicien d'Adonis étaient le temple de la Baalai de Byblos et l'île de Chypre : Lucien signale en outre Aphaka, le Liban et Antioche de Syrie. A Byblos, la légende locale savait qu' 'Adôn avait été blessé à mort par un sanglier : c'est à cet événement que les habitants de Byblos rapportaient, à ce que nous apprend Lucien, la couleur rouge que prenait chaque année, au jour anniversaire, le fleuve Adonis qui passe au voisinage de la ville. C'est à ce moment qu'était célébrée la fête du dieu, marquée par les orgies adonisiaques. En signe de deuil, les femmes sacrifiaient leur chevelure ou se prostituaient aux étrangers; le salaire qu'elles recevaient était destiné à la déesse. A la fin de la période de tristesse, on célébrait, avec de grandes démonstrations de joie, la résurrection d'Adonis. 'Adôn est le dieu du soleil du printemps, promptement tué par les ardeurs de l'été. Le sanglier signifie la brusque irruption des chaleurs torrides. Les jardins d'Adonis symbolisaient la splendeur brève et vite flétrie du printemps.
Esmoun joue dans la mythologie phénicienne un rôle analogue à celui d"Adôn; à Béryte, on célébrait sa mort et sa résurrection. Les écrivains grecs lui donnent le nom d'Asclépios, le dieu de la vie et de l'art de guérir. En Sakoun les Grecs retrouvaient leur Hermès *.
D'un grand nombre de dieux phéniciens il ne nous a été gardé que le nom, conservé par lesjnoms théophores. Le dieu CD, Cad ou Çid est mentionné fréquemment, et c'est sans doute lui qu'il faut reconnaître, malgré la différence de la graphie, dans les noms de Zatadna, d'Akko et de Rabzidi (Lettres d'El-Amarna). Les noms Poumai et Paam désignent sans doute deux dieux distincts : il est douteux qu'il faille les rapprocher du Pygmaios ou Pygmalion grec '. Nous avons déjà cité, parmi les Ba'alim, le Baalçaphon : çaphon se trouve aussi isolément comme nom de personne. Polybe cite lolaos comme dieu punique,et le second élément du mot 'Abd SSM semble être aussi un nom divin. Les Kabires adorés particulièrement, au nombre de sept ou huit, dans les îles et en Asie Mineure étaient considérés, d'après Philon de Byblos, comme les protecteurs de la navigation marine.
1. 'Sur Sakoun, cf. Ph. Berger, Ascagncy dans Mélanges Graux, p. 611. (I. L.)
2. ' Sur un petit monument carthaginois, qui semble une amulette funéraire, Pygmalion apparaît, associé à Aàlarté (Ph. Berger, Comptes-rendus Ac. Inscr., 1894, p. 453) : le nom n'a pas l'apparence sémitique, et est certainement transcrit du grec. (I. L.)
Les relations grecques relatives à ces dieux forment un tissu d'inextricables contradictions : ils n'ont encore été trouvés dans aucun texte phénicien \
Les Phéniciens ont de plus adoré un nombre considérable de dieux égyptiens, philistins, araméens, assjrro-babyloniens. Quelques-uns de ces cultes exotiques se sont fortement établis dans les lies et les colonies : ainsi celui (sans doute babylonien) d' Allât, celui de Reseph, dieu solaire et guerrier de TÉgypte ', ceux de TAtargatis syrienne et de la déesse guerrière Anat. Philon de Byblos mentionne Dagon, que nous connaissons par ailleurs comme philistin, et lui attribue (peut-être d'après une étymologie qui lui est personnelle : dagan signifie (( blé ») renseignement de Tagricul' ture; les inscriptions d'EI-Âmarna signalent un Dagantakala.
Les relations habituelles des Phéniciens avec les peuples étrangers, le grand nombre de leurs colonies ou comptoirs, expliquent qu'à l'époque de la décadence les systèmes syncrétistes se soient introduits chez eux plus aisément qu'ailleurs ; il est naturel qu'un peuple, dont chaque tribu a ses dieux propres, soit enclin à reconnaître les dieux des autres nations. Hannibal, prêtant un serment, invoque, dans Polybe, des dieux étrangers à côté des nationaux. L*origine de certains noms de dieux composés, comme Melek-Osir, s'explique aisément : les Phéniciens, à l'étranger, identifiaient leur dieu avec une divinité quelconque du pays, et de là ils passaient vite à la confusion des deux cultes. Plus souvent encore, on voit unir deux divinités phéniciennes, comme dans les noms Melek-Ba'al et Eimoun-Milqart^ Melek- ^Aitart^ Eémoun- ^Aëtart^^ etc. Ces assimilations ont pu naître de circonstances accidentelles, et, étant donnée l'intime parenté des divers cultes locaux, elles ont pu facilement s'imposer : l'idée que plusieurs dieux exercent leur action dans le même sanctuaire, apparaît du reste dans plusieurs inscriptions. D'ailleurs, les noms composés peuvent aussi traduire une relation effective établie entre les deux divinités : c'était, comme nous l'avons vu (§ 40), le cas pour Atargatis*. Certains monuments chypriotes portent à croire que, dans les îles et les colonies, on adorait des dieux androgynes, nés de la fusion de deux figures divines en une seule.
1. Halévy les retrouve, dans une inscription de Sindjirli, considérés comme la suite du dieu guerrier Reéeph : mais son interprétation du texte s*écarte de la traduction habituelle.