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CHAPITRE VIII LES ISRAÉLITES

Par le Prof. J.-J.-P. Valetou J' (d'Utrechl).

44. Désignations et divisions historiques de la religion d'Israël. — 45. Jahvé; les origines de son culte. — 46. La religion primitive d'Israël. — 47. La coutume et le culte à l'époque prémosaïque. — 48. Jahvé considéré comme Dieu libérateur et guerrier. — 49. Jahvé, roi et possesseur du pays. — 50. Jahvé et la civilisation; syncrétisme et exclusivisme. — 51. Le caractère moral de Jahvé : justice, amour, sainteté. — 52. Le Jahvisme élimine les éléments païens; le jugement. — 53. La sainteté de Jahvé et de la communauté. La délivrance. — 54. La communauté juive. — 55. Judaïsme et hellénisme. La dévotion juive.

§ 44. — Désignations et divisions historiques de la religion d'Israël ^

Parmi les religions sémitiques la religion Israélite occupe une place spéciale. Elle est le culte de Jahvé, le Jahvisme : la notion de Dieu qui s'attache à ce nom domine le développement historique de cette religion.

1. BiBLiooRAPHiE. — Nous négligeons les introductions à Vélude derAncien Testament, ainsi que les innombrables commentaires sur les différents livres canoniques et apocryphes. Parmi ces derniers, on compte cependant des monuments, élevés au prix d'un labeur colossal : tels sont le Vollstandige Bibehoerk fur die Gemeinde in drei Abtheilungen de C.-C.-J. Bunsen, 5 vol., 1838-1860, malheureusement bien étrangère Tesprit de la science biblique actuelle ; — La Bible nouvellement traduite sur les textes originaires avec une introduction à chaque livr^y des notes explicatives sur VAncien Testament et un commentaire complet sur le Nouveau Testament, d'E. Reuss, 7 vol., 1874-1881, et Fouvrage posthume du même savant, publié par Erichson et Horsl,/)as Alte Testament Ubersetzt, eingeleitet und erlautert, 7 vol., 1892-1894; — E. Kautzsch, Dte Heilige Schrift des AUen Testaments , in Verbindung mit andern Gelehrten kerausgegeben^ 2* éd., revue et corrigée, 1896, a rendu un service signalé aux non-hébraïsanls ; les appendices du livre contiennent une esquisse de l'histoire du peuple juif depuis Moïse jusqu'au second siècle avant Jésus-Christ, ainsi qu'une brève histoire de la littérature biblique. [En fr., Nœldeke, Histoire littéraire de VAncien Testament, trad. Derenbourg et Soury, 1873.] Les livres capitaux sur l'histoire du peuple d'Israël sont l'ouvrage déjà ancien de H. Grœtz, Geschichte derJuden, 11 vol., 1861 [Trad. fr. abrégée en 5 vol., par Wogue et Bloch, 1882-1897], et surtout le livre classique, mais déjà bien dépassé, de H. Ewald, Geschichte des Volkes Israël, 3* éd., 1864-1868, 7 vol., auquel il faut ajouter Die Dichter des Allen Bundes, 3 parties, 2^ éd., 1866-1867, et Die Propheten des Alten Bundes, 3 parties, 2* éd., 1861-1868, du même auteur. — De date plus récente

On la désigne encore dans son ensemble sous le nom de Mosaîsme, Ordinairement on se sert de ce dernier nom pour l'époque qui va de la sortie d'Egypte à l'établissement dans le pays de Chanaan, et on distingue alors les périodes suivantes par les noms de prophétique et de juive. Cette division procède de l'hypothèse qui veut que le Pentateuque, dans son ensemble, nous reporte au temps de Moïse. Les recherches effectuées depuis

est, en dehors des chapitres consacrés au judaïsme dans les deux Gesehickte des Allertkumsy de M. Duncker et de E. Meyer, l'œuvre capitale de J. Wellhausen, inspirée par l'hypothèse dite graflenne, Geschichle IsraeU, I, 1878. Rééditée sous le titre de Prolegomena xur Geschichle Israels [5* éd., i899], elle a pour compléments Abriss der Geschichle Israeis und Judas (Skizien vnd Vorarbeilen, 3* fasc, 1884), et Israelilische und jUdische GeschichlSj 2» éd., 1895 [4* éd., 1901]. — B. Stade, Geschichle des Volkes Israël (2 vol.; la 2« partie du tome II est occupée par 0. Holtzmann, Dos Ende des jûdischen Slaalswesens und die Erstehtmg des Chrislenlhunis, 1887-1888, d'une lecture très attachante. — B. Renan, Hisloire du peuple d'Israël, 5 vol., 1887-1894 : ingénieux, mais dénué de base critique. — R. Kittel, Geschichle der Hebrûer, jusqu'à l'exil babylonien, 2 vol., 1888- 1892, reflète les idées de Dillmann. — H. Winckler a fourni d'utiles contributions à l'histoire juive dans Geschichle Israels in Einzeldarslellungeriy 1, 1895; AUorientalische Forschungen, M V, 1893-1896 ; AlltesL Unlersuchungen, 1892 ; — A. Klostermann, Geschichle des Volkes Israels bis zur Restauralion unler Esra und Schemia, 1896. — [Piepenbring, Histoire du peuple d'Israël, 1898.] — Pour l'époque postérieure il faut citer notamment l'excellent ouvrage d'E. Schûrer, Geschichle des jûdischen Volkes imZeitalterJesu Christi, 2* éd., 2 vol., 1886-1890 [3* éd., 3 vol., 1898-1901], et J. Wellhausen, Z)t« PAarw<ÏCT- und Saddueder, 1874.

L'histoire de la religion juive a été exposée dans les Uvres déjà anciens de Vatke, Religion des Allen Testaments, 1, 1835, et Br. Bauer, Religion des Allen Testaments in der geschichtlichen Entwickelung ihrer Principien dargestellt, 2 vol., 1838-1839. — A. Kuenen a donné, dans De godsdiensl van Israël toi den ondergang van den joodschen staal, (2 parties, 1869-1870), la première histoire détaillée du développement de la religion israéUte qu'ait inspirée l'hypothèse dite graflenne*; cf., du même auteur, les Bidragen lot de geschiedenis van den israël, godsdiensl (dans différents volumes de la Theolog. Tidschri/t), et surtout Volksgodsdienst en Wereldgodsdient (Hibbert Lectures, 1882); — C.-G. Monteflore, Lectures on the origin and growth of religion, as illustrated by Ihe religion of the ancient Bebrews (Hibbert Lectures, 1892); — R. Smend, Lehrbuch der alllestamentlichen Religionsgeschichte , 1893 ; — C.-G. Tiele, Geschiedenis van den godsdiensl in de oudheidjtot op Alexander den groote (t. 1, p. 272-347, 1893); succinct.— D'autres travaux portent sur des points de détail : F-E. Kônig, Die Hauptprobleme der aUisraelitisehen Religionsgeschichte gegenUber den Enlwickelungstheorikern, 1884; — F. Bslhgen, Beitrage zur semitischen Religionsgeschichte, I, 1888; — J. Robertson, The early religion of Israël as sel forth by biblical writers and by modem crilical historiars, 1892; — Ë. Sellin, Beitrdge zur israelilischen und jûdischen Religionsgeschichte y I, 1896. Importantes pour le théologien, mais ayant moins d'intérêt pour l'histoire religieuse israéUte sont diverses œuvres, d'ailleurs écrites à des points de vue différents : H. Ewald, Die Lehre der Bibel von Gott, 4 vol., 1871-1876; •— G.-F. Œhler, Théologie

* Solvant Oraf, qni a donné son nom an système, mais a on des précorsenrs comme Reuss, et dont la thèse doit sa forme définitive k Wellhansen (voir l'esquisse de la fonnation do la doctrine dans ses Prolegomeruit 5* éd., p. 5 et suiv.) on doit distinguer trois conches principales dans le Pentateoqae et son annexe directe, le Livre de Josué. Ce sont, par ordre chronologique : !• les parties narratives anciennes, subdivisées entre le jahvéitte et VélohUte{yon le ix« et lo vin* siècles); 2* le Deutéronomêy qui doit être considéré comme l'aboutissant de la prédication prophétique, et apparaît sous le règne de Josias (621); 3* le Code sacerdotal, postérieur à l'exil, qui comprend une partie législative (qui s'étend en gros sur le Lévitique, l'Exode, 25-31, 35-40 et les Nombres, 1-10, 15-19,25-36) et me partie narrative, qui encadre les récits anciens. Grâce surtout à Wellhausen, qui a mis au service de cette théorie d'éclatants mérites d'historien et d'écrivain, les conclusions de l'école critique prévalent depuis un quart de siècle, dans les milieux scientifiques. Elles ont cependant été contredites à leurs débuts (cf. Prolegomena, p. 11 et suiv.) et ont trouvé, en ces dernières années, un contradicteur systématique en J. Halévy, dont les Recherche» bibliques (2 vol., 1895-1901) proclament ronité de composition de la Genèse, sa rédaction au temps de Salomon, l'antériorité du Cède sacerdotal snr le Dontéronome, lui-môme déclaré notablement antérieur an règne de Josias. (I. L.)

plus d'un siècle ont fait ressortir de plus en plus clairement le caractère erroné de cette opinion. Le Pentateuque n'appartient pas à une époque unique :il contient l'œuvre de centaines d'années, et amalgame le pré- et le post-exilique dans une combinaison dont l'unité est artificielle. On n'est donc pas fondé à distinguer une époque « mosaïque » particulière : ce qui est historiquement établi sur le temps de Moïse se détache trop peu nettement de l'époque qui suit immédiatement. On peut, par contre, dans un

des Alten Testaments (2 vol., i874; en 1891, y éd. en 1 vol. éditée par Th. OËhler); — H. Schultz, Alttest, Théologie (2 vol., 1869; 5* éd. complètement 'remaniée, 1896) : dominé dans les questions essentielles, à partir de la 2* éd., par Thypothèse grafienne, Tauteur a, d'édition en édition, donné plus d'importance à Tordre historique; — A. Kayser, Die Théologie des Alten Testaments in ihrer geschichtlichen Entwickelung dargesteUt^ (publié après la mort de l'auteur, par E. Reuss, 1886; 2' éd., remaniée parK. Marti. 1894). — F. Hitzig, Vorlesungen ilber biblische Théologie und messianische Weissagungen des Alten Testaments (publié par J.-J. Rneucker, 1880); — A. Dillmann, Handbuch der alttestamentl. Théologie, publié, d'après les papiers de l'auteur, par R. Rittei, 1895.

Des prophètes et de la prophétie, considérée comme le fait capital de l'histoire de la religion juive, traite le vieux livre de A. Knobel, Der Prophetismus der Uebrâer^ 2 parties, 1837; puis, G. Baur, Geschichte der alttest, Weissagung, I, 1860; se borne aux origines ; — Kûper, Das Prophetenthum des ait. Bundes Ubersichtlich dargestellt; 1870; — E. Riehm, Die messianische Weissagung; ihre Entstehung, ihr zeitgeschichtl. Charakler und ihr Verhâltniss zu der neutestamentl. Erfilllung, 1875; — B. Duhm, Die Théologie der Propheten als GrundlagefUr die innere Entwickelungs geschichte der israel. Religion, 1875; — A. Kuenen, De profeten en de pi^fetie onder Israël, 2 parties, 1875;

— G. von Orelli, Die alttest. Weissagung von der Vollendung des Gottesreiches in ihrer geschichtlichen Entwickelung dargestellt, 1882; — S. Maybaum, Die Entwickelung des israel. Prophetenthums, 1883; — \V. Roberlson Smith, The prophets of Israel and their place in history to ihe close of the eight century, 1882 (traduit en allemand et en hollandais), très important, de môme que The Old Testament in the jewish Church, 1882, qui appartient plutôt à la catégorie des introductions. — J.-J.-P. Valeton junior, Viertal voorlezingen over profeten des 0. Verbonds, 1886; — du même, Amos en Hosea een hoofdstuk uit de geschiedenis van Israëls godsdienst, 1894 [trad. ail.]; — J. Darmesteter, Les prophètes d'Israël, 1891 ; ~ G.-H. Gornill, Der ist*aelitische Prophetismus, 2« éd., 1896.

— Il a paru en outre un nombre considérable de monographies sur les dilTérents prophètes, ainsi que des études sur les divers aspects de leur théologie.

Citons encore S. Maybaum. Die Entwickelung des altisraelit. Priesterthums, 1880, et le comte W.-W.Baudissin, Die Geschichte das alttest. Pries lei*thums, 1889, et, pour la période post-biblique. F. Weber, System der altsynagogalen palâstinischen Théologie aus Targum, Midrasch und Talmud (publié après la mort de l'auteur, par Franz Delitzsch et G. Schnedermann, 1880; une seconde édition a paru en 1897 sous le titre deJUdische Théologie).

Les revues de théologie de langues allemande, anglaise, française et hollandaise renferment un nombre incalculable d'articles relatifs aux problèmes soulevés par l'histoire religieuse des Juifs et, d'une façon générale, par la science biblique. Mentionnons particulièrement, parmi des périodiques spéciaux, la Zeitschrift fur die alttest. Wissenschaft, publiée par Stade depuis 1881, et Hebraïca, managing editor W.-R. Harper (depuis 1884-1885); [en France, la Revue des Études juives (depuis 1880); la Revue biblique {depuis 1892); la Revue sémitique (depuis 1893) sont les principaux périodiques qui fassent une part à l'exégèse biblique.]

Pour l'archéologie, voir K.-F. Keil, Handbuch der biblischen Archàologie, 2 parties, 1858-1859; — M.-\V.-L. de Wette, Lehrbuch der hebr. jùd. Geschichte, 4« éd., revue par F.-J. Rabiger, 1864; — J. Benzinger, Hebr. Archàologie, 1893; — W. Nowack, Lehrbuch der hebr. Archàologie, 2 vol., 1894. — Même les ouvrages les plus récents ne répondent pas entièrement aux exigences de l'historien. [Signalons encore quelques recueils encyclopédiques récents : liastings, A dictionary of the Bible (1898 et suiv., 4 vol.); Gheyne et Black, Encyclopxdia biblica (depuis 1899); abbé Vigouroux, Dict. de la Bible (depuis 1891). La Realencyklopàdie f. protest. Théologie u. Kirche (2« éd. par Hauck; 11 vol. parus depuis 1895) et la Jeunsh Encyclopedia (t. I-il, 1901-2) renferment, surtout la première, d'excellents articles sur la Bible et le Judaïsme ancien.]

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sens, qualifier de mosaïques les diverses parties du Pentateuque, anciennes et récentes : le Décalogue, les Paroles de F Alliance, le Livre dit de l'Alliance, le Deutéronome, la Loi de sainteté, le Code sacerdotal, ainsi que le Pentateuque dans son ensemble actuel, et même, dans une certaine mesure, la Mischna^ la Gemara et la Tosefla. II en est alors de ce mot « mosaïque » comme des mots « chrétien », « mahométan », etc. Il représente Tunité de la religion Israélite. Il exprime la pensée que, quelles que soient les différences qu'elle présente à ses différentes époques, la religion d'Israël est cependant restée toujours la même. C'est un mouvement qui se poursuit, mais qui n'est légitime qu'en tant qu'il développe les éléments premiers fournis par Moïse. Le christianisme lui aussi est compris dans un certain sens dans ce mouvement, et on a le droit d'interpréter ainsi les paroles de saint Jean, 5 4«: « Si vous étiez réellement Mosaïstes, vous seriez aussi chrétiens. »

Dans cette évolution on distingue du premier coup d'œil deux grandes périodes que l'on peut, pour la commodité, appeler pré- et post-exilique. Leur limite est marquée par Néhémie (deuxième moitié du v» siècle av. J.-C). Pourtant les débuts véritables de la seconde période remontent plus haut et datent de la promulgation du Code deutéronomique (621 av. J.-C).

Dans la première de ces périodes, la religion est celle du peuple israélite; dans la seconde, c'est celle de la communauté juive. De l'une à l'autre, la notion de Dieu prend un caractère transcendant de plus en plus marqué. Jahvé est d'abord le Dieu d'Israël, dont la puissance sur les peuples, comme en général sur la nature et l'histoire, est de plus en plus clairement reconnue. Dans la seconde période, il est dans toute la force du terme le Dieu universel, qui a fait d'Israël son peuple, c'est-à-dire une communauté sainte.

Au point de vue religieux, la période préexilique se divise en deux périodes principales, dont la limite est marquée, extérieurement, par la chute de la dynastie d'Omri et l'avènement de la maison de Jéhu dans les tribus septentrionales d'Israël : ce fait (842 av. J.-C.) a été gros de conséquences, même pour le royaume de Juda. Si l'on considère l'histoire interne de la religion, l'apparition des grands prophètes du vm*" siècle est avec cet événement dans une relation indirecte, mais réelle. Ce n'est que par rapport à l'œuvre de ces prophètes-écrivains que les deux périodes peuvent être appelées, comme cela se fait d'habitude, période d'avant les prophètes et période des prophètes. Mais il faut remarquer que jamais, même dans la première de ces périodes, Israël n'a manqué de prophètes.

Dans la première de ces deux grandes périodes, il s'agit de préserver l'existence du Jahvisme vis-à-vis des autres religions qui régnaient en Chanaan. On peut ici distinguer trois divisions d'étendue très inégale : !• de Moïse à la monarchie de David : c'est le temps des luttes pour l'hégémonie du Jahvisme, luttes qui se terminent à la conquête de la forteresse de Jébus; 2* époque de David et de Salomon : c'est celle de la suprématie incontestée de Jahvé; 3* du schisme à la révolution de Jéhu, période où se maintiennent les conquêtes faites jusqu'alors, et où s'engage la lutte contre l'absolutisme politique et, d'autre part, le syncrétisme religieux.

Dans la seconde gran(^ période, Thistoire du Jahvisme est celle d'une crise intérieure. Le spiritualisiM^ moral commence à éliminer les éléments primitifs et à certains points de TUfi païens de la religion : de là une lutte entre les idées populaires et les idées des prophètes, qui ne prend fin qu'avec l'indépendance nationale d'Isrfttt^ Voici les phases de cette période : i"* le centre de gravité passe des tribus te nord d'Israël à Juda; ce déplacement, préparé lentement, est achevé par feat chute de Samarie en 722; 2° découverte et promulgation (en 621) du Code dMéronomique; c'est là une tentative destinée à donner aux prédications pFO|^étiques la forme législative; 3* suppression d'Israël comme État — conséquence de Texil ; 4** renaissance de la conscience religieuse dans la deuxième moitié du vr siècle.

Avec Néhémie commence une époque nouvelle. Elle est partagée en deux moitiés par le commencement des relations avec le monde grec, vers 333. Dans la période qui précède cette date, il s'agit avant tout de former et de développer une communauté sainte régie par la loi; dans l'autre, l'essentiel est la lutte avec l'hellénisme, lutte qui arrive au paroxysme avec la guerre des Macchabées.

Après une courte floraison sous les Asmonéens, la communauté juive se désorganise complètement avec la dynastie d'Hérode et sous les procurateurs romains qui suivirent. Même au point de vue religieux, ni les mouvements apocalyptiques avec leurs espérances messianiques, ni l'étude scrupuleuse et étroite de la loi, ni l'individualisme religieux n'arrêtèrent cette décadence. Mais c'est à ce moment que la notion de Dieu enfermée dans le Jahvisme trouva en Jésus-Christ son expression intégrale.

§ 4S. — Jahvé; les origines de son culte.

Le dogme principal de la religion Israélite est celui-ci : Jahvé est le Dieu d'Israël, Israël est le peuple de Jahvé. La tradition Israélite est unanime à dater du séjour en Egypte ces rapports entre Jahvé et Israël, qu'Osée représente sous la forme d'un mariage, et qui sont régulièrement désignés sous le nom d'alliance depuis l'époque du Deutéronome et de Jérémie : (( Jahvé est Dieu dès le pays d'Egypte » (Os^c, 12 lo, 43 * ; cf. 9 lo; Amos, 3 %).

En opposition avec cette vieille conception, plusieurs savants ont récemment placé dans la Palestine même le lieu d'origine du Jahvisme, et du peuple Israélite en général : ainsi Stade (Gesch, d. V. Isr,, I), qui se fonde sur les noms d' « Hébreux » et d' « Israël ». Pour lui, les habitants non Israélites du pays à Touest du Jourdain auraient donné le premier de ces noms au peuple Israélite, lorsqu'il s'établit parmi eux. Quant au second, il aurait été celui d'une tribu du pays à l'est du Jourdain, qui se distingua en quelque manière, acquit une notoriété particulière et dont d'autres tribus prirent le nom.

H. Winckler (Gesch. Isr.^ I) va bien plus loin dans cette voie. D'après lui, David, prince de Kaleb, soumit à sa domination d'abord Juda,

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ensuite les autres tribus établies en Palestine. Le royaume ainsi créé reçut le nom d'Israël et le dieu Jahu, adoré, sur le Sinaï en Muçri, par diverses tribus arabes, devint, sous le nom de Jahvé, la divinité de ce royaume. Tout ce que T Ancien Testament raconte des temps qui ont précédé David, Winckler le considère comme une légende forgée par David ou lea poètes de sa cour, afin de prouver Tintime parenté dlsraël et de Juda. La confusion des noms de Muçri et Miçraïm offrait fort à propos un point de départ à cette légende.

Ce ne sont là que des conjectures arbitraires. Tiele * Ta dit avec raison ; on peut nier Thistoricité du séjour en Egypte, mais à la condition de donner une explication satisfaisante de la naissance d'une semblable fiction à une époque où Ton n'avait aucun motif de haïr TÉgypte, et où Ton allait même jusqu'à la considérer comme une alliée. En tout cas, l'alliance des irtbus a dû être contractée avant la conquête de la Palestine proprement dite, car cette alliance s'est rompue lors de cette conquête, tandis que le souvenir s'en est conservé*.

Toutefois nous n'avons pas le droit de remonter plus haut pour le nom de Jahvé. Sans doute le Jahviste remploie déjà dans les récits du Pentateuque relatifs aux patriarches, et il fait remonter Tadoration de ce Dieu à la deuxième génération humaine {Genèse^ 4 se); mais ceci ne saurait prévaloir contre la narration de l'Élohiste, suivi, pour l'essentiel, par le Codé sacerdotal et d'après laquelle Jahvé est la forme précise, révélée à Moïse, de r « Elohim des pères », demeuré jusqu'alors indéterminé. Au point de vue religieux, la nuance est insignifiante. Le Jahviste, en n'employant qu'un seul nom divin, exprime simplement l'identité de la religion des patriarches avec celle d'Israël. L'Élohiste fait bien cette distinction, mais tout en pensant que les générations antérieures étaient animées du même esprit que l'Israël qu'il connaissait : le Dieu, qui désormais portera le nom de Jahvé, est l'Elohim des pères. Osée, 12, est ici très instructif.

Pour apprécier quels étaient, au point de vue religieux, les raj) ports entre Jahvé et Israël, il faut surtout considérer le sens qu'avait devant la conscience religieuse d'Israël le nom du Dieu, tel que ce sens ressort de VExode, 3. Le nom de Jahvé est pris ici comme un imparfait qal du verbe haya, et il est expliqué par la circonlocution 'ehyeh 'oser 'ehyeh. A l'interprétation par le hiphil donnée par Schrader', Baudissin*, H. Schultz*, etc,*, on doit objecter qu'elle ne cadre pas avec le contexte, que haya n'a pas de hiphil j et que l'idée de « dispensateur de la vie » et même de « créateur n n'est pas au premier plan dans la notion Israélite de Dieu. D'autre part, aucune des diverses interprétations anciennement proposées ne rend

1. Tiele, Geschiedenis van den godsdienst in de oudheii^ I, 280.

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