‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 66 sur 160 · Wellbausen, Gesch,, p · texte numérisé non relu

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proche. Sans se laisser aveugler par Téclat superficiel du règne de Jéroboam II, ils découvrirent courageusement les plaies morales du peuple, et annoncèrent comme châtiment la destruction. Voilà qui marque toute la distance qui les sépare du peuple. Celui-ci ne pouvait croire que Jahvé abandonnerait son peuple à la ruine ; pour lui, cette idée était même un blasphème. Pour les prophètes, cette ruine était la conséquence rigoureuse et voulue parles circonstances de la conception qu'ils s'étaient formée de Dieu. La justice étant pour eux la mesure de toutes choses, ils la voyaient se manifester avant tout dans l'histoire. Même les grands empires, en première ligne la puissante Assyrie, qui justement alors devenait redoutable à Israël, devaient servir les vues de la justice divine. C'est Jahvé qui suscitait l'Assyrie, pour faire sentir sa colère à son peuple. Cet empire ne pouvait faire de mal à Israël que parce qu'il avait été destiné à un tel rôle par Jahvé.

Ainsi s'explique la conduite des prophètes, lorsque s'approchait à grands pas la fin de leur peuple. Lorsqu'elle semblait encore lointaine, eux la prévoyaient, et, malgré la douleur profonde qu'ils en éprouvaient, Osée en particulier, ils ne pouvaient que prêcher la fin d'Israël et la déclarer décrétée par Jahvé. En annonçant la mort de leur peuple, ils sauvèrent la religion Israélite. Us ont appris au plus lointain avenir que Jahvé poursuit ses desseins sans s'occuper des intérêts nationaux d'Israël; ils ont ainsi empêché le Jahvisme de disparaître avec Israël.

Pourtant il faut ajouter un trait encore. Depuis quelque temps on conteste habituellement à Amos les derniers versets de son livre. C'est à tort. Ces versets ne contredisent nullement les menaces qui précèdent*, mais prouvent simplement qu'Amos, lui aussi, était Israélite. Comme Osée, il n'a pu croire à la destruction irrémédiable d'Israël. Pour Osée, l'amour de Jahvé arrachera le peuple à toutes les chimères où il cherche un point d'appui en dehors de Jahvé, même à une existence politique. Pour Amos, lorsque la justice de Dieu aura accompli son œuvre terrible, un nouvel Israël renaîtra des ruines de l'ancien. S'il ne nomme pas les anneaux de la chaîne qui les réunira, s'il les juxtapose sans aucun intermédiaire, il ne faut pas plus s'en étonner que de le voir associer ses espérances dans l'avenir à un retour à l'époque de cette dynastie de David, qui avait été pour les tribus du Nord le moment d'une prospérité vainement désirée depuis. Cette « espérance messianique », exprimée ici pour la première fois et avec tant de vigueur, ne nuit aucunement à la sévérité de sa prédication de la fin d'Israël; elle en est bien plutôt un corrélatif qui l'empêche de désespérer.

Tandis que, dans le royaume du Nord, la conception de Dieu élaborée par les prophètes faisait de la chute de Samarie un événement important de l'histoire religieuse, Juda, où jusqu^alors le Jahvisme avait mené une existence tranquille à Tombre de la dynastie de David, était préparé de différentes manières à devenir l'héritier des conquêtes réalisées dans le

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