Wellhausen, Die kleinen Propheten, p
royaume du Nord. Le Jahvisme, resté à l'abri des luttes violentes, y avait pris un caractère superficiel, et s'était mélangé d'éléments païens, plutôt orientaux que chananéens. Il n'est pas invraisemblable que le gouvernement d'Athalie ait grandement contribué à réveiller les esprits. Cependant c'est seulement au milieu du viii« siècle, peu avant le commencement de la guerre avec la Syrie et Ephraïm, que surgit en la personne d'Isaïe le premier grand prophète de Juda. C'est avec lui et son contemporain Micbée que le centre de gravité de la religion Israélite se déplace et passe du royaume du Nord à celui du Sud.
L'importance d'Isaïe vient de l'approfondissement qu'il a donné à la notion de la divinité. Ce progrès se résume dans le nom de « Saint d'Israël » qu'il donne à Jahvé. Ce nom renferme deux idées opposées, dont la réunion constitue l'originalité de la prédication d'Isaïe. « Saint » veut dire que Jahvé, étant l'être inaccessible, majestueux, incomparable, est Dieu dans le sens le plus complet du mot, et qu'en face de lui les dieux des peuples ne sont que des elilim, c'est-à-dire des néants (mot sans doute forgé par Isaïe lui-même). Mais il est d'autre part le Saint dhraëL Dieu de l'univers, il a pourtant fait d'Israël son peuple, et, quoiqu'il ait son trône dans le ciel, il a établi sa demeure à Sion.
Cet approfondissement de l'idée de Dieu, qui appuie sur la sainteté de Jahvé, marqua d'une double empreinte la religion Israélite. D'une part elle sanctifia Jahvé, c'est-à-dire l'entoura d'une vénération particulière. Tout ce qui semblait élevé, à quelque point de vue que ce fût, passa pour être en contradiction avec la religion ; ce qui était petit et humble était seul agréable à Jahvé. L'obéissance passive, la confiance absolue, le respect religieux devinrent une nécessité primordiale. Isaïe fut le successeur, et aussi l'allié d'Amos, en ce sens que pour lui aussi la justice et la moralité sociale sont les premières des vertus. Combien à cet égard la situation était triste en Juda, les discours d'Isaïe ainsi que les prophéties de son auxiliaire Michée le montrent péremptoirement. La prédication d'Isaïe marque un double progrès. Il est le prophète de la foi, c'est-à-dire de la confiance (haie Tg, 30 is). C'est ce qui apparaît surtout dans ses efforts politiques pendant la guerre avec la Syrie et Ephraïm, mais encore plus parmi les vicissitudes de tout autre ordre qui marquèrent le règne d'Hiskia. En somme, la politique d'Isaïe est un abstentionnisme à base religieuse. Pour lui, Juda, étant le peuple du « Saint», doit renoncer à jouer un rôle politique; sans chercher de secours auprès des grandes puissances, sans Touloir se mesurer avec elles et sans les craindre, il doit se réfugier dans sa foi inébranlable en Jahvé ; n'est-ce pas à Jahvé qu'il doit sa force, son existence, tandis qu'en dehors de lui il ne peut trouver aucune défense? De tout temps, et en particulier à l'époque de David et de Salomon, la puissance politique avait été considérée comme une condition indispensable de l'importance religieuse; nous rencontrons ici une idée nouvelle, développement de la pensée d'Osée : aux empires mondains Isaïe oppose Israël, royaume spirituel doté d'un idéal propre, qui n'est ni celui de la nature, ni celui de la politique. Les conséquences de cette idée furent
incalculables : elle fournit, au milieu des agitations politiques de cette époque, le moyen de sauvegarder pour l'avenir l'importance d'Israël. Elle donnait un complément positif et indispensable à l'œuvre de ces prophètes du Nord qui avaient arraché les barrières qui faisaient de Jahvé le prisonnier d'une nationalité.
Jahvé étant conçu comme l'Être saint, et exigeant de son peuple une confiance entière, exclusive, son culte devait être un culte à part, pur de tout alliage profane. De là une polémique contre tout ce qui pouvait être regardé comme une adoration d'œuvres humaines ; cette polémique, qui se rattachait à celle d'Osée, eut une portée beaucoup plus grande. Elle n'était pas seulement dirigée contre les images proprement dites, en particulier les images païennes du soleil introduites par Achab, mais encore contre les antiques Ephod, instruments d'un culte matérialiste incompatible avec Jahvé, tel qu'on le concevait désormais. Un court passage des II liois 18 * montre clairement que cette polémique ne fut pas sans succès immédiat; mais c'est la réforme deutéronomique tout entière qu'il faut regarder comme le résultat du mouvement inauguré par Isaïe.
Le second résultat capital obtenu par Isaïe en mettant au premier plan la sainteté de Jahvé, fut de mettre en évidence le caractère unique de Jérusalem. L'importance attachée à cette ville s'exprima clairement d'une part dans les noms d'Ainel, de « ville de Dieu », et surtout de « montagne sainte », d'autre part dans le « dogme isaïque » de l'inviolabilité de Sion, qui apparaît surtout dans la seconde période d'Isaïe. Cette exaltation de Jérusalem trouva une confirmation imprévue dans l'anéantissement de l'armée assyrienne sur la frontière palestino-égyptienne, qui sauva Jérusalem d'un danger pressant. Cet événement n'eut pas une grande importance au point de vue extérieur; l'hégémonie assyrienne n'en fut pas ébranlée * ; mais, au point de vue religieux, il n'y a pas eu, depuis la conquête de Jébus par David, de fait plus gros de conséquences. Cet événement, dont l'importance était encore augmentée par les prédictions prophétiques, entoura Jérusalem d'une auréole que la ville de Dieu n'a plus jamais perdue et qui empêcha à tout jamais de lui comparer d'autres lieux de culte; il signifia aussi le triomphe de la foi et de la certitude que l'on avait d'être le peuple du saint Jahvé. Jahvé avait donné pour fondement à Sion une pierre de solidité éprouvée (haïe 28 le).
Dans la prédication d'Isaïe sur le « reste qui reviendra », le se'ar yasub^ nous retrouvons la pensée fondamentale de la théorie précédemment mentionnée. Cette prédication a son origine dans Elie, mais Isaïe lui a le premier donné une formule précise. Son importance vient de ce qu'elle concilie deux idées contradictoires, celle de l'inévitable destruction du peuple comme conséquence de Timpiété générale et celle de la qin'ath de Jahvé, qui ne veut pas abandonner son peuple. Cette idée du se'ar yasub est à la base de la distinction, généralisée dans la suite, entre le vrai et le faux Israël, entre la communauté et le peuple. En outre l'a espérance messîa-