‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 94 sur 160 · XXIV, 527; les deux tonneaux sur le seuil de Kronos · texte numérisé non relu

XXIV, 527; les deux tonneaux sur le seuil de Kronos

quiconque comprenait les apparitions prophétiques les expliquait; c*est ce que font Hélène, Polydamas. Sans doute il arrivait que l'on se mît au-dessus non seulement des interprétations, mais des signes eux-mêmes : ainsi Eurymaque conseille de ne pas croire à tous les oiseaux qui volent sous le soleil, et Hector dit, pour effacer Timpression produite par un signe décourageant : elç olo)vôç dfpKTTo; àjxuveaOat irepl Trarpriç ^ Parmi les signes. - Homère nomme la rumeur prophétique, "Oddx, messagère de Zeus. Le poète accorde aussi à côté de l'interprétation des signes une place à la divination intérieure, aux pressentiments, à la clairvoyance qui précède la mort chez Patrocle, Hector, etc. Dans leurs rêves les hommes reçoivent aussi des apparitions et des avertissements : Patrocle apparaît à Achille, Athéné à Nausicaa. Mais Pénélope se plaint qu'il y ait aussi des songes mensongers dans la comparaison bien connue entre les deux portes d'ébène et d'ivoire d'où sortent les rêves*. Cette incertitude pourtant n*est pas seulement dans la nature des songes, elle provient aussi des dieux eux-mêmes qui envoient parmi les hommes des visions trompeuses semblables à celles que Zeus envoya à Agamemnon. L'art de distinguer et d'interpréter les rêves était, comme pour les signes, affaire d'aptitude personnelle et non pas de métier. Chez Calchas, l'habileté mantique est un don. Il est rarement question de nécromancie; dans le chant XI de V Odyssée nous voyons cependant Ulysse descendre chez les morts pour les interroger.

Nous avons déjà vu que si la puissance divine se montre souvent secourable aux hommes, il n'est pas rare qu'elle leur soit contraire. 11 n'y a ici rien de précis, c'est le règne du caprice. Homère est loin d'avoir l'idée d'un gouvernement du monde par une justice qui récompense et punit. Les dieux aveuglent les hommes, les font courir à leur ruine, les égarent et les conduisent au crime : Até est la fille de Zeus ^ On a cru qu'Homère avait désigné spécialement cette activité funeste par le mot SaCîxwv ; maig il emploie 8ai;xo>v indifféremment avec ôeoç; il ne connaît pas encore de démons formant une classe d'êtres spéciaux, et Ton ne peut guère soutenir non plus que les démons désignent chez lui des actes divins spéciaux, abstraction faite des personnes divines. De même on comprend de différentes façons l'appellation de Saïuidvte souvent donnée à des hommes : les uns croient que le mot veut dire « divin )), les autres pensent qu'il a le sens de « malheureux ».

Il va de soi que les dispositions changeantes et les intérêts privés de ces dieux que nous avons appris à connaître ne peuvent être les lois suprêmes de l'univers. A côté et au-dessus des dieux se trouve donc chez Homère la puissance du destin; mais ses rapports, avec Zeus en particulier, ne sont rien moins que clairs. On a peut-être déjà une conception plus objective du gouvernement de l'univers, dans l'image de la balance sur laquelle Zeus pèse deux sorts opposés*; pourtant la balance n'est ici

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