‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 95 sur 160 · Vni, 69;XXII · texte numérisé non relu

Vni, 69;XXII

^ v*^ *10 HISTOIRE DES RELIGIONS

t>^v/ ■ • sans doute que le symbole de la décision déjà prise. Il en est autrement

^i"!^^^" ' du destin qui est représenté tantôt comme le sort en tant qu'il est subi,

fv ■;;; tantôt comme la puissance distributive elle-même. Homère emploie en

Çr - général pour le désigner les mots aida et jjLoîpa qu'il ne personnifie pas : il

;^ V* . ne parle que deux fois des Moirai ou Klôthes (les Pileuses) *. On a souvent

, *r étudié les innombrables passages où il est question dans Homère de {*.oîpa

> " et de alca et l'on est arrivé aux résultats les plus différents. Le destin semble

> tantôt être étroitement lié à Zeus et aux dieux, il se nomme alors Atèç aîax, \ [jLoîpa 6ewv, il semble que le sort soit complètement identique à la volonté

de Zeus, à l'avis des dieux, au ô^fftpaxov, tantôt il y a entre les deux choses un désaccord indéniable. On a cru que Zeus était au-dessus de la Moira, mais plus d'un passage prouve le contraire et montre Zeus obligé d'obéir à la fatalité. En général les dieux ont soin de respecter les limites tracées par la Moira'. Il serait possible, in abstracio^ de franchir ces limites; on désigne cette possibilité par l'expression uTcéojjiopov. Ainsi Zeus aurait pu changer le sort de son fils Sarpédon *, mais cela eût été si périlleux qu'il n'osa pas le faire. Il ne faut pas chercher ici de doctrine définitive. D'un côté le destin passe pour inévitable et fatal. D'autre part la supposition qu'il pourrait arriver quelque chose de contraire à la destinée donne du charme et de l'intérêt au récit. Nous Usons souvent que telle ou telle chose contraire à la fatalité se serait produite si une divinité n'était pas intervenue au dernier moment; il semble même quelquefois que le OTuépjjiopov soit atteint en réalité*; mais il est dangereux de tirer une doctrine d'expressions poétiques. On a du reste souvent exagéré la valeur religieuse de la doctrine du destin chez Homère, par exemple quand on a découvert une idée monothéiste dans la conception de la Moira. On aurait pu remarquer que la Moira ne s'entend point d'une fin générale de l'univers, mais de la fin spéciale des choses particulières, notamment dans le cas de la mort. Homère n'a donc certainement ni inventé ni développé ridée de la Moira pour satisfaire à des besoins religieux. Partout la croyance populaire connaît des esprits qui gouvernent le sort des individus; Homère a sans doute emprunté cette conception à la croyance populaire. Contrairement à celle des dieux, la puissance de la destinée est impersonnelle, aveugle, impartiale. Mais je^ne suis pas certain qu'elle représente en quelque sorte un rythme bienfaisant, tranquillisant au milieu d'un concert d'instruments déréglés *. C'est la MoTox 8u<io)vi>ulo;, ôXoîî, xpat-ranî, dont on ne peut attendre ni sécurité ni secours. Tout au plus y at-il une sorte d' adoucissement dans l'idée que le jour de la mort est fixé pour tous les hommes'.

Quand l'homme se sentait dépendre de puissances supérieures, il ne se

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