‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 104 sur 205 · HÉRÉSIES, SCHISMES ET CONTROVERSES · texte numérisé non relu

HÉRÉSIES, SCHISMES ET CONTROVERSES

g 69. — L'Iconodasme et le VII* concile générale

1"^ Le culte des images est presque aussi ancien que rÉglise. S'il devait se restreindre au temps des persécutions, il existait néanmoins déjà et avait pour objet les nombreuses représentations de Jésus et de Marie ou des saints, ainsi que le prouvent les catacombes *. Naturellement ce culte prit de Fextension après l'édit de Milan. On construisit de magnifiques basiliques, qu'on orna avec des statues et des peintures de toutes sortes. En ceci l'Église orientale excellait, et plus que toute autre ville, Constantinople était riche en statues du Christ et des saints. Les empereurs mêmes montraient le plus grand zèle et employaient les images du Christ comme étendards de leurs armées. A part les abus superstitieux de quelques ignorants, tout ceci restait dans les limites de la vraie doctrine de l'Église et pour le grand bien de la société chrétienne. On distinguait ajuste titre le culte suprême (cultus latriae) qui ne revient qu'à

1. Bedruer, Les vestiges du culte impérial à Byzance et la querelle des iconoclastes. Compte rendu du ^^congr. scint, cfesca^A., Paris, 1891, «• sect., p. 167 8S. — Hergei«röther, Photius, h 2i6 ss. — Hefele, Histoire des Conciles, III, p. 300 ss. — Schneider, Der H, Theodorus von Studita, Munster, 1900 {Kirchengeschichtl, Stud., III, p. l-lll). — Louis Brébier, La querelle des images, Paris, 1904. — J. Pargoire, L'Église Byzantine de 517 à 841, Paris, 1904, p. 253 ss. — 2. J. Wilpert, Malereien der Katakomben Roms, texte, p. 160-161.

Dieu, et le culte inférieur {cultus duliaé) qui est rendu aux saints. Ces deux cultes sont dits absolus*, parce que Dieu et les saints possèdent réellement les perfections surnaturelles pour lesquelles on les vénère. Les images au contraire n'ont droit qu'au culte relatif, parce qu'elles ne sont que des représentations du Christ et des saints.

2^ Les Juifs et les Mahométans s'o£Pensaient du culte des images ; ces derniers en arrivaient souvent à des attaques contre les objets de la vénération chrétienne. Quelques évêques y virent un obstacle à leur conversion et employèrent, à ce qu'on prétend, leur influence auprès de l'empereur. Le Césaropapisme avait alors atteint son apogée à Constantinople. Léon III Flsauplen ^ (717-741) commença une lutte qui, pendant plus d'un siècle, sévit sur l'empire de Byzance (726-842) au grand dommage de l'Église et de l'Etat.

La première période de la persécution (726-780) commence par la destruction de l'image très vénérée du Christ, appelée Antiphonetes (caution), qui se trouvait sur la porte de cuivre dans le quartier Chalkoprateia. Le peuple s'y opposa avec tant de véhémence que l'exécuteur de cette profanation sacrilège, Jovinus, fut mis à mort. Une véritable boucherie, qui n'épargna même pas les femmes, fut la réponse de l'empereur. Celui-ci s'efforça, mais vainement, d'attirer le patriarche dans la lutte contre les images. Germain, déposé pour son énergique résistance, écrivit à Rome pour rendre compte desa conduite et fut encouragé et félicité par Grégoire IP. Le pape envoya à Léon III une lettre courageuse pour lui reprocher d'avoir prohibé la vénération des images et l'avoir traitée d'<( idolâtrie ». L'empereur répondit avec arrogance, se glorifiant d'être à la fois empereur et prêtre (//wperator sum etsacerdos) et arguant en sa faveur du silence des conciles. Là-dessus Grégoire écrivit avec dignité que

1. Considérés comme amis de Dieu, le cuUe donné aux saints peut être dit relatif. Mais pris au sens strict, leur culte est absolu. — 2. Sur LÉON ni, cf. Pargoire, L'Église Byzantine, Paris, 1905. — 3. Jàffé, 2« éd., 2181.— Mansi, XIII, 91 ss.

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Tempereur avait aussi peu le droit de donner des ordres dans l'Église que le pape dans le palais impérial, ajoutant avec ironie que les conciles n'ont jamais ordonné de manger du pain et de boire de l'eau ^ Il ne se laissa d'ailleurs troubler par aucime menace. Entre temps, l'empereur avait établi un nouveau patriarche, Anastase, instrument complaisant de la lutte contre les images. Naturellement le pape refusa de le reconnaître^. La lutte devint plus acharnée. Malgré l'opposition des clercs et des laïcs, partout les images tombèrent sous le mar^ teau destructeur. Le persécuteur trouva un puissant adversaire dans le savant Jean Damascène, qui envoya par le monde ses trois célèbres apologies ^. L'usurpateur Gosmas, autour duquel les orthodoxes s'étaient groupés, fut vaincu et exécuté. Un second et plus terrible édit de persécution parut en 730. Le pape Grégoire 111 défendit de nouveau l'opposition aux images ^ et excommunia les délinquants. Comme vengeance contre le pape, une flotte partit de Constantinople pour l'Italie (732), mais elle fit naufrage dans la mer Adriatique. Là-dessus l'empereur arracha l'IUyrie du patriarcat romain et pilla les patrimoines de l'Italie méridionale et de la Sicile. Léon risaurien mourut en 741.

La tentative de son gendre Artabase pour s'emparer du trône et rétablir les images, ne réussit pas. Constantin Copponyme V ^ (741-775) remporta sur lui la victoire et continua l'œuvre persécutrice de son père avec une nouvelle violence. Peu à peu les évoques faiblirent, par suite du mauvais exemple du patriarche infidèle et de la cruauté du pouvoir. Réunis en concile à Constantinople par l'empereur (754), les 338 membres déclarèrent le culte des images une idolâtrie et l'œuvre

1. Jaffé, n, «180, 2182 i * Ne de pane quidem et aqua dictum est quidquam, sitne comedendum an non comedendum, bibendum an non bibendum, • — DucHESNE, Liber Pontif., I, p. 413 s. — Lodis Gdérard, MéL d'ArchéoU et d'hist. de l'école franc, de Rome^ 1890, p. 44 ss. — 2. Jaffé, n. 2183. — 3. P. G., XCIV, 1227 ss. — 4. Jaffé, n. 2233. — Krmoni, Saint Jean Damascène^ Paris, 1906. — 5- Lombard, Études d*hist. byzantine. Constantin V empereur des Romains, Paris, 1902.

du démon ^ , et prononcèrent Tanathème contre les orthodoxes. Quoique les patriarches d'Alexandrie, de Jérusalem, d'Antioche et de Rome ne fussent pas représentés, l'empereur regarda cependant la lutte des images comme légitimée et prit sa cruauté comme marque de zèle. Non seulement il brisa toutes les images, mais il fit couvrir de chaux toutes les peintures et les remplaça par des paysages au point que « l'église ressemblait à une cage d'oiseaux ou à un magasin de fruits ». A mesure que le clergé séculier s'inclinait plus profondément devant le tyran, les moines s'opposaient avec plus d'ardeur. Mais bientôt les couvents furent dépeuplés : leurs habitants s'en allèrent en exil ou subirent une mort cruelle comme Pierre Calybita, André de Crète et l'abbé Etienne, etc. L'empereur exigea des habitants de la capitale le serment de regarder toute image de saint comme une idole, d^ n'avoir aucune relation avec les moines, mais plutôt de leur jeter des pierres et de les insulter. Les reliques, elles aussi, furent attaquées et profanées. Naturellement au dehors de l'empire, des voix s'élevèrent nombreuses contre cette fantaisie criminelle. Le concile de Latran (769) prononça l'anathème contre le pseudo-concile de Constantinople (754). Copronyme mourut en 775. Léon IV (775-780) fut plus modéré mais ne retira pas les édits. Après sa mort (780), son épouse Irène prit lepouvoirjau nom de son fils en bas âge.

3** L'impératrice commença son œuvre salutaire par le VIP concile général ^, second de Nicée (787). Les légats du pape Adrien P' présidèrent. Dans la seconde session, on lut les lettres du pape au patriarche et à l'empereur^, alors les 390 évêques déclarèrent unanimement : « ainsi croit tout le concile » , Les 4® et 5® sessions fournirent des preuves tirées de la sainte licriture et des Pères ^ en faveur des images. La 6® session con-

1. Actes chez Mansi, XIII, â05 ss.~2. Mânsi, XH-XIII.— Hefele, m, 4S6 ss. — Cf. PARGOiRE, UÉglise Byzantine, p. 963. — 3. Jaffé, n. 2448-2449. — 4. Exode, XXV, 17-22. ^Nombr,, vu, 88-89. — EzÉcn., xu, i«i5,l9. — Bébr., IX, 1-5.— BREniER, 2u€s Origines du Crucifix dans l'art religieux^ Paris, 1903.

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<iamnâ le pseudo-Concile de 754, tandis que la 7* exposait la doctrine au sujet du culte des images. Celui-ci consisterait, ainsi que TÉglise Ta toujours enseigné, dans une honoraria veneratio (itpoaxuvr.aiç ti^xtitixt]) et non pas -en la vera latria [àXtfivi^ Xatpcia) qui ne revient qu'à Dieu. Ainsi la paix était provisoirement rétablie (787), En 802, l'impératrice Irène fut chassée. Mais les intrus Nicéphore ^802-811) et Michel Rhangabe (811-813) respectèrent la décision du concile.

4^ Avec liéon V FArménien (813-820), la persécution recommença (814). Le patriarche Nicéphore fut inébranlable. Le chef des moines dans la lutte était le célèbre abbé Théodore Studite^ Le sang coula bientôt à flots. Évêques, prêtres, moines, religieuses, femmes et jeunes filles subirent alors violences et supplices. Plusieurs reçurent la palme du martyre. Studite se plaignit au pape qui envoya des légats, mais sans rien obtenir. L'empereur Michel II (820-829), quoique plus modéré tout d'abord, continua la persécution, ainsi que Théophile (829-842) qui n'épargna même pas les membres de sa famille. Il laissa un fils encore mineur, Michel III, dont la mère Théodora prit la régence et mit fin à la persécution. Les images revinrent en honneur.

En 842 s'assembla un concile à Constantinople^. Il renouvela le symbole de foi du VII« et de tous les conciles généraux précédents et établit une fête propre pour rappeler solennellement chaque année au premier dimanche du carême la victoire sur toutes les hérésies :

1. P. G.,XCIX. — G. A. Schneider, Dcr H. Theodorvon Studion, Sein Leben und Wirken, Kirchengesch. Stud., Munster, 4900, III, 1-Hl. — Ton- GARD, La persécution iœnoclaste d'après la correspondance de saint TheO' dore Studite. Rev, desQuest. hist., t. L (4891), p. 80 ss. — Marin, De Studio coenobio constantinopolitano^ Paris, 4897 ; Saint Théodore, 759-826, Paris, 4906. — 2. Mansi, XIV, 787 88. — Hefele, IV, 407-409. — Pargoire, UEglise Byzantine, p. 270.

S 70. *— L'Occident contre le VII* Concile général i.

lo Les actes du VII® concile général (787) rencontrèrent en Occident une vive opposition. Il y avait à cela un double motif : Premièrement l'aversion contre TOrient déjà existante reçut un nouvel aliment par suite de l'échec du projet de mariage entre Constantin VI (780-797) et Rotrude, fille de Charlemagne, et de plus la protection accordée par les Grecs à Adelchis, prince héritier Lombard. Mais cependant la raison immédiate fut la traduction très infidèle qui fit connaître le concile aux Francs. La langue était incorrecte, et de plus l'expression de la doctrine n'était pas même exactement donnée. Ainsi les mots Trpocxxuvriai; et Tcpoaxuveiv avaient été très bien rendus littéralement par adoratio et adoraréj mais ils furent pris par les Francs pour le culte de latrie, La traduction fit dire au métropolitain de Chypre qu'il rendait aux images le même honneur qu'à la sainte Trinité ^

2® Après la lecture et l'étude de ces actes traduits, Charlemagne vers 790 fit composer probablement par Alcuin les Iwres carolinsy dans lesquels le VIP concile général examiné d'après le texte fautif était condamné *. Avec cette réfutation en 85 chapitres qui fait le fond des livres carolins^ Charlemagne envoya à Rome son gendre Angilbert. Le pape Adrien fit parvenir à l'empereur une lettre détaillée dans laquelle il défendait puissamment le concile grec et réfutait complètement

1. p. L., XCVni, 999-4348. — Hefele, HUt. des Conciles, ni 694 88,; IV, 1 s.; 38 88. — Acta SS, BolL, t. II Junii, p. 74Ö. — Histoire littéraire de la France, Paris, 1733, t. IV, p. 574, 575. — Foss, Leben und Schriften Agobards, Erzb, von Lyon, Gùtersloh, 4897. — Türmel, Histoire de la théologie positive, 2« éd., Paris, 4904, p. 235 SS., 350 ss., 479 ss. — 2. Anastase le Bibliothécaire fournit plus tard une nouvelle traduction, P. L., GXXIX, 495, où il dit de la première : « Quod interpres paene per smgula, relicto utriusque linguae idiomate, adeo fuerit verbum ex verbo secutus, ut quid in eadem editione intelligatur, autvix aut nunquam possit adverti ». — 3. Mansi, XII, 4448; des passages chez Hefele, III, 704 ss. — 4. Livres Carol., P. L., XCVIII, 99 ss. — Cf. Hefele, III, 694 ss.

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