‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 105 sur 205 · L'OCCIDENT CONTRE LE VII« CONCILE · texte numérisé non relu

L'OCCIDENT CONTRE LE VII« CONCILE

les griefs des Francs ^ . Le résultat fut minime. Car en 794 se réunit à Francfort un concile où les évêques souscrivirent une protestation contre le second concile de Nicée^et reprochèrent aux Grecs d'accorder aux images le même culte qu'à la sainte Trinité. La nette distinction apportée par le VIP concile entre le culte de latrie et le culte de dulie ne semble pas avoir été comprise par les Francs. Ceux-ci restent orthodoxes quant au fond, mais, par aversion contre les Grecs, ils arrivent à ces propositions quelque peu malsonnantes : il est indifférent d'honorer les images comme de s'en abstenir ; il est donc regrettable que le concile ait menacé d'anathème celui qui ne les honore pas ; on honore par une génuflexion ou un baiser les hommes vivants , mais non les reproductions inanimées faites de main d'homme; les images sont utiles comme ornement des églises et comme souvenir de pieux événements, mais il est insensé de brûler devant elles des lumières et de l'encens ; en Occident on a toujours vénéré la sainte Croix, les saintes Écritures, les vases sacrés et les reliques des saints, mais il est blâmable de leur égaler les images^.

3^ La vénération des images vint encore en question à la grande assemblée de Paris en 825. On resta au sentiment des Usures carolins et on tâcha d'amener le Pape à agir dans ce sens sur les Grecs ^. On ignore si Eugène II satisfit ce désir, mais l'on sait ^ue Louis le Débonnaire voulut attirer lui-même les Byzantins à ses idées et envoya dans ce but à Constantinople Halitgar et l'abbé Ansfried. Claude de Turin ^ aboutit alors à un iconoclasme complet. Dès 824, il fit enlever des églises de son diocèse toutes les images et les croix et interdit la vénération des reliques aussi bien que le culte et l'invocation des saints. Il trouva cependant de puissants adversaires chez Jonas d'Orléans, l'abbé Théo-

1. p. L., XCVni, 1*77-1292. — 2. Mansi, XHI, 907, can. 2. — 3. Hefele, in, 707-708, comme substance des Livres Carolins au sujet des images, — 4. Mansi, XIV, 421 ss. — 5. E. Comba, Claudio di Torino, ossia la protesta di un vescovo : cenno storico^ Florence, 1895.

demir et Dungal, moine de Saint-Denis. Agobard de Lyon * interdit lui aussi d'accorder un culte extérieur aux images. Bientôt cependant la juste notion pénétra partout, surtout quand se fut fait sentir Tinfluence d'Hincmar de Reims et de Walafrid Strabon.

S 71. — La lutte au sujet du « Filioque » dans le symbole de Nicée-Gonstantinople 2.

1» La doctrine relative à la procession du Saint- Esprit était rendue d'une façon bien exacte quant au sens dans le symbole du IP concile oecuménique de Constantinople (381); mais quant à la forme, Texpression laissait à désirer : Et in Spiritum sanctum Dominum {fwificantem, qui ex Pâtre procedit. Quoique l'Orient et l'Occident fussent d'accord dans l'orthodoxie, on diflërait de formules : en Orient on ^isdilprocessio ex Pâtre per Filium; en Occident, proces$io ex Pâtre Filioque. De bonne heure déjà on eut en Occident la tendance à introduire le Filioque dans le symbole. Ceci fut fait en premier lieu par le P' concile de Tolède en 447, puis par le IIP en 589, le V^ en 633 et plus tard par le VIII« et le XIP, etc. ^. Pendant le v® siècle, l'expression Filioque se répandit peu à peu chez les Francs, et au viii® siècle chez les Gerftiains. Paulin, patriarche d'Aquilée, accepta cette expression au concile de Frioul en 796^; de même firent les libri carolini, le livre d'Alcuin De proces-sione S. Spiritus et le concile de Francfort (794).

2o La difficulté s'éleva lorsque les deux moines Egibald et Félix retournèrent de la cour de Charlemagne à leur

1. SurÀGOBARD,cr. J.B. Martm, art. Agobard, A^ms le DicL de Théol, caàh, — 2. De Bue, Essai de conciliation sur le dogme de la proccessionr Paris, 1857. — J. VAN der Moeren, /)mer(a^to theologica depfocessione Spiritus Sancti, Lou vain, 1864. — Hefele, Hist des Conciles, III, p. 749 ss.— Hergenröther, Photius, I, p. 684-711. — Gams, Kirchengesch, von Spanien, II, p. 175 Bs. — Turmel, Hist. de la théol. pos., 2*' éd., Paris, 1904, p. 5eS6. — Dughesne, Eglises séparées, p. 75 ss. — 3. Hefele, II, 306-307 ; III, 48, — 4. Hefele, III, 718-719.

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