‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 139 sur 205 · LUTTE CONTRE L ISLAM. EXTENSION DE LA FOI CHRETIENNE · texte numérisé non relu

LUTTE CONTRE L ISLAM. EXTENSION DE LA FOI CHRETIENNE

S 96. — Les Croisades i.

1° L'an 614, les Perses s'emparèrent de Jérusalem. Le courageux Héraclius réussit à délivrer les Saints Lieux; mais pour peu de temps. Dès 637, Omar prenait définitivement possession de la ville. Au prix d'impôts élevés, les chrétiens purent conserver la liberté du culte à Tintérieur des demeures. Les pèlerinages furent également tolérés. La situation devint plus heureuse lorsque le calife Harounar-Raschid noua des relations d'amitié avec Charlemagne^ et lui envoya la clef du Saint-Sépulcre. La révolution, qui rendit les Fatimites maîtres de Jérusalem, ne changea pas beaucoup la situation du moment^. Cependant, en 1009, le calife Hakem fit dévaster l'église du Saint-Sépulcre et persécuta les chrétiens. Cette tem-

1. Recueil des historiens de croisades publiés par les soins de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres {Historiens occidentaux^ 5 vol., 1844-1895; Historiens orientaux^ 4 vol., 1872-1899; Historiens grecs, 2 vol., 1875-1881 ; Historiens arméniens, 1 vol., 1869). — Miciuud, Histoire des Croisades, Bruxelles, 1841, 10 vol. — RÖhricht, Beitrâge zur Geschichte der Kreuzzüge, 2 vol., Inspruck, 1874-1878; Id., Geschichte der Kreuzzüge im ümrisSi Inspruck, 1898. — L. Bréhier, L'Église et l'Orient au moyen âge, les Croisades, 2« éd., Paris, 1907 (il donne dans l'introduction une bibliographie très complète). — Hesne-Am Rhyn, Kulturgeschichte der Kreuzzüge, Leipzig, 1894. — 2. Cf. L'établissement du protectorat franc en Orient, Bréhier, l. c, p. 22 ss. — 3. La lettre de Silvestre II (Jaffé, I, p. 500, n. 3938) en faveur de Jérusalem est certainement une composition postérieure.

pête pourtant ne dura pas longtemps*; en 1027, les Byzantins reçurent le protectorat de Jérusalem et relevèrent de ses ruines l'Église plus belle que jamais. Au XI® siècle les pèlerinages s'accrurent* jusqu'à ce que, en 1073, les Turcs Seldjoucides jetèrent le trouble en Terre Sainte et la conquirent. Des plaintes amères sur la dévastation et la désolation des Saints Lieux arrivèrent en Occident. Les Grecs supplièrent de leur porter secours. Mais Grégoire VII fut retenu par les circonstances et Victor III ne fit que défendre les côtes de l'Italie.

2"" L'organisateur de la première Croisade (1096- 1099) fut le pape Urbain IP. Au mois de mars 1095, il tint un concile à Plaisance où comparurent également les envoyés d'Alexis Comnène pour demander secours contre les Turcs. De là, le Pape se rendit à Clermont, où se réunit en novembre 1095 un grand Concile de 14 archevêques, 250 évoques et 400 abbés. Urbain y prononça devant le clergé et les chevaliers un puissant appel'*, les excitant à délivrer le Saint Sépulcre et les chrétiens de l'Orient. Jamais discours ne fit une impression si profonde. De toutes parts le cri s'éleva : « Dieu le veut! » Des milliers d'hommes reçurent sur l'épaule la croix d'éto£fe rouge ; le premier de tous fat Adhémar de Monteil, évêque du Puy, que le Pape nomma son légat pour la Croisade. La parole d'Urbain atteignit tous les pays et y porta l'enthousiasme au comble. Parmi les nombreux prédicateurs de la Croisade, Pierre l'Ermite est digne d'une mention spéciale. L'Église accordait aux croisés une indulgence plénière, avec la protection de leurs biens pendant leur absence. Un moine ne pouvait faire la promesse de prendre la croix sans l'avis favo-

l.'La lettre de Sergius ni (Jaffé, n. 3972) est de même probablement apocryphe. — 2. L. BRÉmsR, Les Croisades^ p. 49 ss. — 3. La Légende donne cette gloire à Pierre l'Ermite. — Cf. Hisl. occid, des Crois,, lll, 169. — HA6ENMEYER, trad. FüRCY Raynaud, Le vrai et le faux sur Pierre VErmite, paris, i883. — L. Brébier, p. 59 ss. — Paülot, Un pape français^ Urbain 11^ PariSf 4903. — 4. Le discours n'a pas été rendu mot à mot. Les divers textes se trouvent à VAppend, ad Vil. Urb. II,P, L.» CLI,565 ss. — Grégut, Le concile de Clermont et la première croisade, Clermont, 1895.

rable de son abbé ou de Tévêque. Les enfants et les femmes mariées étaient exclus. La violation de la promesse une fois faite entraînait Texcommunication. La gerande masse était dominée par un zèle ardent pour la religion et Famour du Christ; quelques-uns, ainsi qu'il arrive partout dans les choses humaines, étaient poussés par le désir de la gloire, la soif de l'argent ou du plaisir.

3** Pendant Tété de 1096 Tarmée principale se mit en marche. La Lorraine était sous la conduite de Godefroy de Bouillon, de Baudouin et d'Eustache; le nord de la France était commandé par les comtes de Blois et de Vermandois ; la Flandre et la Normandie eurent leurs propres comtes pour chefs. Raymond de Toulouse et Adhémar du Puy conduisaient Tarmée du Midi; les Normands de l'Italie méridionale marchaient sous l'autorité de Bohémond et de Tancrède^ Un grand nombre de croisés s'étaient mis en route d'avance : des Allemands sous la conduite des prêtres Volkmar et Gottschalk; des Français, des Anglais et des Flamands ayant à leur tête le comte Emicho se dispersèrent par suite de la résistance du roi Kalmani en Hongrie; le groupe que conduisait Pierre l'Ermite tomba en grande partie, dès l'Asie Mineure, sous le glaive des Turcs. L'armée principale, forte de plus d'un demi-million d'hommes, traversa le Bosphore au printemps 1097. Nicée tomba en son pouvoir (19 juin). En octobre, commença le siège d'Antioche, qui, par trahison de l'émir Firouz, ouvrit ses portes aux chrétiens (juin 1098). La route de Jérusalem cependant n'était pas encore libre. L'armée chrétienne était affaiblie par les privations et fortement diminuée par la peste; et l'émir Kerbûga vint délivrer la ville avec une armée d'environ 200.000 hommes. L'effroi s'empara des chrétiens; mais la découverte de la sainte Lance^ dans une église de la ville (14 juin) leur rendit un nouveau courage ; Kerbûga fut battu par Bohémond

1. L'un fils aîné, Tautre neveu de Robert Guiscard. — 2. Bréhier, p. 7î». - Peu de temps après cela fut nié par les Normands, cf- ffist. Occid. Crois., t. m, 483-Î80.

et la citadelle d'Antioche se rendit. Le 1" août, le fameux Adhémar du Puy mourut de la peste, qui fit encore de nombreuses victimes. Ce n'est qu'au printemps 1099 qu'on partit pour Jérusalem. Le siège de la ville dura du 7 juin au 15 juillet, jour où Godefroy de Bouillon et, par une autre brèche, Tancrède et Raymond pénétrèrent dans les murs. Les souffrances avaient aigri les vainqueurs, leur vengeance fut sanglante. Après que Raymond de Toulouse eut refusé la royauté, Godefroy de Bouillon devint prince de Jérusalem. Comme premier patriarche latin, on choisit Arnoul de Rohez.

4° Le nouveau royaume de Jérusalem ^ eut à se défendre continuellement contre les attaques des Turcs. Dès Tété de 1099 , une armée égyptienne apparut , mais les chrétiens la détruisirent près d'Ascalon (12 août). Les Bédouins jetaient l'effroi dans le pays et bon nombre de ports restaient au pouvoir des Turcs. D'ailleurs on n'avait pas seulement à défendre le royaume de Jérusalem qui comprenait l'ancienne Palestine et la Phéniciet; mais aussi les fiefs : le comté de Tripoli, la principauté d'Antioche, le comté d'Edesse. Par bonheur, la conquête de Jérusalem produisit un immense enthousiasme en Europe ; elle excita des foules sans nombre à faire le grand voyage pour défendre la Terre Sainte 2. Godefroy de Bouillon succomba en juillet 1100 et eût pour successeur Baudouin d'Edesse. Celui-ci ceignit la couronne royale, que Godefroy avait refusée par respect pour la couronne d'épines portée par le Christ. Tancrède, tout d'abord jaloux du nouveau roi, eut une compensation, il gouverna pendant la captivité de Bohémond la principauté d'Antioche. Bien qu'on gardât pour le moment les lieux conquis, les efforts tentés pour soumettre Bagdad et frapper ainsi l'Islam au cœur, échouè-

1. Sur rorganisation de ce royaume, cf. Biiéuier, p. 88 ss. — 2. Le pape Urbain U eut, avant sa mort (39 juillet 1099), la joie de voir la plupart de beB anciens ennemis, et jusqu'à des parents de l'antipape Guibert, prendre la croix. L. Bréhier, p. 83. — Kunt, Un dernier triomphe d'Urbain II (Rev. des Quest. hisL, 1883, XXXIV).

rcnt. De nobles daines tombèrent entre les mains des Turcs, par exemple, Ide d'Autriche, la mère de saint Léopold. Baudouin I mourut en 1118. Son neveu, Baudouin II, prince d'Edesse, lui succéda et fit régner dans la ville et le royaume une grande prospérité. 11 se retira néanmoins en 1131 dans un couvent et laissa le trône à son gendre Foulques d^Anjou et à Mélisinde. Des querelles ecclésiastiques, la mort de Foulques en 1143, qui eut pour successeur le jeune Baudouin 111, et le puissant ennemi Zenki de Mossoul, mirent le royaume en péril. Zenki attaqua d'abord Edesse, qui se rendit le 25 décembre 1144.

5° Cette défaite provoqua la seconde croisade (1147-1149). L'appel fut fait par Eugène III le 2 décembre 1145, qui nomma en même temps saint Bernard ^ prédicateur de la croisade. Celui-ci parcourut la France, l'Allemagne et passa également dans les Pays-Bas. Sa parole ardente, confirmée par un grand nombre de miracles 2, remplit tous les cœurs d'enthousiasme. Cette croisade eut un caractère moins général, elle disposait de troupes moins fortes que la première, mais cependant suffisantes. Le roi de France Louis VIII et l'empereur Conrad III se trouvaient l'un et Tautre à la tête de 70.000 hommes. Ceux-ci prirent la route de terre, tandis que d'autres armées, venues des Pays-Bas, de l'Angleterre et de la Provence, partaient par mer pour la Syrie. Les nombreux pèlerins qui se joignirent aux croisés, les difficultés avec l'empereur grec Manuel ^ et le partage imprudent des armées furent cause qu'on ne put penser à reconquérir Edesse et qu'un petit nombre seulement atteignit Jérusalem. Là, Conrad et Louis s'entendirent avec Baudouin de Jérusalem pour attaquer Damas; cette tentative échoua, quoique l'armée comptât 50.000 hommes ; l'insuccès était dû, disait-on, à la trahi-

1. Vacandard, Vie de S. Bernard^ abbé de Clairvaux^ â vol., Paris, 18^; S. Bernard et la seconde croisade {Hev. des Quest. hist., XXXVU). — 2. Au sujet des miracles faits à Cologne, Aix-la-Cliapelle, Maëstricht et Liège, cl. P. L., CLXXXY, p. 392-398. - 3. Cf. L. BrÉHIER, l. c, p. i(fâ s.

son^. Découragés, Conrad et Louis retournèrent en Europe. Le triste résultat de Texpédition causa un grand mécontentement en Occident et fut attribué injustement à saint Bernard. Peu après, celui-ci voulut, avec l'aide de Tabbé Suger, réparer par une nouvelle croisade la perte éprouvée (1150), mais il ne fut écouté nulle part^.

La seconde croisade ne fut cependant pas tout à fait inutile. Les Wendes, peuplade païenne du Mecklembourg et de la Poméranie, cédant à l'impulsion des croisés allemands, laissèrent pénétrer chez eux des missionnaires. Les avantages conquis sur les Mahométans du Portugal furent plus grands encore. Les Hollandais et les Anglais, sous la conduite du roi Alphonse, enlevèrent à l'Islam, Lisbonne, sa capitale, et affermirent ainsi le nouveau royaume chrétien ^.

6** Après que Nour ed-Din se fut établi à Damas (1154), il continua de créer des difficultés en Palestine. Par malheur Baudouin III mourut sur ces entrefaites (1162). Il eut pour successeur Amauril, son frère. Mais celui-ci mourut également jeune (1174). Baudouin IV était un enfant atteint de la lèpre (f 1184). Baudouin V mourut jeune lui aussi (1186). Le nouveau roi, Guy de Lusignan, se vit, en montant sur le trône, en face d'un ennemi puissant, Saladin, sultan d'Egypte. De plus, les princes chrétiens étaient divisés en Orient; en Occident, l'enthousiasme était tombé. Le 4 juillet 1187, Guy de Lusignan subit de la part de Saladin une défaite écrasante près de Hattin, sur les bords du lac de Génésareth, et fut fait prisonnier avec nombre de princes et de chevaliers . Saint-Jean d'Acre tomba le 10 juillet; Ascalon, le 5 septembre; le 2 octobre, Jérusalem se rendit. Tout ce qui pouvait rappeler le christianisme fut détruit, l'église du Saint-Sépulcre fut livrée aux mains des Grecs moyennant une rente annuelle. La nouvelle de ce terrible événe-

1. LucHAiRE, Hist de France de Là visse, t. III, p. 48-19. ~ 2. Bouquet, Hist. des Gaules y t. XII, p. ilO {Vita Sugeri), — 3. Le capitaine frison Henri Ulvinga se distingua particulièrement, succomba dans la lutte et fut vénéré plus tard comme martyr.

ment réveilla TOccident de sa torpeur et de son découragement.

T Les Papes Grégoire VIll et Clément III firent appel à une troisième croisade^ (1189-1192) et renouvelèrent l'enthousiasme de Fan 1095. Partout la paix fut conclue ; le Pape la fit avec Barberousse, Philippe- Auguste se réconcilia avec Henri II d'Angleterre, Piseavec Gênes, Venise avec la Hongrie, Guillaume de Sicile avec l'empereur de Byzance. Guillaume de Tyr et le cardinal dVVlbano parcoururent l'Europe, en prêchant la guerre sainte. Le premier secours fut porté par la flotte de Sicile : elle protégea Tripoli contre Saladin. Les rois de France et d'Angleterre se mirent à la tête de leurs armées et prirent la route de mer (juillet 1190). Les Frisons et les Scandinaves partirent avec 55 vaisseaux. Dès le printemps 1189, Barberousse avait quitté Ratisbonne avec 100,000 hommes ; il traversa facilement la Hongrie, mais dut se frayer par les armes un chemin à travers les états de l'empereur Isaac l'Ange, allié de Saladin. Les fils de Barberousse s'emparèrent d'Iconium (mai 1190). Puis, l'armée, réduite à 42.000 hommes, traversa la Petite Arménie, se dirigeant sur Antioche, et vint aux bords du Calycadnus (Selef). C'est dans les flots de ce fleuve que l'empereur Frédéric Barberousse ^ trouva la mort (10 juin 1190). A la suite de ce malheur, beaucoup de croisés perdirent courage et revinrent sur leurs pas ; les autres suivirent Frédéric de Souabc. Les débris de la puissante armée allèrent renforcer les troupes qui assiégeaient Saint-Jean d'Acre.

Devant les murs de cette ville, GuydeLusignan, rendu à la liberté, avait rassemblé ses faibles contingents (juin 1189) et attendait l'arrivée des vaisseaux français et allemands. Pendant l'hiver 1190-1191 la peste se déclara; Frédéric de Souabe tomba parmi les victimes. Après Farrivéc des rois Philippe-Auguste et Richard

1. JAFKK, p. 4001 i, lUOIÎ), i0!06. — M A NSI, XX!I, 527, 534, tlO. — 2. EphL de morte Frederici, Pertz, XX, p. 496. — L. BnÉuiER, p. 123.

Cœur-de-Lion, qui avait d'abord conquis Chypre ', les armées réunies s'emparèrent de Saint-Jean d'Acre (12 juillet 1191). Il n'y eut plus d'importants faits d'armes. Tandis que Saladin effrayé s'attendait à subir une attaque à Jérusalem, l'ambition et la désunion rendirent impuissants tant les croisés que les princes de Terre Sainte. Le roi de France prit bientôt le chemin du retour. Richard Cœur-de-Lion, personnellement courageux et intrépide, manquait des qualités d'un général. Au mois d'août, il attaqua Ascalon, qui fut détruite par Saladin. Ce dernier refusa de rendre Jérusalem et la Sainte Croix. Il ne fut pas donné dç suite au mariage projeté entre Jeanne, sœur de Richard, et Malek el-Adil, qui aurait reçu en partage Jérusalem et les villes du littoral. Richard se décida donc à marcher sur la ville sainte, mais les Templiers et les Hospitaliers le lui déconseillèrent. Une révolte de Jean Sans-Terre et les mauvaises intentions du roi de France le rappelèrent dans son pays (automne 1192). Avant de partir il conclut un traité avec Saladin, qui céda aux chrétiens la contrée s'étendant de JafiPa à Tyr, leur permit les pèlerinages à Jérusalem et accorda un armistice de trois ans. Richard tomba entre les mains de Léopold d'Autriche, qui le retint prisonnier et le livra plus tard à Henri VI. Ce n'est qu'en 1194 que le héros reçut la liberté au prix de 150.000 marcs ^.

Deux causes concoururent à affermir le traité de Richard Cœur-de-Lion : la mort de Saladin (1193) dont le royaume fut partagé entre ses dix-sept fils, et la croisade allemande ^ (1196-1197). En pénitence de ses crimes nombreux Henri VI prit la croix et envoya en Terre Sainte Conrad de "Wittelsbach avec 60.000 hommes. Le seul fait digne d'être mentionné fut la conquête de Beyrouth. La nouvelle de la mort prématurée de Henri dispersa l'armée qui prit en grande partie le chemin du retour.

1. Pour les péripéties de ce voyage, cf. L. Bréhier, p. 135 s. — De Mas-Latrie, Hitt. du royaume de Chypre, Paris, 18ö2-tM, I. — 2. K. A. Kneller, Des Richard Löwenkerz Deutsche Gefangenshaft, Ergànzh, Stimmen M. L., LIX. — 3. L. Bréhieb, p. 137 ss.

8** Innocent III déplora que l'armée allemande eût paru s'enfuir, laissant la Terre Sainte à la merci des Turcs- Il soutint et protégea le roi Amaury II et ordonna un examen de la situation en Orient. Les grands-maîtres des deux ordres militaires trouvèrent le moment très favorable pour une nouvelle expédition. Les préparatifs d'une quatrième croisade * (1202-1204) commencèrent. Au clergé on demanda la quarantième partie de ses revenus; au peuple, un généreux appui. Le prédicateur principal de la Croisade était Foulque, curé de Neuilly, qui au tournoi d'Ecry-sur-Aisne donna la croix à Thibaut de Champagne, Louis de Blois, Simon de Montfort et un grand nombre de vassaux ainsi qu'à l'historien Godefroy de Villehardouin ^. Cet exemple en entraîna d'autres : Baudouin de Flandre et ses frères Henri et Eustacbe suivirent avec leurs barons. Dans l'Allemagne du sud, la croisade était prôchée par Martin de Pairis près de Colmar; un grand nombre prirent la croix. Dans le courant de 1200 on choisit comme chef Thibaut de Champagne et l'on conclut un traité avec le doge Dandolo qui acceptait de transporter l'armée sur des vaisseaux vénitiens pour 85.000 marcs ^ et la moitié des terrains conquis. Malheureusement, Thibaut de Champagne mourut tout jeune (6 mai 1201). Il était difficile de lui trouver un successeur. Enfin le choix tomba sur Boniface de Montferrat. Dans l'acte d'approbation du traité de Venise, Innocent III avait posé la condition que l'armée ne pourrait point attaquer les peuples chrétiens^. Peut-être avait-il pénétré les astucieux desseins de Dandolo. Celui-ci profita d'abord du manque d'argent des

1. HURTER, Hist. du pape Innocent III et de ses contemporains (Irad. fr.), 3 vol., Paris, 1867.— Riant, Innocent III, Philippe de Souabe et Boniface de Montferrat {Rev. des Qtiest. hist., 1875). — Hanotadx, Les Vénitiens ont-ils trahi la chrétienté en 1202? {Rev, hist,^ IV, 1872). — Runt, Le changement de direction de la quatrième croisade {Rev. des Quest. hisL, 1878). — Tessier, La quatrième croisade^ Paris, 1884. — 2. La conquête de ConstantinoplCj éd. de Wailly, Paris, 1872. — Ducange, Hist. de Vempire de Constantinople sov^ les emp. fr,, Paris, 1668. -— Bréhier, p. 149 s. — 3. Ce qui équiyaut à 5.015.000 francs. L. Bréhier, p. 161. — 4. Qesta Innocent., 83, P. L., CCXIY, 131.

croisés qui lui devaient encore 36.000 marcs et déclara reniettre la dette, si Ton faisait la conquête de Zara en Dalmatie. L'opposition du cardinal légat n'arrêta rien. Zara ouvrit ses portes * (24 nov. 1202). Peu après, versie l^r janvier 1203, Ton vit arriver des envoyés de Philippe de Souabe demandant secours contre l'usurpateur Alexis III pour son beau-père Isaac l'Ange. Bientôt arriva le fils de ce dernier, le jeune Alexis, lui-même. Malgré les menaces du Pape, la flotte se dirigea sur Constantinople, chassa Alexis III et replaça Isaac l'Ange ainsi qu'Alexis IV sur le trône. Les conditions à remplir (union avec Rome et 200.000 marcs d'argent) furent cause de lutte. Une révolution éclata, pendant laquelle la couronne échut à Alexis Ducas, qui satisfit encore moins les Occidentaux. Les croisés durent entreprendre un nouveau siège de Constantinople ^ (janv. 1204) ; Alexis Ducas fut obligé de prendre la fuite.

Après des jours horribles de pillage, de débauche et de carnage, l'empire grec fut changé en empire latin [Romanié] et Baudouin de Flandre fut unanimement élu empereur. Boniface de Montferrat ceignit la couronne de la Macédoine et de Thessalonique, tandis que d'autres reçurent des fiefs riches en revenus et les Vénitiens, les côtes, les ports et les îles le plus favorablement situés. On fit de violents efforts pour rétablir l'union ecclésiastique, si bien que le patriarcat et beaucoup d'évèchés furent bientôt occupés par des latins. Le Pape aurait bien voulu empêcher tout cela, mais il s'inclina devant le fait accompli^. En 1261, l'empereur grec de Nicée, Michel Paléologue, aidé des Génois, s'empara de Constantinople et mit fin à l'empire latin ^.

9*^ La quatrième croisade n'avait donc absolument rien fait pour la Terre Sainte. Innocent cependant ne perdit pas courage et travailla avec ardeur à la préparation d'une nouvelle expédition. 11 est vrai qu'il n'y avait

1. VILLEHARDOUIM, éd. DE WAILLY, p. 39-36. — 2. YlLLEHARDOUIN, p. 434 BS. —

L. Brehier, p. 1Ö3 8. — 3. Innocent III, EpUt^ VII, P. L., CCXV, 454 ss. — 4. L. BREUIER, p. 229.

pas grand espoir de réussir : en Espagne, on combattait controles Almohades; en France, contre les Albigeois; en Angleterre, contre Jean Sans-Terre; en Prusse, contre les païens ; à Constantinople, contre les Grecs. Mais ridée d'une croisade semblait toujours assez puissante pour enflammer d'enthousiasme les cœurs les plus simples. En juin 1212, un jeune berger de Vendôme, nommé Etienne, se crut désigné par Dieu pour conduire les chrétiens en Palestine et annonça que la mer s'ouvrirait devant lui comme autrefois pour les Israélites. Cette croisade des enfants séduisit un grand nombre ^ Des milliers d'enfants, de prêtres, de marchands et d'aventuriers prirent la mer à Marseille. Deux galères périrent ; les autres débarquèrent sur les marchés d'esclaves d'Afrique. A la même époque, Nicolas, un enfant de Cologne, s'était mis à prêcher et en entraînait un grand nombre. Près de vingt mille enfants auxquels se joignirent aussi des femmes et des désœuvrés furent conduits par lui au delà des Alpes. Beaucoup rebroussèrent chemin ou périrent de faim et de fatigue. L'évêque de Brindisi empêcha les autres d'avancer. Une partie se rendit à Rome recevoir du pape l'absolution de leur promesse. Innocent renvoya l'accomplissement de leur vœu à l'âge mûr. Nicolas, dit-on, combattit plus tard sous les murs de Damiette.

lO'* Ce fol enthousiasme à peine refroidi, Innocent appela toute la chrétienté à se lever pour une cinquième Croisade ^. Le Concile général de 1215 déciderait de l'exécution. Au clergé, l'on demùida la vingtième partie de sqs revenus; pour les croisés, l'exemption d'impôt; on décida la cessation du commerce avec r Orient pendant quatre ans, des tournois pendant trois ans et une trêve de Dieu générale pendant quatre ans. A tous les croisés et à tous ceux qui mettaient des vaisseaux à leur disposition, il était accordé une indulgence

1. RÖÜK1CUT, Der Kinderkreuzzug {Hist, Zeitschr., 1876, p. 4 as.). — Des E8SARDS, La croisade des enfants, Paris, 1875. ~ 2. Potthast, Regssta. n.

plénîèpe^ L'expédition commencerait le 1 juin 1217. Après la mort d'Innocent, Honorius III hérita de son enthousiasme. Les principaux prédicateurs furent Jacques de Vitry et Olivier de Cologne. En France, la croisade n'eut pas beaucoup de partisans. Frédéric II ajourna constamment son départ. Par contre, un grand enthousiasme régnait en Hongrie, en Allemagne, en Brabant, en Hollande eten Scandinavie. Une partiedes armées, placée sous le commandement d'André de Hongrie et de Léopold d'Autriche, traversa l'Allemagne et s'embarqua à Venise et à Spalato. L'autre partie quitta la Norvège par mer, recueillit sur sa route les croisés rhénans et frisons, fit escale en Galice, aida les Portugais à prendre une ville musulmane et rejoignit l'armée principale en mai 1218 2. Dès cette époque, le roi de Hongrie était revenu après avoir fait quelques expéditions inutiles; en même temps mourut le jeune roi de Chypre ^, qui lui aussi avait pris la croix. On résolut d'aller attaquer les musulmans en Egypte, et en mai 1218 commença le fameux Siègre de Damiette. Tous les croisés y étaient réunis sous le commandement en chef de Jean de Brienne, roi de Jérusalem, et du Cardinal légat Pelage. Au regret général, Léopold d'Autriche regagna ses foyers au printemps de 1219. L'on poursuivit néanmoins le siège. Les Hollandais et les Frisons firent des merveilles de valeur. Damiette tomba le 5 novembre 1219, au grand effroi des Turcs. Le sultan Al-Khamil attacha une si grande importance à la conservation de la ville qu'il offrit en échange le royaume de Jérusalem. Le légat refusa l'offre et voulut exterminer les infidèles. Des troupes nombreuses arrivèrent de l'Occident, mais les chances de la guerre tournèrent en faveur des ennemis, Damiette tomba de nouveau en leur pouvoir. Olivier de Cologne attribua cette honteuse défaite à la conduite des croisés ; d'autres en accusèrent Pelage seul. Celui-ci cependant

1. Hefele, V, 900 S8. — 2. Riant, Expéd» et pèlerinages des Scandinaves en Terre Sainte, p. 320-327. — 3. De Mas-Latrie , Hi$t, de Chypre^ I, 196.

semble avoir compté sur l'arrivée de Frédéric II *. 11^ Une paix de huit ans, qu'un prince chrétien seul pouvait rompre, avait été conclue avec le sultan. Honorius III insista de nouveau auprès de Frédéric. Celui-ci avait envoyé en 1221 une flotte qui arriva trop tard. Après, les hésitations recommencèrent. Il exigea le concours des autres princes et gagna ainsi du temps. Le 25 juillet 1225 se fît le traité de San GermanOy par lequel Frédéric s'obligea à entreprendre l'expédition en 1227. Sur ces entrefaites, il prit, à l'occasion de son mariage avec Isabelle, fille de Jean de Brienne, contrairement à tout droit, le titre de roi de Jérusalem ^, Quand l'expédition fut encore ajournée en 1227, parce que le nombre de vaisseaux paraissait ne pas suffire, un grand nombre de croisés moururent de la peste. Frédéric, sous prétexte de maladie, rebroussa chemin sur Otrante, où le landgrave Louis de Thuringe expira. Frappé d'excommunication par Grégoire IX lassé de ces délais, Frédéric s'embarqua enfin, le 28 juin 1228. Il ne pouvait guère songer à faire de grandes conquêtes. Comme son armée était trop faible, il ouvrit des négociations avec le sultan et conclut un traité le 18 février 1229 : pendant un espace de près de 10 ans et demi, il y aura armistice; l'empereur recevra Jérusalem ; deux mosquées resteront aux Turcs ^; les pèlerinages seront libres; de plus, le sultan cédera Bethléem, Nazareth et les villes situées sur la route de Saint-Jean d'Acre à Jérusalem ; l'empereur et le sultan se promettent mutuellement appui, mais les principautés d'Antioche et de Tripoli et les possessions des ordres militaires en Syrie ne sont pas comprises dans le traité ; les prisonniers sont mis en liberté ^. Le pape se plaignit de la conduite de l'empereur en Palestine ^. De son côté, Hermann, le grand-maître deFordreTeutonique,

1. Sur sa culpabilité, cf. Röhricht, Gesch. der Kreuzzûge in ümriss, I, 210-2H. — 2. Richard de S.-Germano, Mon, Germ,, Pertz, ScriptoreSt XIX, 343 ss. — 3. A savoir : Templum Domini et Templum Salomonis, — 4. Treuga cum Soldano, Pertz, Leges, II, 260. — 5. Potthast, Reg,, n.

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blâma le honteux traité ^ Cependant Frédéric le fit proclamer en Allemagne comme une victoire : « Laetentur omnes in Domino » ^. Après s'être couronné solennellement à Jérusalem , Frédéric retourna en Italie (mail 219) . 12^ Comme l'armistice touchait à sa fin, quelques armées partirent pour la Terre Sainte. Une première, formiée en France, se mit en marche sous la conduite de Thibaut de Navarre et Hugues de Bourgogne (1239). Elle fut rejointe Tannée suivante par une armée anglaise que commandait Richard de Cornouailles. Le résultat fut mince, plutôt nul. Sur ces entrefaites les Mongols, qui venaient de conquérir la Russie et la Hongrie, s'avancèrent jusqu'à l'Adriatique. Quoique le redoutable ennemi opérât sa retraite et se bornât à la Russie, l'invasion devint néanmoins fatale pour les chrétiens d'Orient. Une bande de 10.000 Kharizmiens, mis en fuite par les Mongols, vinrent se mettre au service du sultan d'Egypte. Grâce à ces renforts, celui-ci, dans la bataille de Gaza (1244), arracha définitivement Jérusalem aux chrétiens. En même temps une armée de Mongols menaçait Antioche. Toutes les possessions chrétiennes d'Orient étaient en péril.

13° Le concile général de Lyon en 1245 renouvela donc les ordonnances de 1215 et stimula les princes à entreprendre la sixième croisade^. On accorda pour trois ans la vingtième partie des revenus ecclésiastiques, le peuple fut engagé à faire des dons et mis en garde contre les invasions dévastatrices des Mongols (Tartares); mais l'enthousiasme paraissait avoir disparu presque partout. Les Hohenstaufen dépensaient leurs forces dans leurs luttes avec le Pape. En Angleterre, on fit opposition aux quêtes. Seul, saint Louis ^ et le peuple français écoutèrent l'appel de l'Église. En

1. Pertz, Leges, II, 263 ss. — 2. Pertz, Leges, II» 261 ss. — 3. Canon 14, 15, 16, 17. — Hkfele, y, 1117-1118. — MANSi, XXIII, 633 SS. — 4. Joinville, Histoire de S. Louis, Éd. de Wailly, Paris, 1890.— Delaborde, Jean de Joinville et les Seigneurs de Joinville, Paris, 1895. — G. Paris, Jean de Joinville {Hist. litt. de France, t. XXXII, 1898). — Röhricht, Der Kreuzzug Ludwigs IX gegen Damiette, Berlin, 1890. — Geoffroy de Beauueu, Ree.

juin 1248, le roi quittait Paris. Une partie de rarmée s'embarqua à Aigues-Mortes, une autre à Marseille. De même que les chefs de la croisade de 1219, saint Louis dirigea, lui aussi, ses forces contre l'Egypte et Damiette. Après un siège qui ne dura que deux jours, il se rendit maître de la ville, le 7 juin 1249. L'arrivée des Templiers et des Hospitaliers, puis d'Alphonse de Poitiers, porta l'armée à 20.000 clievaliers et 40.000 piétons. La flotte remonta le Nil, mais la fm fut moins heureuse que le commencement. La téméraire impétuosité du comte Robert d'Artois amena la défaite de la Mansourah^ où périrent les principaux chefs, puis la retraite vers Damiette fut coupée. Le roi et ses frères furent faits prisonniers par les Turcs ; et leur vie fut même en danger, lorsque Touran-Schah périt victime d'une conspiration des mamelouks Kharizmiens.

Saint Louis acquit sa liberté en rendant Damiette et en versant un million de besants d'or, mais le courage ne l'abandonna pas. H envoya son frère en Europe pour réclamer du secours et resta lui-même en Palestine. Malheureusement le secours ne vint point. Seul le « maître de Hongrie » rassembla des troupes en Flandre et en Picardie : elles furent attaquées et massacrées par le peuple à cause de leurs forfaits. Saint Louis resta quatre ans en Palestine et négocia avec les émirs la délivrance des prisonniers ^. A la nouvelle de la mort de sa mère Blanche de Castille, il retourna en France (1254). Son longséjour n'avait pas été inutile. Les Turcs avaient appris à admirer la sainte fierté d'un roi chrétien ; le

des Hist, de Fr., XX, 3-26. — Lecoy de la Marche, S. Louis, son gouvernement et sa politique, 3« éd., Tours, 1891; — La prédic. de la croisade au XIII'' siècle {Rev, des Qucst, hist., juillet 18îK)). — E. Bekgeiî, S. Louis et Innocent IV. Eludes sur les rapports de la France et du Saint-Siège, J»aris, 181)3. — M. Sepet, Saint Louis ^ â« édit., Paris, 1899. — 1. Cf. le récit dans JomviM.E, p. 6ö ss. — 2. S. Louis espérait toujours le secours des Tartares, qui possédaient des chrétiens dans leurs armées. En là48, il envoyait au grand Khan Gouyouk deux dominicains chargés de contracter alliance ; en lâ52, il envoyait à son successeur le franciscain Guillaume de Rubrouck (Joinville, p. 47, 184, iî)8). Sur le voyage de ce dernier, cf. H. Maïrod, Etudes franciscaines^ janv. 1908 et suiv.

prestige du nom français en subsista longtemps en Orient.

14** Laissés dès lors à eux-mêmes, les princes chrétiens d'Orient furent continuellement en désaccord. En attendant, le khan Hul^gou, d'abord, et, de 1261 à 1268, Bibars Soudan d'Egypte s'emparèrent de leurs possessions, à l'exception de Tripoli, Saint-Jean d'Acre et Sidon. L'Occident ne songeait plus guère à l'Orient. En 1261, le patriarche de Jérusalem monta sur le siège pontifical sous le nom d'Urbain IV et apprit, quelques jours après, la perte de Constantinople : Michel Paléologue s'efforça, par des négociations avec le Pape, de prévenir une invasion de l'Occident. Les conquêtes de Bibars firent naître en Europe l'idée d'une septième croisade. En 1266 Clément IV envoya à saint Louis et ses barons des lettres pour les exhorter à prendre la croix. L'héroïque roi rassembla ses vassaux et leur demanda de répondre à cet appel. De leur côté, Thibaut de Champagne et Robert d'Artois suivirent l'exemple. Toute la France se trouvait enflammée d'un même enthousiasme * . Edouard d'Angleterre prit lui-même la croix sur l'invitation de saint Louis qui lui promit 30.000 marcs. Avant de s'embarquer àAigues-Mortes (4 juillet 1270) le saint demanda à son frère Charles d'Anjou ^ de rassembler toutes les forces devant les portes de Tunis. Il espérait y être témoin du baptême du sultan, qui lui avait fait connaître, par l'intermédiaire de Raymond Martin^, le prétendu dessein de sa conversion. En réalité, le Turc n'avait d'autre but que de retarder la marche des croisés. Peu après le débarquement, la peste se déclara dans l'armée ; saint Louis en mourut le 25 août 1270. Quelques heures après Charles d'Anjou parut avec sa flotte devant Tunis

1. HuMBERT DE RoMÀNs composa un maouel desliné aux prédicateurs de la croisade où étaient réunis tous les arguments susceptibles d'enflammer l'enthousiasme avec des conseils pratiques. — 2. Sur le rôle de Charles d'Anjou et ses aspirations personnelles, cf. L. Brehier, p. 233 ss. ~ 3. Les dominicains avaient fondé un couvent à Tunis; Raymond Martin, qui enseignait l'hébreu et Varabe, entretenait d'excellents rapports avec le suUau.

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et devint le chef de la croisade. Il conclut bientôt, en faveur de la Sicile, un traité avec le sultan et plus tard un armistice de dix ans avec Bibars (1272). Longtemps auparavant, le nouveau roi Philippe le Hardi était revenu avec son armée. Indigné de cette indifférence, Edouard d'Angleterre fit voile vers la Palestine. Trop faible pour entreprendre de grandes expéditions, il fit quelques petites invasions en territoires sarrasins et retourna en Europe. Pas plus que les autres, cette dernière croisade n'eut d'effets durables.

15** Provisoirement, Bibars n'inquiéta pas les chrétiens en Orient. Sur ces entrefaites, Grégoire avait été élu pendant un pèlerinage en Palestine ; il appela de nouveau les princes à la croisade, au concile général de Lyon (1274), et accorda le dixième des revenus ecclésiastiques. Les rois d'Allemagne, de France et d'Angleterre prirent la croix ; l'expédition cependant fut empêchée par la mort du Pape, et les rivalités un instant apaisées recommencèrent. Depuis, la puissance des chrétiens en Orient s'affaiblit de jour en jour. En 1287 le sultan enleva Laodicée, en 1289 Tripoli, où presque toute la population tomba sous le cimeterre des musulmans. Il est vrai qu'aux instances de Nicolas IV, une armée de croisés italiens se rendit en 1290 à Saint-Jean d'Acre, mais elle ne put empêcher la ville d'être conquise et saccagée (1291). En quelques jours l'on vit tomber Sidon, Beyrouth, Caïpha, Tortosa et la forteresse d'Athlith : du royaume de Jérusalem il ne restaitplus qu'un glorieux souvenir. Le concile de Vienne (1311-1312) insista tellement sur la nécessité d'une nouvelle expédition que quelques rois et princes prirent la croix; mais ils en restèrent là. Plusieurs Papes firent encore des efforts, mais le temps de l'enthousiasme était passé. En 1453, Constantinople même tomba au pouvoir des Turcs.

16° Parmi les causes premières de l'insuccès des croisades, on compte généralement le manque d*unité et d'énergie dans le commandement suprême; l'absence

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