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CHAPITRE III

S 100. — Les Albigeoise

i** Même aux siècles les plus glorieux du moyen âge, les hérésies ne manquent pas. Les causes se trouvent pour une part dans les abus ecclésiastiques de Pëpoque. Presque toutes les sectes se soulèvent contre la richesse et Tesprit mondain du clergé. On pensait à tort que rÉglise devait retourner à la simplicité et à la pauvreté des temps apostoliques. Outre cela , le désir d'indépendance, qui se faisait jour surtout dans les villes florissantes, poussait à faire opposition à TÉglise. De plus, la lutte continuelle entre le Pape et les empereurs devait nécessairement diminuer l'autorité ecclésiastique et inviter à la désobéissance. Enfin, en plusieurs endroits,

1. Dû PLESsis d*Argentré, Collectw judiciorum de novis erroribus, Paris, 1726. — Hahm, Geschichte der Ketzer im MittelaUer, Stuttgard, 1845- 1830, 3 vol. — Tocco, Ueresia nel medio evo, Florence, 1884. — DôLLiitCEB, Beitrage zur Sectengesehichte, Munich, 1890, 2 vol. — Pierre de Vacx-Cer- NAY et Guillaume de Puy-Laurent, Historia Albigensium, Bodquet, Bec. des Hist Fr., t. XIX et XX. — Douais, Les Albigeois, etc., Paris, 1879. - Lombard, Pauliciens, Bulgares et Bons-Hommes en Orient et en Occident, Genève, 1879. — Steude, Ursprung der Katkarer (Zeitschr.f, Kireh gesch., 1882, p. 1 88.). — Yacamdard, Les origines de Vhérésie albigeoise {Rev. des Quest. hist., i99ij 1,50 S8.). — J. Guiraud, Qtiestions d'histoire et darihcologie chrétienne, Paris, 1906, p. 47-149. — Ch. Schmidt, Rist. et doctrine âe la secte des cathares ou Albigeois, 2 vol., Paris, 1849. — Devic et Vaissète, Hist, gen. du Languedoc, nouv. éd., t. Vl-Vni, Toulouse, 1879. — J. Gn- RAUD, Cartulaire de Prouille, 1. 1. Les Albigeois et les prédications desaint Dominique en Languedoc, Paris, 1906.

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des restes de vieilles hérésies avaient survécu; il en naquit facilement de nouvelles qui se développèrent rapidement.

2^ Ce dernier point s'applique notamment aux Albigeois, qui empruntèrent leurs doctrines aux Gnostiques et aux Manichéens. Quand Innocent III monta sur le siège de Pierre (1198), la secte des Cathares * s'était répandue presque par toute l'Europe : en Bosnie, en Bulgarie, au nord de l'Italie, en France, dans les Pays- Bas, en Angleterre et en Allemagne.

Le danger était grand et la situation ne peut être comparée qu'au déplorable état des choses au vm® siècle, quand l'Islam menaçait l'Europe. Les Cathares n'étaient chrétiens que de nom; leur doctrine ne l'était pas. Ils tiraient probablement leur origine de Bulgarie. On distingue deux écoles principales : la première, qui existait surtout en France, enseignait le dualisme absolu ; la seconde, répandue surtout en Italie, ne voyait pas dans le principe mauvais un Dieu, mais un esprit déchu. D'ailleurs, tous, en somme, enseignaient les mêmes choses, mais tous ne portaient pas le même nom. Ils s'appelaient eux-mêmes les Cathares 2, c'est-à-dire les purs. Le peuple les appelait de noms dififérents ^, L'histoire leur a conservé celui d'Albigreois * du nom de la ville d'Albi.

3** Leurs idées n'étaient pas moins dangereuses pour l'État que pour l'Église. Ils admettaient un dualisme, où le principe mauvais, Jéhovah, était contraire au principe bon. Le Christ était à leurs yeux la créature la plus élevée et n'avait qu'un corps apparent, car la matière, selon les dualistes, était mauvaise. Ils étaient partisans de la métempsycose; c'est pourquoi aucun animal ne pouvait être tué. Ils n'avaient que du mépris pour les

1, F. Vernet, art. Cathares^ dans le Dict. de Théol, cath, — 2. En Italie on en fit Gazzari, dans les pays germaniques, Keizer, Ketter, — 3. Dans les Pays-Bas, Piphili^ Piffres; en Allemagne, Runkeler; en Italie, Paierini, Patarelli ou SperonUtes^ Bulgares même; en France, Publicains, Tesserants.-— 4. Leur condamnation chez Denzinger, Enchir,, 9« éd., p. Iâ8.

institutions et les édifices ecclésiastiques; ils s'opposaient à la peine de mort, à la guerre et au serment; ils s'abstenaient du mariage, de viande et pratiquaient un jeûne sévère. Seuls, les « parfaits » qui avaient reçu le Consolamentum * étaient tenus à observer toutes les prescriptions. Le Consolamentum, leur unique sacrement, était administré après un jeûne de trois jours et comprenait, comme cérémonies, des prières, Timposition des mains et du livre des évangiles. Ce sacrement délivrait du joug de la matière et était nécessaire pour le salut. Ces parfaits, appelés par l'Église sfesUti, parce qu'ils portaient une corde aux reins, étaient en général peu nombreux. La plupart restaient des « croyants » (credentes)^ mais ils faisaient la Conçenenza ou vœu, pour pouvoir recevoir avant leur mort le Consolamentum, Leur vie n'était point austère, ils s'adonnaient à toutes leurs passions. Un parfait, s'il commettait le péché, retombait sous la puissance du mal jusqu'à ce qu'il eût reçu la Reconsolatio animae. Quelques-uns, par suite, après avoir reçu le Consolamentum^ se soumettaient à Y Endura ^ ou bien attentaient à leurs jours *. Leurs pratiques cultuelles consistaient dans la lecture du Nouveau Testament, la prédication et la réception de la bénédiction, que leur accordaient les « parfaits ». La confession avait le nom à'appareillamentum. Ils avaient conservé une sorte de hiérarchie : des évoques et des diacres. Innocent III disait d'eux : « Les Cathares sont plus dangereux que les Sarrasins^. »

4** Depuis longtemps déjà, on avait combattu cette hérésie, mais Alexandre III mena la lutte avec plus d'énergie. Le IIP concile de Latran promulgua un canon sévère (27) et engagea à faire la croisade contre les hérétiques ^. Les Papes qui suivirent avaient d'autres

1. J. GuiRAUD, Quest, (Thist. et d'archéol. chrét., Le* consolamentum • cathare, p. 93 ss. — 2. Se laissaient mourir de faim. — 3. Phil. LmnoRCB, Hist. Inquisitionis, Amsterdam, 469â, Âppend., p. SO, 29, 138. ~ 4. Sur la doctrine, voir surtout DOllinger, Beitrâge^ t. I. — F. Vernet, art. Albigeois, dans le Dict. de Théol. cath. — 5. Mansi, XXU, 3*1 ss. — Hkffxk, V, lu.

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Lyon d'abord, puis le troisième concile de Lâtran ^ (1179), portèrent défense de prêcher. Les Vaudois furent excommuniés en 1184 à cause de leur insubordination^. Ils se répandirent bientôt en Lombardie, Piémont et Allemagne. On les appela Paui^res de Lyon, Léonistes, Insabatati, Pauifres de Lombardie^ Humiliés. Les prêcheurs (Perfecti) vivaient des aumônes de leurs adhérents [credert" tes) et étaient tenus, outre le vœu de pauvreté, aux vœux de chasteté et d'obéissance à leur supérieur.

2^ La partie française de la secte demeura extérieurement en communion avec l'Église et assistait aux exercices du culte; mais la partie Lombarde fit schisme. Les efforts qu'on fit à la réunion de Bergame pour rétablir l'unité n'eurent pas de succès. Plus tard, par crainte de persécutions, les hérétiques lombards prirent part de nouveau aux exercices du culte catholique. Une série d'erreurs ne tarda pas à surgir dans les diverses branches de la secte. Ils s'élevèrent contre la hiérarchie, rejetèrent le magistère de l'Église et s'appuyèrent exclusivement sur la Sainte Écriture. Ils n'étaient que laïques, et s'arrogeaient le droit de prêcher, accordaient même ce droit à des femmes. La secte refusa les dîmes et les offrandes, combattit la doctrine sur les indulgences et les censures ecclésiastiques et s'écarta insensiblement de la vraie doctrine sur les sacrements. Le Jeudi saint seulement, elle célébrait à sa manière le mystère de l'Eucharistie ; elle rejeta l'ordination, les sacramentaux, le culte des saints et des reliques et tomba dans une foule d'hérésies touchant l'eschatologie. En beaucoup de ces points les Vaudois devinrent les précurseurs des protestants. Chez eux aussi, comme plus tard chez les réformés, l'art religieux était traité avec mépris et railleries. La vénération des images passait à leurs yeux pour de l'idolâtrie. Mais la doctrine de la sanctification par la foi seule leur est demeurée tellement étrangère, qu'ils pous-

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