‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 145 sur 205 · LES PETITES SECTES · texte numérisé non relu

LES PETITES SECTES

îles landaises. Quoique laïque et illettré, 'il sut captiver par son éloquence un grand nombre,- jsurtout des femmes. Il se donnait comme le fils de Bièu, parce qu'il possédait la plénitude du Saint-Esprit ; il s'ajppélait le fiancé de la sainte Vierge, qu'il épousa solennellement en public; il organisa des cortèges magniftcjùfes et tint des festins grandioses. Ce furent surtout ses prédications contre le clergé qui lui valurent beaucoup d -adhérents. La hiérarchie n'était rien [nihil)^ l'Église était représentée uniquement par lui. Il appelait les édifices ecclésiastiques des lupanaria^ et faisait dépendre de la sainteté des prêtres l'efficacité des sacrements. Tandis qu'il s'emportait contre les moeurs du clergé, il tomba/lff^ premier dans les désordres qu'il reprochait aux autre^J^^^

Vers l'an 1112 Tanchdm partit pour Rome, accompagné de ses amis Evermaeher et Manasse, v^^passa à son retour par Cologne, où l'évêque Frédéri^.^yprévenu contre lui par une lettre de l'église d'Utrecht, le fit enfermer. Il put s'échapper bientôt après et «.'enfuit à Bruges. Chassé également de cette ville, il se rendit à Anvers où le peuple le vénéra comme un saint. Dans un appareil royal, il vagabonda escorté de trois mille hommes armés. Il continua ce genre de vie jusqu'en 1115 et fut à la fin tué par un prêtre. Saint Norbert et ses disciples à Anvers s'opposèrent aux progrès de l'hérésie, et leur succès fut tel que Terreur eut bientôt disparu. 2^ Un certain Eudo, Eon de Stella, fit vers 1148 le tour de la Bretagne et de la Gascogne. Lui aussi s'appelait le fils de Dieu et le juge du monde {Eon=eum qui judicaturus est vivos et mortuos). Il était suivi d'une foule nombreuse qui pillait tout sur son passage et dissipait dans des orgies les biens injustement conquis. Les festins qu'il tint avec ses adhérents sont qualifiés de diaboliques par Guillaïune Newbrigde. En 1148 l'évêque de Reims le fit arrêter. Le concile de cette même

1. On trouve des faits édifiants à cet égard relatés dans la pins récente Vita Norbertiy Pertz, XIV, &tÓ sa. — 2. Lettre relatée dans Hartzheim, Conçu, Germ,, III, p. 703 ss. — Acta SS,, t. I Jünii, p. 843-845.

année condamna Eonà la prison où il monrat bientôt ^

30 Le fondateur des Pétrobrasiens fut le prêtre Pierre de Bruys^. Celui-ci prêcha au commencement du xn® siècle en Provence, en Gascogne et ailleurs. Ses erreurs les plus perverses furent dénoncées par Pierre le Vénérable et Âbélard '. Tous doivent être rebaptisés parce que le baptême des enfants est invalide. Les édifices ecclésiastiques sont inutiles : il faudra donc abattre ceux qui existent. Au jour seul de la Cène, le pain et le vin furent changés au corps et au sang du Christ. On ne peut venir au secours des défunts par le saint sacrifice de la messe, ni par les aumônes ou la prière.

Un jour que l'hérétiqn^ faisait rôtir de la viande sur un tas de crucifix en feu, le peuple emporté d'indignation le jeta dans les flammes *. Le fanatique Henri de Cluny lui succéda comme chef de la secte et prêcha également contre les péchés du clergé.

4^ La même tâche fut entreprise par Arnanld de Brescia^ et un peu plus tard par les Gapaciates, qui réclamaient cependant liberté et égalité en tout. Vers la même époque, on trouve en Italie les Passagriens. Ils avaient de la ressemblance avec les Manichéens et pratiquaient la loi juive à la manière des Ébionites. D'après eux le Christ était une créature, quoique la plus élevée^.

5** Des erreurs gnostico-manichéennes furent également enseignées par les Lucifériens. Ceux-ci tenaient que Lucifer et sa suite avait été chassés du ciel contre toute justice. Il devait être rétabli dans son droit et Michel et ses adhérents devaient être relégués aux enfers. On dit qu'ils adoraient un chat noir comme le grand

1. Les témoignages de Newbridge, Otton de Frisingve et autres ont été rassemblés par Mansi, XXI, 720 ss. — 2. F. Yernet, art. Bruys {Pierre de), dans le Dict. de Théol, cath, — 3. Introd. in Theol., lib. II, c. 4; P. L., CLXXVIII, 1056. — Vacandaro, Vie de saint Bernard, Paris, 1895, t. II, p. 218-221 ; Rev, des Queét, hist., t. LV (1894), p. 67-72. — 4. Baronids, Annales, ad an. H2G, n. 16. — 5. Voir plus haut, § 9i, n. 3. — 6. I^AcnÊRT, Spicilegium, éd. Paris, 1723, p. 211 ss.

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