LES PETITES SECTES
Dieu Asmodée^ D'après ce qui est rapporté dans le Chronicon Alberici^ le chef de la secte avait sa résidence à Maëstricht et y fit des partisans dans les plus hauts rangs de la société. Il se noya pendant un voyage en Angleterre vers 1240*.
6** Les sectes du libre esprit se perdirent dans des erreurs panthéistes. Ce fut, à ce qu'il paraît, Amaary de Bène, près de Chartres, qui le premier proclama dans ses leçons théologiques à Paris, la doctrine suivante : chaque chrétien est un membre du Christ, et celui qui ne le croit pas sera damné ^. Ayant donné de cette proposition une interprétation panthéiste, il perdit sa chaire, en appela au Pape, mais fut condamné par lui. Amaury eut à se rétracter et mourut bientôt de chagrin (1204)''. David de Dinant continua d'enseigner et de développer ce panthéisme : Tout est un, et ce tout unique est Dieu. Dieu est tout, tout est Dieu. Le Créateur et la Créature ne forment qu'un. Il y a trois périodes et une triple incarnation : Le Père s'incarnant en Abraham, le Fils dans le Christ, le St-Esprit dans les fidèles ; et c'est pourquoi tous sont Dieu, comme le Christ fut Dieu. Cette doctrine subit une nouvelle condamnation au concile de Paris (1201-1210). Un grand nombre de ceux qui y adhéraient tombèrent entre les mains de Philippe- Auguste qui le 20 décembre 1210 les fit brûler vifs. * Un certain Ortlieb répandit des doctrines semblables à Strasbourg.
l"" Les mêmes tendances qui guidaient Amaury de Bène et David de Dinant se remarquent dans les Itères et les sœurs du libre esprit [liberae intelligentiae). Au commencement du xi v® siècle ils étaient très nombreux , particulièrement en Alsace et sur les bords du Rhin.
1. Mansi, XXIII, «41 s. — 2. Pertz, XXIII, 938. — 3. Dekzinger, Enchir., 9« éd., p. 113. — La doctrine est déclarée « non tam haeretica quam in- «ona». — A. Chollet, art. Amaury de Bène^ dans le Dict. de Théol, cath, — 4. Krönleim, Amalrich v, Bena und David v, Dinanto, Studiën und Kritieken, II (iSin), 911 ss.— 5.MANST, XXII, 801 s.— SuiTantS. Thomas, Amaury enseignait que Dieu est le principe formel de touteà choses, David de Dînant au contraire que Dieu est la matière première de tout.
Henri de Virnebourg, archevêque de Cologne, promulgua contre eux un décret synodal (1306). On fit de même à Trêves et à Mayence (1310). L'année suivante, ces hérétiques furent condamnés par Clément V. A Utrecht également on les combattit parties synodes de 1310, 1318 et 1353. A Cologne, en 1322, un prêtre hollandais du nom de Waltere mourut sur le bûcher. Des affaires scandaleuses furent mises à jour par le procès. Les hérétiques voulaient être libres, répudiaient leurs femmes et vivaient avec d'autres. Les solennités de leur culte même étaient accompagnées de débauche. L'hérésie se répandit toujours davantage. Ruysbroeck lutta contre Bloemardine et ses adhérents à Bruxelles; Gérard de Groote prêcha contre eux en Hollande.
8** Quelque peu semblables aux hérésies d'Amaury, sont les erreurs de ceux qu'on appelle ordinairement les Apocalyptiques. Joachim da Celico* (f 1202), pieux abbé de Calabre, fut pris de zèle pour la réforme de rÉglise par la vie religieuse. Certains de ses écrits ^ eurent un vif retentissement. Il disait qu'un ordre viendrait annoncer Véifangile éternel au monde entier; il enseignait une triple phase dans le développement de l'Église de Dieu : une phdi&e charnelle qui précédait la venue du Christ : période des laïques ; une phase char" nelle-spirituelle à partir du Christ jusqu'à Joachim : période des clercs ; la phase purement spirituelle, Tétat de l'Église dans l'avenir : période des moines. Bien que les ouvrages où cette doctrine est présentée n'aient pas été condamnés ^, ils causèrent néanmoins de grands dommages à l'Église. Les Joachimites développèrent les idées de leur maître et divisèrent l'histoire du monde en trois périodes : celle qui date du Père jusqu'à l'avène-
1. FocRMER, Joachim de Flore^ ses doctrines ^ son influence {Rev. des Quest. hisU, t. LXVH (1900), p. 457 ss.). — Gebhardt, LItalie mystique, Paris, 1890, c. II, Joachim de Flore,— 2. De Concordia utriusque Testament*, Psalterium decem Chordarum et Apocalypsis nova, Venise, 1519-15*7. — 3. Seul le livre dirigé contre Pierre Lombard a été condamné. Denziuger, -Bnc^., p. 120 8^.
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ment du Christ est imparfaite, celle du Fils moins imparfaite, celle du St-Esprit est parfaite et s'étend de l'origine des Joachimites jusqu'à la fin du monde. La première période est représentée par saint Pierre, la seconde.par saint Paul, la troisième par saint Jean.
Les fanatiques Spirituels de Tordre franciscain commencèrent la période de saint Jean par la fondation de leur institut. Gérard de Borgo enseigna même dans son fameux livre Introductorium in Es^angelium aeternum ^ que la constitution de TÉ^lise telle que la fit le Christ aurait à céder devant Ta Evangile éternel », de même que l'Ancien Testament avait cédé devant le Nouveau. L'auteur fut cependant jeté en prison, et son livre fut brûlé en 1255 sur l'ordre d'Alexandre IV. Le plus savant d'entre les Spirituels^ Pierre-Jean Olivi (f 1298), donna dans sa Postula in Apocalypsin une nouvelle explication du livre de Joachim. Mais Jean XXII en défendit la lecture en 1326^. Poussant jusqu'à l'extrême, le plus audacieux des Spirituels^ Ubertino da Casale, vint à parler dans son ouvrage Arbor çitae crucifixae^ de la Papauté antichrétienne et donna à Boniface VllI et Clément V le nom injurieux de faux papes*.
9** Les frères apostoliques^ de Gérard Segarelli à Parme enseignaient aussi un mélange de mysticisme, de panthéisme et de spiritualisme joachimite. Renvoyé par les Franciscains, il trouva insuffisante la pauvreté de l'ordre de saint François et fonda sa secte. Ses disciples s'élevèrent avec beaucoup de violence contre la richesse de l'Église. Segarelli fut mis en prison par l'évêque de Parme; plus tard il dut quitter le diocèse (1286). Le Pape Honorius IV interdit toutes les Congrégations non approuvées. Rien n'y fit; Segarelli mourut
1. Demifle, Archif. f. Lit, und Kirchengesch, des M,A.j 1885, I, p. 49-14«, 6M. — 2. Wadding, Annales, a. 1888, n. i; 1*83, n. 7 ; «89, n.«8, 85; 1297, n. 34, 37-38. — 3. Ed. de Venise, 1485.-- 4. Hück, libertin von Casale und dessen IdeenkreiSt Frib.-en-Br., 1909. -^Khotb^ Ubertino von Casale, Marbourg, 1903. —• 6. Bernard Gui, Practica inquisitionis heretice pravitatis^ éd. Ö0ÜAI8, Paris, 1886, p. 257-164, 296-298, 327-355. — F. Verhet, art. Apostoliques {hérétiques)^ dans le Dict, de Théol, cath.
su DEUXIÈME ÉPOQUE. — DEUXIÈME PÉRIODE,
sur le bûcher en 1300. Fra Dolcîno lui succéda comme chef de la secte. Accompagné de sa sœur spirituelle Marguerite, il parcourut l'Italie, annonça la ruine prochaine de rÉglise, exigea des ecclésiastiques la pauvreté absolue et s'arrogea Toffice de réformer l'Église. Afin de se soustraire aux poursuites, il se retira avec 2.000 disciples sur le mont Zebello, près de Verceil, et vécut de rapine. Une armée de Croisés réunie par l'évêque de Verceil se dirigea contre lui. Après deux ans de lutte, Dolcino fut fait prisonnier avec Marguerite; ils furent tués tous les deux (1307).
10° Les StédingiieSy colons de Frise, de Saxe et des bords de la Baltique, n'étaient pas des hérétiques, mais des rebelles, qui refusèrent au commencement du xiii® siècle de payer la dîme à l'archevêque de Brème. Ils méprisèrent l'excommunication, dévastèrent les églises et les couvents, et maltraitèrent les ecclésiastiques. L'archevêque Hartwig et surtout Gérard II (1219-1258) réprimèrent les colons avec vigueur. Le dernier envoya contre eux son frère Hermann de Lippe et son armée ; mais celle-ci fut battue (24 décembre 1229). Le 17 mars 1230 se réunit à Brème un concile qui mit une foule d'accusations à la charge des Stédingues, mais aucun de ces griefs ne contient d'hérésie*. Ils ne se soumirent point. Grégoire IX ordonna une enquête, puis décréta une croisade contre eux^. Cette expédition échoua à son tour. Un nouvel appel fut fait en 1233 aux évêques de Paderborn, Hildesheim, Verden, Munster et Osnabrûck; ils battirent les Stédingues. Grégoire IX tenta alors de réconcilier les partis^, mais ne put empêcher la destruction des colons. Au printemps de 1234 une forte armée, dans laquelle combattirent aussi les comtes Floris IV de Hollande, ceux de Gueldre et de Clèves, le duc de Brabant, les Sires d'Egmond, d'Arkel, de Viane et de Brederode, marcha contre les colons et détruisit presque toute la
1. Hefele, V, l(H9 s. — 2. PoTTUAST, Reg., n. 8773, 9030; cf. 9048. — 3. POTTHAST, 9236, 9420.