‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 38 sur 205 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE DEVELOPPEMENT DE LA DOCTRINE DE L^EGLISE EN FACE DES ERREURS. — LÀ SCIENCE ECCLÉSIASTIQUE.

S 21. — Les Hérésies et le développement delà doctrine de l'Église 1.

V Le Christ est un signe de contradiction ^. Depuis l'origine, l'Église a partagé les contradictions avec son maître. Ceci est prouvé non seulement par les terribles persécutions, mais aussi par les erreurs et les hérésies que répandirent depuis les premiers temps ses enfants rebelles ^. Parmi ceux-ci se trouvent d'abord Hyménée et Phylète^, les Nicolaïtes^ combattus par saint Jean dans V Apocalypse *, les Docètes signalés par le même apôtre dans ses épîtres*, Cérinthe que Jean réfuta dans son évangile^ et Simonie mag^icien. Ce dernier, originaire

1. TixERONT, Hxit, des dogmes, I, La Théologie anténicéenne, 4« édit., Paris, 1907. — SCHWÀME, Dogmengeschichte, 1. 1, Vomicenische Zeit, Frib.en-Br., 2« éd., 4892 (trad. fr. A. Degert, 1903-1904). — Harsack, Dogmengeschichte, 3 vol., Leipzig, 1891 (trad. fr. Choisy, 1 vol., Paris, 1895). — Hit- GENFELD, Kctzergeschichte des Urchristentums, Leipzig, 1884. — Erhoni, Véhionitisme dans l'Église naissante, dans Rev, des quest, hisL, 1899, 481 8S. — Hefsle, 1, 135 ss. — E. Fate, Intr. à V étude du gnosticisme au II'* et au IW siècle, Paris, 1903. — Dochesme, Histoire ancienne de VÈglise, Paris, 1906, 1. 1, p. 153 ss. — Bardenhewer, Les Pères de V Eglise, 1. 1, p. 315 ss. — GraouLHAC, Hist. des dogmes chrétiens pendant les trois premiers siècles, 3 vol., 2* éd., Paris, 1855. — Moehler, Patrologie (trad. fr. Cohen, 2 vol., 1842). — 2. S. Luc, II, 34. — 3. M Pétri, n, 1 ss. ; I Tim,, i, 4 ; iv, 3 ; iv, 7 ; vi, 20; I Cor., XV, 32. — II Tim., u, 17. — 6. Apoc, n, 5, 14-15. — 6. Joan., iv, 2-3. — S. IGNACE, Ad Smyrn, c. 2; Ad TralU, c. 9-10 ;| Ad Ephes,, 7-18. -- DocHESNE, Hist, anc. de l'Église, I, 66-84. - 7. S.Ibénée, 1, 26; IIÎ, 3; III, 11.

de Samarie et déjà mentionné dans les Actes des Apô" tres ^ est appelé par les écrivains ecclésiastiques le Père des hérésies, Simon enseignait Fémanatisme : de Dieu procède VEnnoia; de celle-ci, les esprits créateurs qui renfermèrent leur mère dans la matière. Cette En^ noia se trouvait actuellement dans Hélène de Tyr, et Simon était venu pour la délivrer. Il se nommait la Force de Dieu^ qui délivre le monde. La foi en lui et en Hélène était Tunique condition du salut ^.

2® Les Ebionites étaient des Judéo-Chrétiens qui ne voulaient pas s'affranchir de la loi mosaïque. Au commencement ce parti était orthodoxe, car TÉglise n'interdisait pas encore les pratiques juives. Hégésippe raconte qu'un certain Thébutis, par jalousie contre Siméon, second évêque de Jérusalem, forma une secte qui s'enfuit à Pella avec le groupe de chrétiens avant le sac de la ville. Il reconnaissait bien le Christ comme Messie, mais il demeurait pour le reste complètement Juif. Peu après cependant, beaucoup de ses adhérents ne virent plus dans le Christ qu'un homme ordinaire. Saint Épiphane appelle ces derniers Ebionites et nomme Nazaréens ceux qui professaient la conception miraculeuse de Marie par l'opération du Saint-Esprit et la divinité de Jésus-Christ'. Cependant cette différence de dénomination est assez imprécise, et ces hérétiques peuvent recevoir indifféremment les deux noms^. On fait généralement dériver le nom de la secte du mot ébyon = "jiUN pauvre *.

3^ Les chrétiens judaïsants sont aussi nommés, d'après Elkasaï, les Elkasaïtes : ils confondaient le christianisme et le judaïsme et y adjoignaient l'astrologie et la magie; ils pratiquaient de multiples ablutions et ra-

1. Aeieiy viii, 9-24. — 2. 8. Irénée, Adv. üaer,^ I, 33. Sur les légendes concernant Simon, cf. Harnack, Geich, d. altchr, Literatur^ 1, 153-iS4. — 3. S. JÉRÓMB, De vir, illuatr,, c. 33. Celui-ci était probablement le mieux informé. — 4. Edsèbe, H. £., III, 37, 31 ; IV, 33. — s. Épippane, Haer,^ 30. — Philosoph.^ VII, 34. ^ 6. Cf. HergenrÖther-Kirsch, 1, 110, n. 3- .— TixERom-, La ThéoU anünicéenne^ p. 179. — Ddcbbsn e, Hist, anc. de VBglise 1,134.

valaient le Christ au rang de simple éon. Un de leurs principaux dogmes était une incarnation multiple, surtout en Adam et en Jésus-Christ^.

Au même genre d'hérésie appartient l'enseignement donné plus tard par les Homélies Clémentines ^ : D'après les Homélies, le péché a obscurci la révélation qui fut renouvelée par le vrai prophète paru successivement en Adam, Moïse et Jésus-Christ. La loi de Moïse est falsifiée. La véritable ne différait nullement du christianisme. La création est une émanation. Les Recognitiones clementinae sont à tendances moins judaïques ^.

Le gnosticisme ^.

4» Le g^nosticismeforme une grande famille d'erreurs, qui, chacune à sa façon, mélangent les systèmes philosophico-religieux de l'Orient avec la doctrine chrétienne. Les gnostiques rejettent le dogme chrétien de la création, lui substituent leur émanation et leur dualisme et expliquent par là l'incarnation et la rédemption. La mythologie, les mystères, et même l'astrologie païenne trouvent place dans le gnosticisme. Les Chaldéens, les Perses, les Indiens, les Syriens et les Égyptiens apportent leur contingent pour compléter ce système informe. La foi est remplacée par la Gnose, science complexe et secrète, dont les adhérents se croyaient seuls capables de connaître et d'approfondir la véritable sagesse et se nommaient gnostique.

Ils se demandaient d'où vient le mal, puisque Dieu est parfait? comment Dieu, pur esprit, peut-il être l'auteur du monde matériel? d'où, le bien et le mal dans l'homme, si Dieu est infiniment bon et juste? La ré-

1. PHiloBoph., IX, 13-17. —s. Epiph., Haer., 53. — 2. P. G., WI. — F. Naü, art. Clémentins (Apocryphes)^ dans le Dict. de ThéoU caih. — 3. Cf. Bau-

DEHHEWER, I^ 351 SS. — AnaL Boll.^ t. XXIV, p. 138-141. — 4. TlXERONI,

l. c« ch. IV, p. 187. ~ BüOTïAiüTi, Lo gnosticismOj Rome, 1907.

ponse à ces questions déjà fournie par T Ancien Testament ne leur suffisait pas. Ils n'étaient pas davantage satisfaits de la réponse donnée par la doctrine chrétienne à cette importante question : Comment le Christ a-t-il racheté le monde? Les gnostiques se mettaient donc à Toeuvre pour trouver eux-mêmes la solution. Il y eut un grand nombre de systèmes qui s'appuient tous sur Y émanation et le dualisme et ont de commun les points suivants :

a. Dieu, abîme insondable (puôoçaY^wffTo;), est la source de toute perfection. Le passage de l'infini au fini n'est concevable que si Dieu se limite et se connaît partiellement. Aussi souvent que cet Être se conçoit comme pensant, vivant, puissant, sage, saint, ses actes se personnifient et découlent de lui (émanatisme) ; ils deviennent plus imparfaits à mesure qu'ils s'éloignent davantage de la source, mais restent participants à l'être divin. Leur nom générique est aîwv (éon = éternel) parce que, quoique inconscients, ils sont en Dieu de toute éternité. La réunion de ces éons, dont le nombre chez quelques-uns s'élève à 365, se nomme TcXiîpwjxa ou plénitude de la vie divine. Chez certains hérétiques les éons sont masculins et féminins et rangés par couples.

b. Pour expliquer l'origine du monde visible, on admet un second être éternel : la matière éternelle (öXr,) ou ce que d'autres appellent le royaume des ténèbres ayant à sa tête le prince des ténèbres. De l'éon inférieur, du plérâme une parcelle de la force vitale divine s'écoule dans la matière, ou selon d'autres, fut violemment ravie par le prince des ténèbres. Ainsi fut animée la matière. Delà le démiurge (auteur du monde), qui selon beaucoup était un éon inférieur, selon d'autres, un serviteur de l'esprit des ténèbres, forma ce monde matériel mauvais et l'homme lui-même. L'humanité se divise en trois espèces : les pneumatiques, chez qui la matière lumineuse du plérôme surpasse la matière (gnostiques) ; les psychiques, chez qui la matière lumineuse et la matière sont en équilibre (chrétiens) et les hyliques {materiales) chez qui la matière a la prépondérance (païens). Le démiurge,

LES HÉaÉSIES. 11»

qui a formé le monde et Thomme, gouverne le tout; c'est lui qui a fondé TAncien Testament qui devait préparer rhomme à la rédemption.

c. Celle-ci estToeuvreduDieu suprême (puôo;) et a pour but de délivrer les parties lumineuses, retenues captives dans la matière. Pour cela est envoyé un véritable éon, appelé SwTT^p, ou Christ, ou Jésus, ou autrement encore. Pour beaucoup de sectes, cet éon est loin d'être le plus élevé ; dans aucune il n'est véritablement homme. Selon les Alexandrins, cet éon s'unit au moment du baptême dans le Jourdain avec l'homme Christ. Les Syriens qui regardaient la matière comme entièrement mauvaise enseignaient que l'éon prit seulement une apparence de corps (Docètes). Le Christ enseigna aux hommes le gnosticisme et surtout les moyens de dominer la matière. La Passion du Sauveur, en réalité ou en apparence , avait, selon quelques-uns, le même but, mais selon d'autres elle fut causée par le démiurge qui voulait empêcher la rédemption et retenir les hommes sous sa domination. La rédemption a eu son plein eflfet pour les pneumaticî (gnostiques). Les psychiques (chrétiens) ont un certain espoir; et les hyliques (païens), aucun.

d. Ni la résurrection du Sauveur ni celle des hommes ne trouvent place dans ce système.

e. La fin du monde sera le retour de toutes les parcelles lumineuses au plérôme. Alors la matière ou le royaume des ténèbres s'effondrera dans la mort et les ténèbres. On appelait cela àicoxaTà<jTa<jiç ou le renou^ tellement universel.

f. La morale des sectes était différente selon les diverses opinions qu'elles professaient sur le démiurge. Celle des gnostiques alexandrins était modérée, ils regardaient le démiurge comme un instrument de Dieu. Ils respectaient le mariage dont ils trouvaient le modèle dans les éons réunis par couples.

La secte syrienne, au contraire, voyait un Dieu ennemi dans le démiurge et par conséquent dans toute la nature. De là régnait chez eux une haine profonde du monde

ténébreux, qui se manifestait, chez quelques-uns, par une sévérité outrée (Encratites), chez d'autres, par le mépris et la violation de toutes les lois naturelles et morales (antitactes ou antinomistes) ^ .

Le gnosticisme date des temps apostoliques, atteint son apogée aux ii® et m* siècles et disparaît peu à peu vers la fin du iv* siècle. Beaucoup de gnostiques restèrent extérieurement unis à F Église et voulurent passer pour fidèles; ils avaient leur doctrine ésotérique, pour eux seuls, à Fimitation des mystères païens et tâchaient d'y gagner les vrais chrétiens. La plupart du temps, s'ils fondèrent des écoles, ils n'arrivèrent pas à former des communautés *^.

Principaux Gnostiques,

5"* Gnostiques d'Alexandrie : Basilidc sous Hadrien (117-138). Saint Irénée^ et l'auteur des Philosophumena^ ne s'accordent pas dans l'exposé de sa doctrine. C'est ce dernier ouvrage qui mérite, semble-t-il, le plus de confiance.

Valentin, contre lequel écrivit surtout TertuUien ^, enseigna vingt ans à Rome. Il accepta le dualisme platonicien et les couples d'éons. Son école se divisa en deux sectes qui, toutes deux, eurent beaucoup d'adhérents. Le principal du courant oriental fut Bardesane, qui enseigna que le Christ assuma un corps apparent, passa parle sein de Marie, mais n'était pas son fils. Il ne professe pas le dualisme et l'émanation, ce qui le distingue nettement des autres gnostiques ^.

6^ Gnostiques de Syrie : Saturnin enseigna dans la première moitié du ii® siècle. Selon lui, Satan s'oppose

1. Cf. G. Bareille, art. Antinomisme ei Antitactes^ dans le Dict,de Théol. cath, — 2. Ci et là les Marcionltes arrivèrent à fonder des communautés. — 3. Adv. Haer., 1, 84. — 4. VII, 20-37. —6. Adv. Valmtinum, — cf. S. Irémée, I, 1-22. — Philosoph,, VI, 29 ss. — 6. Cf. F. Naü, art. Bardesane, dans le Bict. de Théol, cath. — Rubens Duval , Anciennes littératures chrétiennes, La littérature syriaque, Paris, 1899, p. 241-248.

à Dieu, et gouverne la matière. Les planètes sont régies par sept esprits, à la tête desquels se trouve le Dieu de l'Ancien Testament. Celui-ci est Tauteur du monde. Avec les six autres, il créa un être rampant qui reçut du Dieu suprême une parcelle de lumière et devint homme ^ . La secte s'abstenait du mariage et de Tusage de la viande.

Les Ophites adoraient le serpent (àcpiç)^, parce qu'il s'était révolté contre le démiurge, et apporta au monde la première connaissance [gnosis). Les Naasséens appartenaient à cette secte ; ils vénéraient probablement dans le serpent l'Être suprême ; les Pérates, qui s'avançaient (wEpav) à travers le monde, sans mourir; les Séthéens, qui vénéraient en Seth la souche des pneumatiques ; enfin les Caïnites qui honoraient tous ceux qui dans l'Ecriture ont flétri comme perverse l'œuvre du démiurge.

Tatien, disciple de Justin à Rome, écrivit une Apologie et d'autres écrits chrétiens 3. Il apostasia plus tard et devint le chef des Encratites qui s'abstenaient du mariage, de viande et de vin ; ils employaient pour la messe de l'eau au lieu de vin et étaient pour cela appelés Aquarii*.

liarcion contre lequel, longtemps après sa mort, écrivit TertuUien, fut, lui aussi, tout d'abord chrétien; mais, excommunié à cause de sa luxure, Marcion s'unit aux Gnostiques. Il admettait trois êtres éternels : le Dieu bon, le Dieu juste et la matière perverse*. Son Maître et précurseur était Cerdon^. Les principaux Antitactes qui se moquaient de toutes les lois étaient Carpocrate d'Alexandrie et son fils Epiphane . Ce dernier mourut à la suite de ses débauches et fut vénéré comme un Dieu.

7® Le Manichéisme '^^ qu'on peut appeler aussi la

1. s. IRÉNÉE, Adv. haer., I, 24. — Philosoph,, VII, 28. — 2. Sur le rôle da serpent dans ces sectes cf. Heroenröther-Kirsch, l, 155-156, note. — 3. Les œuvres de Tatien, P. G., VI, 803 ss. — 4 S. Justin, ApoL I, 26-28. — EcsÈBC, H. £., IV, i5, 17, 30, 31. — Tertuluen, Adv. Marcionem. — G. Ba- REiLLE, art. Aquartens dans le DicL de Théol, cath. — 5. S. Irénée, I, 27 ; III, 4. —Philosoph., VII, 27. — 6. S. IRÉNÉE, 1, 25. — Clément d'Alex., Strom. in, 2. — Philoaoph,, VII, 32. — S. Epiphane, XXVII, LU. — 7. Ermoni, Manès et le Manichéisme^ Revue des qitest. historiques, oct. 1903. — Du- CBESNE, Hist, anc. de VEglise, I, p. 556 ss.

gnose de Perse, s'efforça de réunir le dualisme Persan avec le christianisme gnostique. Son fondateur est Mâni, qui, en 277, subit par ordre du roi de Perse, une mort ignominieuse.

11 admettait deux êtres éternels : le Dieu de la lumière et le Dieu des ténèbres ; des deux rayonne une série d'éons. Ceux des ténèbres tentent un assaut contre le royaume de la lumière. Le Dieu de la lumière crée l'Homme primitif et l'envoie au combat. Celui-ci perd une partie de la lumière qui se mélange avec la matière ténébreuse ; de là un éon forme le monde. Cette création a pour but de délivrer les parties lumineuses. De ces parties lumineuses délivrées naquirent le soleil et la lune (Jésus impatibilis) ; ces astres délivreront les parties lumineuses encore captives dans la matière [Jésus pati' bilis). Le prince des ténèbres créa alors Adam et Eve, pour répandre de plus en plus par la génération la lumière dans la matière. Le Jésus impatibilis vint en ce monde pour apprendre aux hommes l'existence et la différence des deux royaumes. Comme on comprenait mal sa doctrine, il envoya Mâni, le Paraclet, qui enseigna que trois choses étaient nécessaires pour dégager la lumière de la matière ténébreuse : le signaculum oris, l'abstinence de vin, de viande et de paroles obscènes ; le signaculum manus, abstention de travail manuel ; signaculum sinus y abstention de la génération ou même du mariage. Celui qui apposait ces trois sceaux était electus et retournerait après sa mort au royaume de la lumière. Les autres étaient auditor es et pouvaient espérer le pardon en servant les electi.

Les Manichéens avaient une sorte de hiérarchie : docteurs, évêques, prêtres; un baptême avec de l'huile, une messe sans vin, Combattus très vivement et souvent persécutés, ces hérétiques se sont maintenus longtemps, même jusqu'au moyen âge *.

1. Acta dipuU Archelai episcopi Mesopot. et Manetis haeres,, P, G., X, 1429. — EC8ÈBE, VII, 31; — Socrate, HhU cccles., I, 22. — S, Jérôme, De vir, illust., c. 72. — S. Augustin dans beaucoup de ses écrits.

8* Dès les temps apostoliques, nous rencontrons le gnosticisme qui tâche de répandre sa doctrine dans les éT»igîles et les Actes apocryphes, ainsi que dans d'autres écrits ^ C'était un danger pour l'Église; un certain nombre d'écrivains ecclésiastiques entreprirent la Intte contre reppenp. Ils faisaient ressortir surtout l'unité de la doctrine chrétienne qu'ils opposaient à la variété des systèmes hérétiques ; les principes immoraux de l'erreur et son caractère païen et antichrétien , les contradictions qui régnaient dans leurs principes, enfin le manque de force démonstrative de leurs traditions secrètes et de leurs mythes païens. En regard de tout cela, ils montraient la sûreté de la doctrine chrétienne et l'accord de l'Ancien et du Nouveau Testament, la réalité et le but de rincarnation, la sublimité du culte chrétien, surtout de la sainte Messe, la force apologétique de la succession apostolique. Contre la fausse gnose, la vraie gnose de l'Église croissait et se fortifiait.

Erreurs au sujet de la Trinité.

^^ Les anciens Pères ne s'expriment pas d'une manière très claire au sujet de la sainte Trinité. Ils sont vraiment orthodoxes dans leur doctrine; mais l'expression n'est pas, dès le commencement, fixée avec précision, quelquefois même manque de justesse. — 11 y a un seul Dieu; le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu. Ces deux points de la Foi sont inébranlables ; leur conciliation semble une lourde tâche ^, Les efforts tentés dans ce sens par les plus anciens écrivains ne furent pas toujours très heureux. Certains semblent quelquefois avoir complètement perdu de vue l'égalité des personnes et ne pas reconnaître que le Fils procède du Père de toute éternité. Mais si la manière dont ils expliquent le dogme

1. HARifACK, Gesch der altchr. Lit. y I, 116 ss., 141-231. — 2. Théophile

d'ÂNTlOCBE, Ad AutOl.t II, C". 24. — TiXERONT, l, C, p. 308 SS.

laisse à désirer, ils tiennent ferme au dogme lui-même ^ Tout autres sont les hérétiques qui s'élevèrent à la fin du II® siècle. Au lieu d'accepter avec soumission ce que leur enseignait la Tradition, ils soumettaient le dogme à un examen critique, pour admettre ce qui concordait avec leurs principes et rejeter ce qui s'en écartait. Ne pouvant pas comprendre comment, dans l'Être infini, l'unité de nature se concilie avec la trinité des personnes, ils rejetaient — ou l'unité de nature et l'égalité complète qui en découle entre les personnes — ou la distinction des personnes. Les derniers étaient appelés chez les latins Patripassiani et en grec, uîoTraTopgç c'est-à-dire pour qui le Père et le Fils sont une seule et même personne.

On appela les premiers suhordinatiani^ parce qu'ils distinguaient le Christ, Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, et du Père et des Créatures, mais niaient son égalité avec le Père. Nous rangeons, avec beaucoup d'auteurs, dans cette même catégorie tous ceux qui ne reconnaissent pas dans le Christ une nature plus élevée.

Les principaux sont les suivants :

a, Théodote l'ancien, de Byzance, qui, en 192 environ, vint enseigner sa doctrine à Rome. On disait qu'il avait renié le Christ dans la persécution et s'en excusait en prétendant n'avoir renié qu'un homme (^iXov avôpwirov). Le pape Victor (189-199) l'excommunia.

h. Son disciple Théodote le jeune fonda la secte des Melchisédéchiens, qui mettaient Melchisédec au-dessus du Christ. Avec Asclépiodote il mit à la tête de la secte un évêque nommé Natalius qui, malgré une rétribution mensuelle de 150 deniers, se soumit bientôt au pape Zéphirin.

c. Au commencement du m® siècle, un certain Artémon, probablement aussi à Rome, s'efforça de soutenir

1. s. Denys, chez S. Athanase, De Décret, Nie, ^ P,G., XXV, 402.

Les hérétiques s'appuient mieux sur une mauvaise traduction grecque de Prov. VIII, 22, cf. Dcchesne, Hist. anc. de VEglise, 1, p. 353, n. 2. — Le- BRETON, Les théories du Logos au début de l'ère c/iré<ie»ne, Paris, 1906.

que, avant le pape Victor, on n'avait jamais nulle part enseigné autre chose que le subordinationisme.

d. Dans la seconde moitié du m* siècle, Panl de Samosate enseigna à peu près la même chose. Selon lui le Christ est un homme dans lequel cependant demeure le Logos impersonnel, qui forme une seule personne avec le Père 6[xoou<ïioç t5> Ilarpi (oudia se confond suivant Paul avec 6iro<rcaffiç ^). Encore moins à ses yeux le saint Esprit était une personne, mais une simple vertu distincte ratione. De 264 à 269, trois synodes se réunirent contre lui à Antioche. Après que Paul eut promis dans les deux premiers de se conformer à Torthodoxie, il fut déposé dans le troisième. Comme vice-roi de Zénobie, reine de Palmyre, il se maintint sur son siège, jusqu'en 272, lorsque Tempereur Aurélien conquit la ville et donna le palais épiscopal à Domnus, choisi comme successeur par le concile. La secte des Panliniens ou Paulianistes ou Samosates se perpétua jusqu'à la fin du iv« siècle ^.

Les chefs des Patripassiens sont :

a, Praxéas qui arriva avant 190 à Rome pour répandre son monarchianisme modaliste ^. Éloigné de la communauté des fidèles, il partit pour Carthage où TertuUien le combattit ^. Sa doctrine provenait d'un certain.

b, Noët de Smyrne qui enseigna que4)ieu le Père et Dieu le Fils sont une seule et même personne. Le Fils est, à la fois, produit et improduit, visible et invisible, selon les points de vue considérés. Dans le Christ, le Père aussi est né, il a souffert, il est mort. Appelé à se justifier, Noët répondit : quel mal ai-je fait en glorifiant le Christ ^? Deux de ses disciples, Epigone et Cléomène, allèrent à Rome et y répandirent leur doctrine monarchianiste.

c, Bientôt s'établit à Rome à la tète de la secte

1. Cest dans ce sens, suivant S. Epiphane [Eaeres., 65, 1), que le concile d'Antioche (269) condamna ô|ioou<iioç. — Hefele, 1, 141. — 2. Barden- HEWER, Gesch. der altkirchl, Lit.^ II, 232-335. — 3. Monarchiam, inquiunt, tenemus. Tertull., Adv, Praxeamt c. 3. — 4. Adoersus Praxeam, — 5. S. EpiPHAMB, Haeres^ 57, 1. — Hefele, I, 110.

Sabellius, venu de Libye. Pour lui, le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont une seule personne, qui manifeste au dehors (itpoawTra) trois vertus, trois œuvres, comme la vertu qui éclaire, celle qui réchauffe et la forme ronde sont trois manifestations d'un seul et même soleil. Une grande controverse s*éleva. Le plus grand adversaire fut le docte prêtre Hippolyte. Le pape Zéphyrin tâcha de calmer la lutte et différa la condamnation. Son successeur Calliste fit de même. Hippolyte accusa ces pontifes, le premier, d'ignorance et d'avarice, le second, d'erreur dans la doctrine et d'excessive modération à l'égard des pénitents ^ ; et il s'opposa même comme antipape contre Calliste. Finalement Sabellius fut condamné et retourna en Egypte où il mourut en 260 environ. Hippolyte rentra bientôt dans le sein de l'Église,

d, Bérylle de Bostra, ayant donné dans cette naême erreur, fut convaincu par Origène et se rétracta au concile de Bostra (244). Denys d'Alexandrie combattit l'hérésie avec tant d'acuité, qu'il sembla favoriser l'erreur opposée et fut rappelé à l'ordre par son homonyme le pape Denys (259-268) 2.

Le pape Denys condamna « ceux qui divisent la monarchie divine en trois hypostases et trois divinités séparées, en trois hypostases étrangères l'une à l'autre », et, établissant la véritable doctrine contre les diverses erreurs, ajouta « qu'il faut au contraire que la Trinité soit ramenée à l'unité, qu'elle soit ramassée et récapitulée, comme dans un faîte, le Dieu tout-puissant, créateur de l'univers ^ ».

1. Philosoph.^ IX, 11-12. — D'Alès, La théologie de S, Hippolyte, Paris, 1906. — DucHESNE, Hist. ancde VEglise^l^p. 311 ss.— 2. On retrouve encore au vu« siècle en Frise des traces de mooarchianisme. Cf. Arch, de Varchevêché d*Utr€chty t. XX, p. 261 (S. Frédéric). — 3. S. Denys, chez saint Athanase, Epist, de décret, Nicaen,, n. 36; P. G., XXV, 4, cf. Epist. de sent, Dionysii. — J. Tixeront, La Théologie anténicéenne, p. 409-410. — Harnagr, RealencycL prot, Theol,, XIII, 303 : Monarchianismus,

LBS HÉRÉSIES, 131

Le Mülénarisme ^ .

10. La doctrine des Chiliâstes ou Millénaristes trouva son origine dans les préjugés des Juifs par rapport au royaume messianique. Les Judéo-chrétiens en appelaient également au livre de TApocalypse où il est dit que les saints après la première résurrection régneront avec le Christ *. La doctrine se développa peu à peu et aboutit à ceci : Après une existence de 6000 ans de ce monde, l'antéchrist viendra et régnera trois ans et demi ; ensuite le Christ descendra sur les nuées du ciel et vaincra son adversaire. Alors commencera le royaume millénaire, dont Jérusalem sera le siège. Le Christ avec les justes gouvernera la terre, qui deviendra semblable au Paradis. Satan restera enchaîné pendant tout ce temps ; au bout de mille ans, il sera déchaîné et assiégera la ville avec ses troupes diaboliques. Quand la colère de Dieu les aura terrassés, le temps de la seconde résurrection sera venu, et alors aura lieu le jugement dernier.

Cette doctrine fut répandue partout, parmi les chrétiens probablement en premier lieu par VÊpître de Barnabéy plus tard par Papias (-f- 160) évêque d'Hiérapolis ^. Il fut suivi par saint Justin (f 166) et saint Irénée (f 202 ?)^. Le gnostique Cérinthe et d'autres hérétiques faisaient du royaume millénaire un temps de jouissances charnelles, tandis que Montan et les siens en placèrent le centre à Pépuze ^. Caïus (f 220 env.) combattit à Rome cette erreur avec acharnement. Il alla même jusqu'à rejeter le livre de l'Apocalypse ^. Origène soutint contre les Chi-

1. Atzberger, Geschiehte der christlichen Eschatologie^ Frib,-en-Br., 1896. — L. Gry, Le Mülénarisme dans ses origines et sef développements, Paris, 1904, — Tixeront, l. c, p. 217 ss. — Ermo?», Les phases successives de Verreur millénariste, Rev, des quest, hist.,i9(H. — 2. Apoc, xx, 2-7. — 3. EusÈBE, H. ^., ni, 40. — 4. DiaL cum Tryph., c. 80. — Adv. Haer,, Y, 24-36. — 5. S. Epiph., Haer,, 49, i. — Duchesne, Hist, anc. de l'Église^ I, p. 270-277.— 6. ATZBERGER,2e9.

liastes que les passages de l'Écriture concernant le royaume millénaire devaient être entendus au sens allégorique. Sur ce, Népos, évêque d'Egypte, écrivit une Réfutation des allégoristes ^ Comme ce livre trouva beaucoup d'adhésion et que le peuple devint indifférent à la doctrine des Évangiles, Denys d'Alexandrie, après la mort de Népos, se rendit à Arsinoé et réfuta, dans une dispute de trois jours, Coracion et les autres défenseurs du millénarisme. Ces derniers se laissèrent convaincre. Pour affermir les esprits dans la vérité, Denys écrivit contre l'ouvrage de Népos deux livres De Promissionibus ^. Par là le millénarisme reçut en Orient un coup terrible. Il trouva encore en Occident des défenseurs (Lactance ^), Quand la paix fut rendue à l'Église, cette erreur disparut peu à peu vaincue par les Pères.

11. Pour distinguer contre toutes ces erreurs le vrai du faux, on en appela à la tradition apostolique. « Constat proinde, disait Tertullien, omnem doctrinam, quae cum illis ecclesiis apostolicis, matricibus et originalibus fidei conspiret, veritati deputandam, sine dubio tenentem quod Ecclesiae ab ApostoHs, Apostolia Christo, Christus a Deo accepit; reliquam vero omnem doctrinam de mendacio praejudicandam, quae sapiat contra veritatem Ecclesiarum et Apostolorum et Christi et Dei '*. »

La succession régulière des évoques et l'assistance du Saint- Esprit sont cause de la propagation fidèle de la doctrine. 11 n'est pas nécessaire d'entendre la doctrine de tous les évoques ; car, selon saint Irénée, l'Église de Rome possède la tradition et la foi des Apôtres et elle est la règle d'après laquelle se dirigent toutes les Églises particulières ^. Le pape Etienne maintient la validité du baptême des hérétiques, après que le pape Victor a déjà condamné les monarchiens. L'Église de Rome tient le milieu pour la sévérité de la Pénitence. Calliste défend la divinité du Christ et condamne la doctrine de Sabellius

1. Edsèbe, vu, 24.-2. EusÈBE, Vir, 24-25. — 3. Institution.^ lib. VII, 14, 23, 24, 26. — 4. De Praescript,, c. 21. — 5. Adv, Haer., m, 1.

et de ses disciples ^ Le pape Denys formule en 260 la vraie doctrine au sujet de la sainte Trinité *. Félix P^ écrit à Alexandrie : « De verbi autem incarnatione et fide credimus in dominum nostrum Jesum Christum ex virgine natum. quod ipse est sempitemus Dei Filius et Verbum, non autem homo a Deo assumptus ut alius sit ab illo ^ » .

La sainte Écriture est la propriété de T Église et ne devient règle de foi qu'autant qu'elle est expliquée par celle-ci. La philosophie sert à éclairer la doctrine chrétienne, mais lui reste soumise. La vraie gnose est chez celui qui a vieilli dans l'étude de l'Écriture et a gardé la doctrine apostolico-ecclésiastique *,

On possédait d'ailleurs, dès le commencement, un résumé succinct de la doctrine de la Foi dans le Symbole des Apôtres^. Il représente certainement le fond de la prédication apostolique, mais il serait difficile de prouver que la forme elle-même date du temps des Apôtres. Une légende prétend que ceux-ci auraient composé chacun un article ^. La formule la plus ancienne, où manquent les termes : Descendit ad infei^os^ Sanctorum communion nerriy Vitam aeternam, servait à Rome et dans les autres Églises occidentales dès la fin du ne siècle comme profession de Foi au baptême. Tandis que le symbole y restait invariable ^, il reçut en Orient quelques additions contre les hérétiques. Le texte actuel existait déjà au v« siècle. Alors encore il était défendu de l'écrire, de sorte

1. Jâffé, n. 70, 79, 82. — 2. S. Athan., De décret, syn, Nic.^ c. 26. — Du- CBESNE, Hist. anc, de VÈglise^ I, p. 485 ss. — 3. Jàffé, n. 140. — 4. Clém. d'Alex., Strom., 7. — 5. Voir les diverses formes dans Denzinger, Enchiridion symb, et def,^ 10« éd., Frib.-en-Br., 1908, p. \ ss. — Bardenhewer, Gesch, der altkirchl, L., I, 68 ss. — Harnack, Gesch, der altchristl, L,^ I, 115 s. ; II, 524-533. — Cl. Blcme, Das Apostolische Glaubensbekenntnis. Eine Apologetisch-gesehichtl. Studie mit Rücksicht auf den « Kamp f um das Apostolikum », Frib., 1893. — Zeitschr. fur neutest. Wissenschaft, 1905, p. 72 ss. — Vacawdard, Etudes de critique et d'hist, religieuse, Paris, 1905; et Revue des quest. hist,, oct. 1899; avril 4901; juillet 1901 et 1908, p. 193 ss.— Revue d'hist, eccL, 1902, p. 297 ss. — A. E. Burns, The Apostels Creed, Londres, 1906. — Batiffol, art. {Symboles des} Apôtres, dans le Dict, de Théol. cath, — 6. Petrus dixit ; Credo in Deum Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae. Jacobus dixit, etc., P. L., XXXIX, 2188-2190 {y\* siècle). — 7. Sauf Credo in unum Deum cliangé en Credo in Deum Patrem, au commencement du iii« siècle.

que le baptisé était obligé de l'apprendre par cœur. Après le concile d'Éphèse (431) qui prescrivit pour le baptême le symbole de Nicée-Constantinople, le symbole des Apôtres tomba peu à peu en désuétude en Orient. L'on s'explique ainsi que les Grecs au concile de Florence (1439) pouvaient douter de son origine apostolique. Aujourd'hui certains auteurs placent l'origine du symbole en 150 environ, d'autres au commencement duii* siècle. Quelquesuns la reportent jusqu'au temps des Apôtres.

§ 22. — Les écrivains ecclésiastiques des trois premiers siècles ^

i** Les Pères Apostoliques,

Sous le nom de Pères Apostoliques^ on comprend les écrivains ecclésiastiques qui ont vécu avec les Apôtres : les auteurs de la Didachè et de la Lettre de Bar^ nabé^ saint Clément de Rome, saint Ignace d'Antioche et saint Polycarpe de Smyrrie. La forme et le contenu de leurs écrits rappellent les temps apostoliques. A ceux-ci Dom Cotelier ajouta Hermas^.

1. Elues Dupin, Nouv. BibL des auteurs eccL, 19 vol., 2« éd., 1693-1715. ~ RÉMY Geillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, 16 vol., â« éd., Paris, 1858-1869. — Bardenhewer, Les Pères de V Église, éd. fr. par Godet et Verschaffel, 3 vol., Paris, 1899 ss. ; Gesch. der altkircM.'Liter,, Frib.-en-Br., t. I-II, 1902-1903.— Düchesne, Les témoins anténicéens du dogme de la Trinité, Amiens, 1883. — A. Harnagk, Geschichte der altchristl. Lite* ratur, t. I-n, Leipzig, 1893-1904. — Fessler-Jdngmamn, Institutiones Patrologiae, 2« éd., t. I-II, Inspruck, 1890-1896. — P. Batiffol, Anciennes Littératures chrétiennes, La littérature grecque, 4« éd., Paris, 1901. — R. Duval, La Littérature syriaque, 3« éd., Paris, 1907. — A. Éiirhard, Die Altchristl, Literatur und ihre Forschung seit i880, in Strassburger Theol, Studiën, Frlb.-en-Br., 1894 ; Ibidem, 1900 : Lit, und ihre Erforschung von i884-1900, — H. KiHN, Patrologie, Paderborn, 1904, 1. 1. — 2. Nous employons Tédition FoNK, Opera Patrum apostolicorum. Editio post Hefelianam quartam quinta. Tüb., t. I-II, 1878-1881. — Punk, Doctrina duodecim apostolorum, Tùbingue, 1887. — Hemmer, Les Pères Apostoliques, Paris, 1907. —Cf. G. Ba- REiLLE, art. Apostoliques {Pères) dans le Dict, de Théol. cath, — 3. Patres aevi Apostolici, etc., Paris, 1672, 2 vol.

Plus tard l'usage s'introduisit d'y adjoindre Papias d'Hiérapolis et Fauteur de VÉpître à Diognète. Ainsi nos Pères Apostoliques ne forment pas un tout ni par la forme et le contenu ni par leur époque. Pour faire ressortir de quelle autorité jouissaient ces écrits dans l'ancienne Église, il suffît de rappeler que plusieurs d'entre eux étaient lus aux réunions des fidèles. La lettre de Barnabe et le Pasteur d'Hermas furent admis dans le codex SinaïUcus^ les deux lettres de saint Clément dans le codex Alexandrinus. Tous ces ouvrages furent composés en grec.

L Le plus ancien et le plus vénérable de ces écrits est la Doctrine des douze Apôtres (Ai$«x^ twv SwSfxa

(£ico<rcóX(öv) rédigée par un inconnu à la fin du i*' siècle ^ 11 est divisé en trois parties : la première (cap. i-vi) traite des deux voies et fut utilisée par VÉpître de Barnabe; la seconde (c. vii-x) comprend les prescriptions liturgiques et parle du baptême, du jeûne, de la prière et de la sainte Eucharistie ; la troisième (c. xi-xv) aborde la discipline et la composition de l'Église : apôtres, prophètes, docteurs, sanctification du dimanche, ordinations, lecteurs, etc. La lettre se termine en recommandant la vigilance en raison de la fin imminente du monde. Plusieurs anciens écrivains montrent qu'ils ont connu et utilisé la Didachè^. Elle fut traduite de bonne heure en latin. Le texte primitif fut retrouvé récemment et édité par Philothéos Bryennios, métropolite de Nicomédie (1883). Schlecht a trouvé les six premiers chapitres de la traduction latine en 1900^. Un livre a rarement sus-

1. Editio princeps, Gonstantinople, 1883; éd. Funk, Tùb., 1887; éd. Schlecht, Frib., 1900. — Duchesne, Hist. anc, de VEglise, t. F, p. 149 ss. — E. Jacquier, La doctrine des douze Apôtres., Paris, 1891 et art. Apôtres {La doctrine des douze apôtres) dans le Dict, de ThéoU cath. — Bardekhewer, Les Pères de VEglise^ I, 38-43. — 2.Epist.Barnabaey c. xviii ss. — S. Justin, ApoL I, c. xv-xviii. — Clém. d'Alex., Strom,, I, 20, 100. — Adv. Aleatores, c. IV. — Eusèbe, H. E., III, 35. — S. Athanase, Ep. fest,, 39. — Consti' tutiones Ap., vn, 1-32. Voir beaucoup d'autres exemples chez Fumk, Proleg.— 3. Doctrina XII Apostolorum, una cum antiqua verstane, etc., Frib.en-Br., 1900.

cité une aussi nombreuse et rapide littérature. La Didachè le mérite pleinement, car elle est d'une grande importance pour les temps primitifs de l'Église. Elle nous fournit des renseignements précieux sur le développement de la doctrine à cette époque reculée.

II. L'Epître de Barnabe fut, comme le titre l'indique, attribuée dans l'antiquité au compagnon et collaborateur de saint Paul. Le contenu fait penser à un Alexandrin des temps de Nerva (96-98) ou de Domitien (80-96) ; certains critiques reculent sa composition jusqu'en 130-131 ^ . L'auteur montre peu de respect pour l'Ancien Testament et contredit la doctrine des Apôtres, surtout de saint Paul. Il adresse ses enseignements (cap. ii-xvii) et encouragements (cap. xviii-xx) à une ou quelques communautés, qu'il a évangélisées auparavant ; dans la première partie il dit que l'ancienne loi n'oblige plus, déclare allégoriques ses prescriptions relatives au jeûne, aux sacrifices, à la circoncision, etc.. et veut que tout cela soit pris, non à la lettre, mais dans un sens spirituel. La seconde partie décrit la voie de la lumière et celle des ténèbres ^ et rappelle fort la Didachè,

III. De la même époque date la Lettre de saint Clément de Rome ^. Ce pape (90-99) adresse une lettre vigoureuse à l'Église de Corinthe, où quelques perturbateurs s'étaient élevés contre l'autorité ecclésiastique. Les exhortations et les instructions se succèdent. Il oppose à la situation prospère des temps primitifs de l'Église de Corinthe son état déplorable actuel. Il les prémunit contre l'envie (1-36) ; il montre la nécessité de la hiérarchie et de la soumission aux autorités (37-65). Cette lettre était en haute considération et fut lue en beaucoup d'Églises. Encore au v® siècle elle fut placée dans le célèbre codex Alexandrinus et rangée immédiatement après le dernier

1. Cf. Rev.tThist. eccU, 1900, fasc. MI. — Bardenhewer, I, 56 ss.— 2. Ed. FuwK, I, p. 1-59. —3. P. Godet, art. Clément Ide Rome, dans le Dict. de ThéoL cath.

livre du Nouveau Testament. Elle constitue un témoignage irrécusable en faveur de la primauté de TÉglise de Rome^

Dans l'antiquité on attribuait à saint Clément une seconde Lettre aux Corinthiens. Plusieurs avaient déjà reconnu une homélie dans le fragment qui nous en restait. La découverte à Jérusalem par Bryennios en 1875 de la seconde partie (cap. xii, 5 — cap. xx) moutare avec évidence que nous avons là une prédication ou homélie, donnée très probablement à Corinthe ; elle ne peut donc être attribuée à saint Clément. Il est difficile d'en déterminer la date. Plusieurs auteurs parlent du milieu du 11^ siècle. Encore moins Clément peut-il être considéré comme Tauteur des deux Lettres aux Vlerg^es, elles sont un éloge de la virginité et combattent la coutume des Virgines subintroductae. Ce dernier indice surtout, mais aussi la langue et le reste du contenu nous révèlent, comme époque de sa composition, le m* siècle ou le commencement du iv«. En Palestine ces lettres fiirent tenues en grande estime et furent lues dans les Églises. De là vient sans doute qu'elles nous sont parvenues dans un manuscrit de la Peschito. L'auteur était probablement un ascète et non un évéque ^.

On a parlé plus haut des autres écrits pseudo-clémentins, Recognitiones et Homélies *.

lY . Les Sept lettres de saint Igrnace martyr sont ce qui nous reste de plus beau des premiers temps de l'Église. Sous Trajan (98-117) l'auteur fut traîné à Rome et exposé aux bêtes féroces. Il écrivit en route ses lettres : de Smyrne aux communautés d'Éphèse, de Magnésie, de Tralies, et de Rome; de Troas, à l'Église de Philadelphie et de Smyrne et à saint Polycarpe. Ces écrits renferment des exhortations en faveur de l'unité ecclésiastique, de la communion avec Tévêque,

1. Ed. FuRK, I, l»-445. — LiCHTFOOT, Clement of Rome, Londres, 48T7.— CX. BiBDENHEWBB, 1,68 SS. — 2. Ed. FVNK, I, p. il5-171 ; II, 1-S7.~3. Cf. $ 3i, 3.

des avertissements contre les judaïsants et les Docètes, Texpression d'un ardent désir du martyre. Son témoignage est précieux pour faire connaître le développement complet de la hiérarchie ecclésiastique et de la primauté de Rome. Son style est original, imagé, vif et véhément; il semble, dans sa marche impétueuse, se jouer des lois du langage.

Dès le V® siècle ces lettres authentiques furent falsi-^ fiées ou interpolées et additionnées de six autres. Cellesci sont : Marie de Cassabole à Ignace, Ignace à Marie de Cassabole, Ignace à ceux de Tarse, de Philippes, d'Antioche et au diacre Héron d'Antioche. En plus au moyen âge on en inventa quatre autres latines. Actuellement toutes celles-ci sont reconnues fausses, tandis que les vraies trouvent, en ces dernières années, peu de contradicteurs^. Parmi les nombreux Actes du martyre d'Ignace, le Martyrium colbertinum mérite seul quelque confiance. Mais ce dernier se trouve lui-même parfois en contradiction avec les lettres authentiques; il est donc difficile de l'attribuer à un témoin oculaire^.

V. La Lettre de saint Polycarpe de Smyrne, autre disciple des apôtres, aux chrétiens de Philippes est certainement authentique. Saint Irénée ^ mentionne les lettres que Polycarpe écrivit aux communautés voisines et nomme celle aux Philippiens. Celle-ci seule nous reste. Elle contient la réponse à un écrit où la communauté de Philippes demandait une copie des lettres de saint Ignace avec un mot d'édification. On y trouve, avec le récit du martyre, des exhortations aux vierges, aux veuves, aux diacres et aux prêtres ;

1. Ed. FüNK, 1, 172-253. Die Echtheit der Ignatianischen Briefe, Tûbingue, 1883. — Les lettres apocryphes chez Funk, II, 46-217. — Fünk, Abhandl. und Uniers., II, 338- 359; III (1907), 297-310. — Cf. Chapman, Revue Bénéd.^ 189G, p. 385-400. — De Genouillac, VEglise chrétienne au temps de S. Ignace d'Antioche, Paris, 1907. — 2. Ed. FüNK, I, p. 254-265; U, p. 218-275. — Cf. Proleg, de Fukk et Bàrdenhewer, I, 112 ss.; Qesch, der alt. Lit., I, 105 ss.,

141 gS. — 3. EUSÈBE, Zf. J?., V, 20. — BARDENHEWER, I, 119 SS.

après un avertissement contre les hérétiques, il y ajouta toutes les lettres d'Ignace en sa possession. L'auteur fut lui-même martyrisé en 155 ou 156 ^

VI. Papias d'Hiérapolis, également disciple de saint Jean, écrivit une explication des Logia Domini^ qui est perdue, à Texception de quelques fragments conservés chez saint Irénée et Eusèbe ^.

VIL Le Pastenr d'Hermas date d'une époque postérieure. Forme et contenu sont dignes d'attirer notre attention. L'écrit contient cinq visions, douze préceptes et dix similitudes. Dans les visions apparaît une matrone qui de vieille et faible devient de plus en plus jeune et forte et figure l'Église se renouvelant par la Pénitence. Les préceptes recommandent toutes sortes de vertus. Les similitudes ont à peu près le même but et montrent les vérités et les principes chrétiens. Le but complet de cet ouvrage est d'exhorter à la pénitence. La forme en est apocalyptique ; la langue est populaire, imagée, simple et saisissante. Au iv et au III® siècle, beaucoup tinrent ce livre pour inspiré. 11 fut écrit très probablement à Rome par un frère du pape Pie P' (entre 140 et 155) ^.

VIII. Nous trouvons un chef-d'œuvre d'apologie par son contenu, sa composition et son style, dans l'Epltre à Diog'nète. Ce païen haut placé a demandé à son ami des renseignements au sujet du christianisme. Ils lui sont fournis largement par l'auteur anonyme. Il montre dans cet écrit l'abolition du judaïsme (3-4), il dépeint sous de vives couleurs la manière de vivre des chrétiens (5-6), prouve l'origine divine du christianisme (7-8), réfute les objections tirées de l'arrivée tardive du christianisme, et engage Diognète à

1. Ed. FONK, I, 366-283. — 2. Ed. Flnk, II, 276-300. — Bardenhewer, 1, 125 ss. — 3. Ed. FüNK,I, 334-563. — Batiffol, La littérature grecque y p. 61-63. — Rardenhewer, If 84-98.

l'embrasser (9-10). Ni Diognète ni Tauteur ne nous sont connus. On ne trouve nulle part la lettre mentionnée ou citée. La plupart des critiques modernes placent sa composition au ii® siècle, quelques-uns au

nie 1,

1^ Les Apologistes et autres écrivains du ii« siècle.

L'Église ne fut pas seulement persécutée par le glaive ; elle fut aussi, comme nous l'avons vu, attaquée par la plume. Aussitôt surgirent des apologistes, pour réfuter les calomnies et démontrer que la doctrine chrétienne est conforme à la raison. Quelques-uns s'adressent directement aux empereurs ; d'autres, aux païens cultivés ; deux, Ariston et Justin, aux Juifs. La plupart des apologies ne sont pas populaires, mais plutôt philosophiques ; toutes sont écrites en grec *.

I. Quadratns présenta une Apologie à l'empereur Hadrien (117-138). Il demeurait très probablement en Asie Mineure. De cet ouvrage, il ne nous est presque rien parvenu ; ni grand'chose sur son auteur'.

IL Aristide d'Athènes écrivit une Apologie à Antonin le Pieux (138-161) ou à Hadrien (117-138); elle est conservée. Les Mechitaristes en ont trouvé le texte arménien à San Lazzaro en 1878. Hendel Harris en 1889 trouva le texte syriaque dans le couvent Sainte-Catherine au mont Sinaï *. De là Hobinson prouva que le texte grec était imprimé depuis longtemps dans la légende de « Barlaam et Josaphat ».

1. Ed. FuNK, 1, 310-333.— 2. Les apologistes chez Migne, P. G., VI, suivis des remarquables Conjecturae et emendati<me$ de J. H. Nolte. — J. Rivière, S. Justin et les Apologistes du second siècle^ Paris, 19(»7. — Cf. G. Schmitt, Die Apologie der drei ersten Jahrhunderte in historisch-systematitcher Darstellung, Mayence, 1890. — 3. Edsèbe, H. E,^ IV, « ; probablement aossl m, 37 ; V, 17. Cf. Chron. Ad an. abrah, 2i40, — 4. Bardenhewer, l, 141-144. Cf. Textes nnd Unters,,îX, 1;XII, î.

Aristide fournit la vraie notion de la divinité, puis montre que les païens errent sur ce point, que les Juifs tiennent trop aux choses extérieures, que les chrétiens au contraire possèdent la vérité et mènent une vie parfaite, conforme à leur doctrine ^ . Une homélie et le fragment d'une lettre qu'on lui attribue sont douteux.

III. Ariston de Pella est Fauteur d'un dialogue entre Papiscos et Jason qui vit le jour en 140 environ, mais n'est pas conservé^.

IV. Le principal apologiste du ii^ siècle est saint Justin, martyr. Originaire deFlaviaNéapolis, l'ancienne Sichem, il était philosophe païen et se convertit au christianisme avant 132. Il vint deux fois à Rome, y fonda une école et y mourut martyr vers 165 ^. De ses nombreux écrits, trois seulement nous sont conservés : I'® et IP Apologies et Dialogue açec le Juif Tryphon, Les deux Apologies sont adressées aux empereurs : la première à Antonin le Pieux et à ses fils adoptifs Marc- Aurèle et Lucius Verus, la seconde à Antonin le Pieux et Marc-Aurèle. Elles datent donc environ du milieu du II® siècle ; le Dialogue fut sans doute composé avant 161. Plusieurs autres écrits, incertains et apocryphes, lui sont attribués. Les ouvrages de saint Justin sont très importants pour la doctrine deFÉglise et surtout la Christologie. Le style des apologies est languissant et sec, celui du dialogue est plus vivant. L'auteur ne prit pas la peine d'ajouter l'éclat de la rhétorique à la beauté intrinsèque de son sujet *.

1. cf. G. Bareille, art. Apologistes (Pères) et Aristide dans le Dict, de Théol. cath. —M. Picard, L'apologie d* Aristide, Paris, 1892. - Freppel, Les Apologistes Chrétiens au /ƒ« siècle, 2 vol., Paris, 1860. — 2. Cf. G. Bareille, art. ArisUm, Dict. de Théol, cath, — 3. Apol. I, c. 1; Dialog. cum Tryph., C. a-8. — EusÈBE, H. E., IV, 11, 18. —4. Cf. Ed. Pautigny, Paris, 1905. — Dü- CHESNR, Hist, anc, de l'Église, 1. 1, p. 204 ss. — J. Rivière, Saint Justin et les apologistes du second siècle, Paris, 1907. — Feder, Justins des Màrtyrers Lehre von Jésus Christus dem Messias und dem Meuschgewordenen Sohne Gottes, Frib.-en-Br., 1906.

V. Tatien, disciple de Justin, converti du paganisme en 165 environ, écrivit peu après une apologie, dans laquelle il justifie sa conversion : Oratio ad Graecos, Plus célèbre est son Diatesseroriy sorte d'harmonie des Evangiles, qui ne nous est pas restée dans sa forme originale, La reconstitution de Zahn dénote un travail digne d'éloge ^ Après la mort de saint Justin, Tatien passa au gnosticisme et devint le chef des Encratites2.

YI. Les écrits de M iltiade, aussi bien les Apologies que les autres ouvrages, sont perdus. Il florissait dans la seconde moitié du ii' siècle^.

VIL Des Apologies et des autres ouvrages de Glande Apollinaire évêque de Hiérapolis sous Marc-Aurèle, il ne nous est rien resté. Ils nous sont surtout connus par Eusèbe^.

VIII. Une Apologie : Legatiopro Christianis et le livre De Resurrectione d'Athénag^ore connurent un meilleur sort. La première date probablement de 176 à 178; elle est présentée à Marc-Aurèle et à Commode, elle réfute les calomnies contre les chrétiens. Le second livre défend la résurrection de la chair. Les deux excellent comme forme et comme solidité d'argumentation. Nous savons seulement de l'auteur qu'il était philosophe Athénien^,

IX. De saint Théophile d'Antioche nous possédons trois livres Ad Autolycum destinés à convaincre ce dernier, qui nous est d'ailleurs inconnu, de la vérité du christianisme. Théophile écrit avec persuasion, fraîcheur,

1. Forschungen z, Qesch, d. Neu-testamentl, Kanons^ l,'112 ss, — 2. Du- CHESME, l, c.j p. 2lâ, le donne comme « le fondateur de l'apologie virulente ».

— A. PuBCH, Recherches sur le discours aux Grecs de Tatien, Paris, 1903.

— FüNK, Abh. und Unters.j II, 142-152. — Tixeront, L c, p. 208 ss. — 3.Bardenhei^xr, 1, 192. — 4. H,E., IV, 26, 27; V, 16, 19. — Cf. Verschaffel, art. Apollinaire^ dans le Dict, de ThéoL cath, — 5. Heffxe, Lehre des Athenagoras und Analyse seiner Schriften, Beitràge, I, p. 60 ss. — P. G., VI, 889 ss. — G. Bareille, art. Athénagore, dans le Dict. de Théol. cath.

vie et images. Le troisième livre doit être probablement achevé en 180-181 environ, et Fauteur est mort avant 185 ^

X. Le célèbre évêque de Lyon, saint Irénée, naquit vraisemblablement en 140, à Smyrne, où il passa sa jeunesse auprès de saint Polycarpe. Plus tard nous le rencontrons sous Marc-Aurèle comme prêtre à Lyon, d'où il fut envoyé à Rome par la communauté en 177- 178. A son retour, il fut nommé évêque en 178. Il est vénéré comme martyr, mais nous ignorons la date et les circonstances de sa mort. Son grand ouvrage contre le gnosticisme est intitulé Adçersus Haereses, Nous en possédons, à Texception de quelques fragments, seulement une traduction latine. Entre le 1*' livre et le dernier livre (LV), il peut y avoir un intervalle de près de 25 ans (174-199). Cet ouvrage est très important, non seulement comme la plus ancienne réfutation des hérétiques, mais surtout comme exposition de la doctrine chrétienne. L'archimandite Karapet a trouvé récemment le traité el; liriSeiÇiv tou aTrodToXixou %-r[ç\è^\LaLxo^ traduit en arménien. Ce titre nous était déjà connu par Eusèbe^; Touvrage est adressé à Marcien et ne donne presque rien de nouveau, mais fait connaître Irénée comme catéchiste et apôtre, qui « développe la prédication de la vérité^ ». Tous les autres écrits de saint Irénée sont perdus^.

XI. Très célèbre est un autre ouvrage de ce temps, le canon du Nouveau Testament, dont la plus grande partie est conservée, appelé fragrment de Moratori d'après

1. p. G., VI, 4043 ss. — Bardenhewer, I, 183-189. — 2. Hist, Eccl.y V, 29. ~ 3. Â. Harnagk, Des H, Irenaeua Schrift zum Erweise der apostolicfien Verkûndigung elc èiccSsiÇiv toO ài:o<rcoXixoO xTrjpvYlAaTOç in armenischer Version entdekt, herausgegeben und ins Deutsche ùbersetzt, Leipzig, 1907. — 4. P. G., VII. —A. DuFOURCQ, S. Irénée, Paris, 1904. — Batiffol, l, c, iv,

S 9. — TiXERONT, L C, p. 247 ss. — DUCHESNE, U C, p. 257. — J. CHAPMAN, LC

témoignage de S. Irénée en faveur de la primauté romaine^ Rev» Bénéd.f

celui qui Fa découvert (L. Muratori). C'est probablement' une traduction d'un original grec, faite en 180 environ ^.

XII. Eusèbe nomme environ 20 écrits de M éliton de Sardes^, dont subsistent seulement quelques courts fragments, h' Oratio Melitönis et la C/e/" trouvées récemment ne sont pas de lui^. On doit mentionner également Hégésippe^, Denys de Corinthe^, Rhodon^, Apollonius^ et quelques autres dont les écrits sont perdus. L'écrit de la communauté de Smyrne au sujet de la mort de saint Polycarpe et celui de la communauté de Lyon et Vienne aux Églises d'Asie et de Phrygie appartiennent aux plus anciens Actes de Martyrs. Le premier date de 155 environ ; le second, de 178.

3° Les Écrwains grecs du iii^ siècle.

Avec le m* siècle commence véritablement la science ecclésiastique. Presque tous les principaux écrivains grecs ont puisé leur science à l'École d'Alexandrie, qu'Eusèbe appelle l'école de catéchèse (tb t:^<; xaTYix.vî<jEc»i<; ôiôaaxaXeTov) et rapporte aux premiers temps [il (xpj^atou lôouç) ^. Sa fondation et son épanouissement doivent probablement beaucoup à l'influence scientifique de l'université grecque surnommée Museon, fondée par Ptolémée I®^. Le premier chef de cette école qui nous est connu est saint Pantène (180), qui partagea un peu plus tard la surveillance avec Clément d'Alexandrie. Les principaux successeurs (SiaSoj^oi) furent Origène, Héraclée, Denys le Grand, Piérius, Théognoste, Pierre le Martyr, Dydime l'aveugle et Rhodon qui s'en alla en 395 à l'École

1. MvnkTOKiyAntiguitates Mediiaevi^IU, 851 s.— Bardenhewer,I,90, 98; Gesch, der a, Lit.j II, 555. — Rauschen, Florilegium patrist.^Ul, Mayeace, 1905, p. 24-35. — 2. Bist. EccL.Vf, 33. — 3. Tûb, Quart,, 1862, 392-409; 1893, 614^29. — 4. P. G., V. ^FonKy Abh. und Unter$., I, 373 ss. — 5. Edsèbe, IV,. 1.— 6. EüsÈBE,V,16. — 7.EÜSÈBE, V,H. cf. — Bardenhewer, 1,176 ss.etGesch^ der a. Lit., II, 623 ss. — 8. Ed. Funk, Opp, PP. Ap., I, 283 SB. — Eusèbe, H, E., y, 2. — 9. Ecs., B. E.yMy 3 et V, 13.

LES ÉCRIVAINS EGGLÉSIASTIQUBS. 145

de Side en Pamphylie. Les luttes origénistes et ariennes et surtout le succès de l'École d' Antioche firent au ive siècle beaucoup de tort à la gloire de l'École d'Alexandrie, qui déchut peu à peu. Elle avait beaucoup mérité de l'Église, car outre ceux déjà nommés, elle a produit un grand nombre de savants, d'évêques, prêtres et écrivains : Grégoire le Thaumaturge, Anatole, Eusèbe de Césarée, Athanase etc.

Pour les commençants, la méthode d'enseignement était simple et explicative ; pour les autres elle était spéculative. On se servait de la philosophie et des autres sciences pour approfondir la théologie ; la critique biblique et l'exégèse atteignirent aussi une haute floraison. Cependant on exagéra parfois l'explication allégorique et, inconsciemment, on diminua l'autorité de la sainte Écriture. Les docteurs suivaient ordinairement le langage des néo-platoniciens, mais puisaient le fond de leur doctrine aux sources traditionnelles et scripturaires^

L Le premier docteur connu de la célèbre école d'Alexandrie, Pantène, n'a probablement pas laissé d'écrit ; il a du moins assez mérité de la science ecclésiastique pour ne pas être passé sous silence. Avant sa conversion, il fut stoïcien et devint ensuite platonicien. Maître réputé, il enseigna récriture avec tant d'éclat que sa renommée s'étendit jusqu'aux pays les plus lointains. Il mourut peu avant l'an 200, après plus de vingt ans d'enseignement. Son élève, son collègue et son successeur comme chef de la célèbre catéchèse est :

IL Clément d'Alexandrie. Né probablement à Athènes de parents païens, il entreprit un voyage d'études en Italie, Syrie et Egypte pour apprendre la tradition apostolique et resta à Alexandrie de 180 à 202. Il écrivit

1. KiHN, Patrologie^ Paderborn, 1904, p. 291 ss. -- Duchesme, HisL anc de l'Égl., 1. 1, p. 326 ss. — F. Leemann, Die Katechetenschule zu Alexandrid kritisch beleuchtet^ Leipzig, 1896. — Tixeront, La Théologie antènicéenne^ p. 263 ss.

MANUEL d'histoire. — I. 9

la trilogie : Protrepticus, Paedagogus^ Stromata, La première partie est une exhortation pour la conversion des païens ; la seconde traite de Téducation du converti ; tandis que la troisième devait être un exposé scientifique de la vraie philosophie. Un autre ouvrage du même auteur est intitulé Hypotyposes (narrations) : commentaire de la sainte Ücriture en huit livres, presque complètement perdus. Le seul des petits ouvrages qui nous est parvenu se nomme : Quis diçes salvetur ? Clément dut, sous Septime-Sévère, fuir d'Alexandrie (203) et mourut avant 216. Il était un savant complet, avec cela d'un esprit élevé et de vues larges. 11 fut d'une telle érudition que le théologien, l'historien, l'archéologue, le philosophe, le littérateur, chacun dans son domaine, trouvent chez lui une grande abondance d'informations et de références. Son style, selon Photius, est fleuri, vivant et agréable. Mais on cherche vainement chez lui une entière maîtrise de son sujet ^

III. La plus grande gloire de l'école d'Alexandrie est Orig:ène, qu'on a appelé, à cause de son inimitable puissance de travail, àSafxàvxioç, homme de fer. Né à Alexandrie en 185-186, promu chef de l'école à l'âgQ de 18 ans, il vécut très austère, passait une grande partie de la nuit en méditation et prières et accompagna devant les juges païens plusieurs de ses disciples. Il fut un prodige d'érudition. Ses ouvrages connus montent à 800, et nous ne les connaissons pas tous ^. Ils embrassent toutes les branches de la science ecclésiastique, surtout l'exégèse. La plupart de ses homélies sont perdues. De ses Hexapla et Tetrapla^ il ne reste que des fragments. Son ouvrage dogmatique le plus important a pour titre Tcepl (îp^wv [Des principes). L'original est

1. P, G., VIII-IX. — E. DE FAYE, Clément d: Alexandrie, ^ édit, Paris, 1906. — W. Capitaine, Die Moraldes Clemens von Alexandrien, Paderborn, 1903. — - TixERONT, Vie mondaine et vie chrétienne à la fin du deuxième siècle. Le Pédagogue de Clément d^ Alexandrie, Lyon, 1906. — Freppel, Clément d'Alexandrie, Paris, 1865. — 2. Bardenhewer, 11,250-373. — S. Jérôme disait :« Quis enim nunquam tanta legere potuit, quanta ipse conscripsit? . Epist. 33. Cf. De viris ill., c. 51.

presque entièrement perdu et la traduction de Rufîn Ta profondément modifié. Ce devait être une théologie scientifique et ce devint une philosophie positive de la religion. Sa curiosité de savoir Tamena à émettre des propositions qui n'avaient pas été énoncées avant lui dans Tüglise. 11 enseigna un monde éternel, la préexistence de Tâme, la délivrance future de tous les esprits tombés. Christianisme et platonisme furent mêlés, les vérités de la foi furent expliquées d'après le système de Platon. Aucun livre d'Origène n'a excité autant de contradiction que celui-là. La perle de ses ouvrages est le traité De oratione. Le traité Contra Celsum est également très connu, c'est le plus savant de ses livres, mais imparfait de forme. Déjà persécuté pendant sa vie pour ses doctrines, il fut surtout plus tard un sujet de très vives discussions. Neuf de ses propositions subirent une condamnation solennelle. Origène dut fuir devant la persécution de Caracalla vers 215-216, et alla enseigner à Césarée en Palestine ; il mourut à Tyr à la suite de tortures répétées subies pour la foi (254-255) ^

IV. Comme docteurs d'Alexandrie on peut nommer encore Héracle, Piérius, Achilias, Théognoste, Pierre d'Alexandrie. Denys le Grand est le plus célèbre. Il fut, en 232 environ, à la tête de l'École, et en 247-248 il monta sur le siège épiscopaL Quoiqu'il fût homme d'action plus que de parole, il a cependant écrit plusieurs ouvrages, perdus sauf quelques fragments*.

Y. Saint Grégroire le Thanmatorgre, né en 213 environ, fut élève d'Origène de 233 à 238 à Césarée en

1. Ed. Origenis, Ch. de la Rue, Paris, 1733-1700, 4 in-fol. — Cf. P. G., xi- XVII. Une édition critique a paru à Leipzig : Die Griechischen Schriftsteller der enten drei Jahrkunderte, U n'existe pas d'édition complète. — E. Freppel, Origène, etc, Paris, 1868, 2 in-S», «• éd., 1875. —F. Pkat, Origène, Ie théologien et Vexégète, Paris, 1906. — Cf. Duchesne, Eist, anc. de VÈglise, p. 340 ss. — LàFORCE, Origène, Controverses auxquelles sa doctrine a donné lieu. Sens, 1906. — 2. P. G., X, 1233-1344, 1575-1602. — Pitra, Anal. Sacra, IV, p. 169-182, 413-422. — La dernière édition est de Gii. L, Feltoe, The letters and other remains of Dionysius of Alexandria, Cambridge, 1904.

Palestine et devint peu après évêque de Nóo-Césarée. Nous possédons de lui VEpistola Canonica, œuvre importante pour la discipline ecclésiastique ; une lettre d'action de grâces à Origène, un Symbolum^ une paraphrase de TEcclésiaste, le Liseré sur Dieu à Théopompe. VEpistola ad Evagrium de Divinitate n'est pas de lui * .

YI. LaDidascalie apostolique trouve ici sa place ^. Du texte grec original ne subsiste que l'adaptation des Constitutions apostoliques (iv* siècle). La traduction syriaque fut trouvée par De Lagarde en 1832; Hauler découvrit à Vérone les 2/5 d'une traduction latine et l'a éditée en 1900. Par les exhortations et les prescriptions adressées à tous les rangs du clergé et du peuple, nous apprenons à connaître une communauté chrétienne au iiio siècle. La Didascalie vit le jour en Syrie ou en Palestine. On voulut y voir un développement progressif de la Didachè comme les six premiers livres des Consti^ tutions apostoliques sont sortis de la Didascalie^ mais ceci semble démenti par la comparaison des deux ouvrages ^.

VIL Le même but est poursuivi dans les Canons Apostoliques. Le texte grec original fut édité par Bickel en 1843. Ces canons ont j,oui d'une certaine considération aux premiers siècles. Une partie fut empruntée à la Didachè; ils virent le jour au m® siècle, comme le prouve le développement de la hiérarchie ^.

1. p. G., X, 963-1232. — 2. Ed. de Lagarde, Didascalia Apost, Strtace, Leipzig, 1854. — Hauler, Didascalia Apostolorum fragmenta veronensia latina; accedunt Canonum qui dicuntur Apostolorum et Aegyptiorum reliquiaey Leipzig, 1900. Trad. allemande par H. Aghelis et J. Flemming, Leipzig, 1904, in Texte und Vnters,^ N. F., X, 2, avec dissertations. La meilleure édition par Funk, Didascalia et Constitutiones Apostolorum^ Paderborn, 1905. — 3. Voir Thypothèse dans le Compte rendu du congrès scient, internat, des cath., Fribourg (Suisse), 1898. — Cf. au contraire Tédition de FuHK. — 4. Ed. FuNK, Tùbingue, 1887. La traduction latine ajoutée est de lui. -- Cf. F. Nau, art. Canons des Apôtres, dans le Dict de Théol, cath. — H. Leclercq, copieuse dissertation dans Hefele, Hist, des conciles, nouv. trad. fr., appendice IX du t. I, 2« partie.

YIII. En Palestine vécut et travailla Joies rAfirlcain,

originaire de Libye. Il composa une Chronographiey la première chronique chrétienne, qui va jusqu'en 221. 11 rendit beaucoup de services à ses successeurs, notamment à Eusèbe, et il domine toute Thistoriographie byzantine. Mais il est resté peu de chose de cet ouvrage, ainsi que de sesxf(iTo(, de ses lettres et de ses autres écrits ^

IX. DansTÉglise romaine nous rencontrons au m* siècle un seul écrivain chrétien qui mérite d'être mentionné : saint Hippolyte qui équivaut à lui seul à plusieurs. On peut le comparer à Origène pour sa fécondité, il le surpasse peut-être en variété. Hippolyte appartenait au clergé de Rome où il fut antipape pendant 25 ans contre Calliste et ses successeurs. Ses écrits furent composés dans la première moitié du m® siècle. Un des plus importants ouvrages, les Philosophumena o\i réfutation de toutes les hérésies, lui est définitivement attribué 2.

Le nom de Philosophumena est attribué par Fauteur lui-même aux quatre premiers livres qui traitent de la philosophie des Grecs. Avec le cinquième livre commence la réfutation des hérésies. Il écrivit encore le Syntagma^ le Contra Marcionem, des écrits apologétiques sur presque toute la Bible, une Chronique du monde etc. Son style est clair, digne et sans recherche, quelquefois élevé. Il fut enseveli à Rome avec Pontien le 13 août 136, après qu'il eut partagé avec ce dernier Texil pour la foi. La plupart de ses écrits, dont un catalogue fut trouvé gravé sur le socle do sa statue, sont perdus ^.

Page 1